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Livre en ligne : Temoignages - Souvenirs et reflexions sur l'oeuvre de l'Alliance Israelite Universelle

Envoyé par Dafouineuse 
D'OÙ PROVENAIT LE FINANCEMENT
DES ÉCOLES DE L'ALLIANCE ?
David Bensoussan


Pas besoin d'être acteur pour être critique de théâtre ni d'être écrivain pour être critique littéraire.

Un cuisinier passe toute la journée à mitonner un repas que les convives avaleront en moins de temps qu'il ne le faut pour le dire. La personne d'action réalise ce qui lui tient à cœur et le public peut la suivre ou non. Ainsi va la vie.

En matière d'affaires communautaires, il en va tout autrement. Il existe des personnes de vision qui se doivent d'en motiver d'autres afin qu'ensemble elles réalisent ladite vision par leur labeur. Les idéologies et les approches peuvent diverger et les compromis difficiles parfois à concilier. Cependant, il faut se rallier à une solution de compromis et oeuvrer main dans la main pour le bien fondé de la communauté. Toutefois, la question que l'on est en droit de se poser est de savoir si la communauté emboîtera le pas ou non. En d'autres mots : Suivra-t-elle le mouvement ?

De toute évidence, lorsque toute réalisation est d'un calibre supérieur, le public réagit de façon positive car le message a bien été transmis et compris. L'équipe responsable de la réalisation du projet est satisfaite d'avoir fait en sorte que les choses progressent. Les membres de la communauté s'en trouvent également très bien desservis car chacun y trouve son compte et tous sont satisfaits. Le succès ultime du projet ne se confirme véritablement qu'une fois l'activité lancée et sa mission reprise et poursuivie de façon autonome.

Des concepteurs d'un projet jusqu'au grand public, de nombreuses étapes doivent être franchies grâce à un système de rouages qui permet de mettre ledit projet en vigueur et de l'améliorer. Cependant, nous devons nous rendre à l'évidence et constater que, après avoir vécu pendant quelques décennies en sol canadien, les contributions et les réalisations communautaires ne sont pas à l'image de ce qu'elle devraient être dans les faits. Non point que cela sous-tende qu'il n'y ait point eu de réalisations d'envergure comme tel, mais les ressources potentielles des membres de la communauté ne sont pas adéquatement exploitées. C'est dans cette perspective que la remise en question de notre communauté se pose. Un adage veut que ''la critique est aisée mais l'art est lésé.'' En effet, il est très facile de pouvoir blâmer quiconque, mais il est nettement plus difficile de mettre la main à la pâte et de réaliser tout projet donné, ce qui requiert effectivement une patience et une compréhension à toute épreuve, voire l'abnégation de soi !

Dans le vieux pays, un petit noyau de notables - généralement bien nantis - géraient les affaires communautaires et un système de taxes indirectes tout comme la taxe sur les produits cacher permettait d'assurer les services nécessaires à la bonne marche de la communauté. Combien de personnes se sont posé à l'époque les questions qui suivent : D'où provenait le financement des Écoles de l'Alliance ? Qui assurait l'existence des mouvements de jeunesse ? Qui enfin a assumé le bien fondé des institutions tout comme le JOINT, la HIAS et la JIAS qui ont fait des merveilles ? Il est grand temps d'ouvrir les yeux et de penser à deux choses : En premier lieu, il nous faut prendre conscience de ce qu'il a existé toute une infrastructure composée de bénévoles qui ont ardemment soutenu l'existence de ces organisations, infrastructure de bénévoles méconnue du grand public. En second lieu, il serait bon de réaliser que l'on a une dette d'honneur envers ces organisations et leurs idéaux, moteur de leur animation.

Ce que l'on a trop souvent crû être l'évidence même a véritablement reposé sur un ensemble de volontaires, de philanthropes et de personnes dévoués à la cause dans laquelle ils baignaient à leur corps défendant. Le fait même de se poser ces questions relève de la pertinence dans la mesure où l'on ne craint pas de se retrousser les manches et de s'engager dans des causes avec une grande noblesse d'âme. Il faut non seulement être à même d'alimenter les institutions des services communautaires mais encore nous faut-il aussi ne pas oublier de contribuer envers les autres, ceux qui dans le monde juif, ont désespérément besoin d'un bras tendu.

Il est grand temps de penser à la pertinence visant à reconsidérer avec cœur et avec des yeux nouveaux ce qui, hier encore, était pris pour acquis.


L'ALLIANCE EN IRAN
Nasser Rassekh


Ancien élève de l'Alliance à Hamadan (Iran), et ancien directeur des Écoles de l'Alliance en Iran, je voudrais apporter ce témoignage en hommage à tous ceux qui ont oeuvré pour l'Alliance avec abnégation et avec un dévouement exemplaires.

De tout temps, pour ces écoles d'Iran, l'Alliance n'assurant que le personnel des cadres : Directeurs, et adjoints, ces derniers chargés d'enseigner le français. En conséquence, la quasi-totalité du personnel était recruté sur place, et l'Alliance ne leur accordait que le statut de " personnel local ", relevant des comités locaux. Ce personnel, très dévoué, polyvalent, constituait le corps enseignant et le cadre administratif, ne jouissant d'aucun avantage social, touchant un salaire insignifiant, payé qu'il était par la maigre caisse de l'école. Mais, le plus ardu, c'était l'absence d'une caisse de retraite. En conséquence, ce personnel ne songeait jamais à mettre un terme à son service, et continuait à travailler jusqu'à une vieillesse tardive. En fait, cet état de chose convenait aux deux parties : employeur - employé. L'école bénéficiait de l'existence d'un personnel stable et expérimenté, tandis que l'employé, n'espérant pas trouver d'autre issue, y trouvait son compte. Résultat : un personnel vieillissant, mais toujours dévoué à l'œuvre; si bien qu'en 1974, on pouvait compter facilement une trentaine de personnes ayant dépassé les cinquante ans de service. Les exemples abondent, mais on ne s'attardera pas aux cas particuliers.

Ce ne fut que tardivement, vers le début des années 1960, et ce jusqu'en 1974, - date de la nationalisation des écoles non-gouvernementales - que l'Alliance apporta progressivement une contribution substantielle aux traitements du personnel local. Par ailleurs, en 1968, par décret impérial, le personnel des écoles privées, dont celui des écoles de l'Alliance, fut intégré à la caisse de " l'Administration Générale de l'Assurance et des Services Sociaux ", qui gérait également une caisse de retraite.

Ce personnel, dévoué, consciencieux, dont personne n'a jamais parlé, et dont les noms ne furent mentionnés que dans des papiers administratifs, a constitué l'ossature et la charpente de toutes les écoles de l'Alliance, sur qui pesait la majeure partie du poids de l'œuvre. En tant que leur élève, et par la suite collègue, je crois de mon devoir de rendre ce témoignage en réponse à tant d'efforts accomplis par ceux qui, leur vie durant, ont contribué de tout cœur à cette belle œuvre de l'Alliance, véritable instrument de l'émancipation d'une grande communauté. Ces enseignants, surveillants, comptables, secrétaires, personnel d'entretien et autres, qui ont travaillé dans le silence, méritent à juste titre qu'on leur rende à haute voix un hommage vibrant, tant de la part de la communauté juive d'Iran que de la part de leurs anciens élèves, et dire, à la mémoire de ceux qui ne sont plus parmi nous, Zikhronam Librakhah.


A.I.U. - IRAN : MISSION ACCOMPLIE
Mortéza Danéchrad


L'arrivée de l'Alliance sur la scène iranienne correspondait à un besoin criant, dans le contexte de l'époque. Elle joua, dès son arrivée et jusqu'à la Seconde Guerre mondiale, un rôle prépondérant et déterminant dans l'émancipation de la population juive iranienne. Sans l'Alliance, celle-ci n'aurait pas connu ce tournant décisif, dont la rapidité contrastait avec son histoire vieille de tant de siècles.

L'Alliance avait réussi à donner à la communauté juive d'Iran un visage nouveau, une identité civile et un essor jamais connus auparavant. Elle avait réussi à former une élite brillante qui se distinguait dans tous les domaines.

En effet, la très ancienne communauté juive d'Iran - dont les origines remontent à plus de vingt-sept siècles - a connu son émancipation à partir de 1898, grâce à l'implantation de la première école de l'Alliance à Téhéran et au développement progressif de son réseau scolaire dans les autres villes par la suite, à la faveur d'un Firman Impérial qu 'elle a réussi à obtenir du Souverain Persan de l'époque, en visite à Paris, l'autorisant à " ouvrir des écoles à l'intention des enfants Juifs, afin de les instruire et pour qu'ils glorifient notre nom. "

Il convient de rappeler que, jusqu'au début du XXe siècle, cette communauté, malgré sa richesse culturelle plus que bimillénaire, vivait, comme le reste des habitants indigènes, dans des conditions moyenâgeuses caractérisées par l'isolement, l'antisémitisme et des exactions fréquentes; l'absence de droits civiques, la pauvreté et une vie végétative en circuit fermé à l'intérieur du quartier juif.

Grâce à l'action de l'Alliance, en l'espace de deux générations, la communauté juive, alphabétisée à plus de 90% - parmi une population non-juive à plus de 90% analphabète - s'est ouverte à la culture occidentale et a accédé du même coup aux professions commerciales et libérales dans les domaines les plus variés et aux fonctions administratives gouvernementales, à l'exception toutefois des postes de ministre et de hauts gradés militaires, réservés alors aux seuls vrais Iraniens.

Ce phénomène a eu comme conséquence majeure, pour la plupart de nos coreligionnaires iraniens, une amélioration considérable de leurs conditions de vie, à la fois sur le plan social et économique : ils ont acquis un statut social plus élevé et donc une respectabilité ( parfois mal tolérée par la masse, il est vrai); cette amélioration de leur niveau de vie s'est concrétisée par la désertion des vieux quartiers juifs au profit de quartiers résidentiels; enfin ils ont acquis progressivement des droits civils.

Dans chacune des villes où l'Alliance avait fondé des écoles, elle jouissait d'une confiance absolue de la population juive et avait l'exclusivité de la gestion des différentes instances de la communauté. En matière d’éducation en particulier, les écoles de l'Alliance jouissaient d'une réputation telle que non seulement la grande majorité des enfants scolarisables de la Communauté y faisaient leurs études, mais les notables et les autorités officielles de religion musulmane aussi leur confiaient l'éducation de leurs enfants, ce qui contribuait davantage à l'acceptation du " Juif " et à sa libéralisation.


Cette réputation était bien méritée au début du siècle où les écoles de l'Alliance constituaient une des rares institutions éducatives de conception occidentale, avec des programmes d'études modernes, des enseignants qualifiés, des locaux adaptés et accessibles qui, grâce à la compétence de leurs directeurs et du corps enseignant, souvent formés à l'École Normale Israélite Orientale, donnaient à leurs élèves, en l'espace de neuf années d'études, une instruction parfaitement bilingue (persan, français), sans compter les connaissances hébraïques.

On peut donc dire que l'Alliance a parfaitement rempli la mission qu'elle s'était donnée : en l'espace de 50 ans,, elle a réussi à faire franchir à la Communauté Juive d'Iran un saut de plusieurs siècles, à la fois sur les plans social et économique.

Il convient donc de rendre hommage à l'Alliance et à l'esprit qui animait ses illustres fondateurs sans qui - il faut encore une fois le souligner - la Communauté Juive d'Iran n'aurait jamais réussi à sortir aussi rapidement de ses conditions de vie moyenâgeuses et atteindre le niveau et les conditions de vie auxquels elle n'aurait jamais osé rêver, il y a à peine cinquante ans. C'est pourquoi la vieille génération de la communauté juive d'Iran, maintenant éparpillée aux quatre coins du globe, est restée fidèle à l'Alliance qu'elle considère comme son vrai libérateur. Malheureusement, la jeune génération, dans une très large majorité, l'ignore simplement parce qu'elle ne l'a pas connue.



AVEC LE RECUL DU TEMPS
David Bensoussan


À l'heure où à Montréal, l'on s'apprête à célébrer les réalisations accomplies par l'Alliance israélite universelle (AIU), il est bon qu'avec le recul du temps, on puisse faire le bilan des activités passées de l'AIU, quand bien même cette analyse nous ferait sortir des sentiers battus.

L'action de l'AIU dans le monde est louable. Elle a ouvert de nouveaux horizons aux communautés juives, sépharades pour la plupart. L'enseignement traditionnel prévalant avant l'implantation du réseau scolaire de l'AIU, religieux dans son essence, a été remplacé par l'enseignement de la culture française.

Le mot remplacé n'est pas fort. Il reflète bien la réalité de l'éducation qui a fait réciter aux jeunes des mellahs et des haras : " Jadis la France s'appelait la Gaule et nos ancêtres les Gaulois ". L'enseignement importé fut celui de l'Hexagone vantant la France, mère des armes, des arts et des lois, celui d'une civilisation imbue de son histoire et du rôle prépondérant qu'elle joue sur la planète.

Or, les personnes qui reçurent ce nouvel enseignement, n'étaient pas acculturées. Elles baignaient dans un monde et dans une culture qui leur étaient propres, bien enracinées dans l'histoire. Prenons le cas de l'Afrique du Nord : Il existait toute une littérature judéo-arabe couvrant non seulement le domaine des études bibliques, talmudiques et religieuses, mais aussi la science, l'histoire, l'humour et le roman. Les Juifs avaient leur propre écriture hébraïque, tout comme leur musique, leurs héros populaires, leurs légendes et leurs mythes.
Comment se fait-il que la francisation fut à ce point si complète, qu'en l'espace d'une génération, les nouveaux francisés en vinrent jusqu'à ne plus être capables de lire les écrits de leurs parents, reléguant leur propre culture aux oubliettes car elle était considérée comme obsolète. En d'autres mots, l'AIU a trop bien réussi son travail de francisation. Mais de ce fait même, les jeunes qui évoluèrent parfaitement dans la culture de la Métropole en vinrent à ignorer complètement leur langue, leur passé et leur culture d'origine. Cette situation de perte d'identité a pu rendre des membres de la communauté juive étrangers à eux-mêmes, tant ils étaient obnubilés par l'incarnation du modèle français auquel ils faisaient référence.

Or, l'autosuffisance de la culture française et son ethnocentrisme font ignorer à toutes fins pratiques les autres civilisations et les autres littératures. Qui plus est, avec le temps, les communautés juives apprirent à mieux connaître la France coloniale dont l'attitude envers les cultures indigènes était souvent empreinte de condescendance. D'où l'état d'acculturation. Cette acculturation fut parfois double car l'immense majorité des membres des communautés qui avaient effectué cette transition identitaire - se retrouvèrent dans une nouvelle société en formation : la société israélienne qui a trop souvent confondu civilisation technologique et culture et a considéré comme inférieures les cultures provenant de civilisations qui n'étaient pas considérées comme étant modernes.

Ce constat quelque peu sévère en regard de l'œuvre de l'Alliance israélite universelle devrait être tempéré si l'on tient compte du contexte historique : Les sociétés minoritaires, vivant dans un certain état d'humiliation en raison de leur statut de dhimmis en terre musulmane embrassèrent à corps éperdu la civilisation républicaine prônant la liberté, l'égalité et la fraternité. Ce contexte ne vise pas non plus à remettre en question l'œuvre et le dévouement exceptionnels des professeurs de l'A.I.U.

Ces réflexions méritent, peut être, d'être prises en considération alors que l'Alliance israélite universelle poursuit son œuvre dans des pays de l'Est et ailleurs. Elles pourraient contribuer à un développement identitaire plus harmonieux.




HISTOIRE D’UNE ALLIANCE
MA PREMIÈRE RENCONTRE AVEC JULES BRAUNSCHVIG
Edmond Elbaz


En abordant le nouveau monde en 1968, je me doutais peu qu'un jour, je représenterais l'Alliance Israélite Universelle sur les bords du St-Laurent. Ancien élève à l'école primaire Charles Netter de l'Alliance à Safi (Maroc), j'ai gardé de mon expérience, des souvenirs chaleureux et mémorables. Des souvenirs teintés de nostalgie où se confondaient les amis de classe, les enseignants, l'ambiance des fêtes juives et surtout ce désir insatiable de maintenir des liens avec mon héritage culturel et mes traditions.

Le passage de la nostalgie au renouveau se fit en 1970, lorsque je fus engagé, comme enseignant, par le réseau des Écoles JPPS (Jewish People's and Peretz Schools). Nommé quelques années plus tard directeur-adjoint, je suivis avec intérêt les vagues d'immigrants sépharades qui s'installaient à Montréal et qui souhaitaient inscrire leurs enfants dans le réseau des écoles juives.

Seule l'école Maimonide, créée en 1970, était affiliée à l'Alliance. Toutes les autres appartenaient au réseau anglophone juif où l'Alliance n'était à peu près pas connue. Le réseau montréalais des écoles juives était composé alors d'une vingtaine d'établissements comptant près de 5000 élèves.

L'affirmation du fait français au Québec en 1976, vint changer l'orientation traditionnelle des écoles anglophones qui se virent contraintes d'inscrire à leurs programmes d'études 14 heures d'enseignement en français par semaine. Le mot d'ordre était au bilinguisme et à l'intégration à la vie sociale et économique des québécois francophones. La communauté juive anglophone dans son ensemble se mobilisa pour relever ce nouveau défi.

C'est alors que l'Alliance Israélite Universelle intervint, par l'intermédiaire de son président M. Jules Braunschvig, qui fut l'un des principaux instigateurs de l'affiliation de la plupart des établissements scolaires juifs montréalais, au mouvement de l'Alliance. la conjoncture ne pouvait être plus heureuse !

Je me souviens de ce matin de septembre 1980. M. Braunschvig était de passage à Montréal pour une rencontre avec " Les Amis Canadiens de l'Alliance ". Le jour de son départ de la métropole il prit un taxi pour se rendre à l'aéroport. Subitement au cours de trajet, il aperçut, au coin des rues Van Horne et Westbury, le bâtiment qui abrite l'un des trois établissements affiliés aux Écoles Juives Populaires et École Peretz (JPPS). Passionné par toutes les écoles juives, il demanda au chauffeur de taxi de s'arrêter quelques instants afin qu'il puisse visiter rapidement l'établissement. Il pénétra dans le bâtiment, frappa à ma porte et se présenta. Ce fut un très grand honneur pour moi d'accueillir cette figure charismatique du monde le l'éducation juive. C'est au cours de la brève discussion qui s'ensuivit, qu'il lança l'idée d'une affiliation de toutes les écoles juives montréalaises au mouvement de l'A.I.U. Ce projet, qui au départ paraissait tout à fait chimérique et invraisemblable, s'est peu à peu concrétisé.

Le pari lancé par M. Braunschvig et repris plus tard par le professeur Steg et Jean-Jacques Wahl fut remarquablement gagné. En effet, sept importants groupes scolaires comptant près de 7000 élèves se sont affiliés depuis au réseau de l'Alliance, auxquels se sont joints plus récemment, Hillel Academy et Maimonide School d'Ottawa et Or Haemeth Sephardic School de Toronto.

L'un des grands atouts de notre institution, comme le soulignait souvent Jean-Jacques Wahl au cours de ses fréquentes visites à Montréal, est incontestablement son caractère pluraliste. L'Alliance est le seul réseau d'éducation juive dans le monde, prêt à accueillir en son sein, des institutions académiques fonctionnant dans des cadres éducatifs régis par des visions du judaïsme fort différentes.

Notre défi pour l'avenir sera sans doute d'assurer à travers l'éducation juive contemporaine, une éducation de qualité ouverte sur le monde moderne et surtout, accessible à chaque enfant qui le souhaite d’en faire la sienne.


À LA CROISÉE DES CHEMINS
Jean-Jacques Wahl, Directeur général AIU,
Ami Bouganim, Directeur du service des écoles, AIU


[…] Des questions spécifiques à l'éducation juive persistent :

Le devoir de transmission. Par delà les divergences religieuses et politiques au sein du peuple juif, il semble bien qu'on ne puisse assumer son judaïsme sans se plier, d'une manière ou d'une autre, au devoir de transmission qui caractérise l'étude et la pratique. […] D'un côté donc, une transmission de connaissances, de croyances, de souvenirs, d'un autre côté, une transmission des pratiques. […] Et on ne peut éclaircir ces interactions sans être amené à considérer les prétentions pédagogiques - essentiellement béhavioristes - qu'élève la Halakha, ne serait-ce que pour examiner leur degré de compatibilité avec les principes pédagogiques professés par le milieu social, l'institution scolaire, les maîtres, etc… Toute réflexion sur l'éducation juive se situe à la croisée de la pédagogie générale, traditionnelle-conservatrice ou active-libérale, et d'une pédagogie qu'on devrait commencer par extraire des sources et des pratiques qui nourrissent et commandent nos versions du judaïsme…

Une éducation religieuse. Dans le mesure où l'éducation juive est une éducation essentiellement d'inspiration religieuse, […] elle soulève une série de questions, en particulier au sein d'écoles dans des sociétés démocratiques et ouvertes. Une instruction religieuse est-elle possible dans le cadre d'une institution qui considère comme sa tâche première de transmettre des connaissances et d'assurer l'intégration civile ? Ne heurte-t-elle pas la vocation même de l'école publique censée dispenser un enseignement rationnel ? Quelle tournure devrait-elle prendre : une clarification des valeurs religieuses, une explication des doctrines religieuses ? Doit-elle, peut-elle et sait-elle éviter de verser dans l'endoctrinement? En termes plus généraux, l'instruction religieuse est-elle compatible avec l'éducation libérale qui se voue précisément à libérer les esprits de leurs préjugés et de leurs dogmes pour mieux garantir l'épanouissement de l'enfant ? […] Comment articuler une éducation religieuse qui ne bâillonnerait pas le sens critique et ne heurterait pas celui du progrès?

Une pédagogie de la résistance. Dans tous les cas, les efforts déployés par l'éducation juive en Diaspora se trouvent contrariés par un milieu assimilateur plus ou moins négateur des particularismes religieux et culturels. L'environnement occidental tend à laminer, malgré ses déclarations libérales sur le multiculturalisme, les différences entre les diverses composantes des populations nationales, présentées comme autant de déviations d'un idéal civil. […] La condition juive, à l'instar de toute condition minoritaire, est exposée aux charmes de cette civilisation occidentale dont l'espace reste de cathédrales et le temps de célébrations chrétiennes; elle ne peut s'épanouir qu'en menant une résistance permanente contre les tentatives, inscrites dans les généreuses incitations à l'humanisme et à l'universalisme autant que dans les vulgaires menées antisémites, de réduire son particularisme.

Une condition politique. La condition juive comporte désormais une dimension politique. En Diaspora même, elle reste tributaire, pour le bien et pour le pire, de la situation qui prévaut en Israël, se ressentant de ses remous et de ses disputes internes, de ses acquis et de ses échecs, de ses tensions et de ses accalmies. Israël est désormais une composante de l'éducation juive […]. Une véritable réflexion sur l'éducation juive passe, nous semble-t-il, par un éclaircissement permanent des relations - politiques, culturelles, voire spirituelles - entre Israël et la Diaspora, et cela dans l'intérêt de l'un autant que de l'autre… […]

Il est légitime aussi de s'interroger sur le bien-fondé et la nature d'une éducation juive dans une société où le contexte éducatif, qu'il soit formel ou informel, doit plus à la scolastique gréco-latine qu'au Beit Hamidrach. On peut, il est vrai, invoquer inlassablement le passage du livre des Proverbes qui recommande d'éduquer l'enfant selon sa personnalité (Cf. 22, 6), on peut encore répéter à l'envi quelques préceptes tirés des Pirké Avot ou se référer aux lois édictées par Maïmonide dans les Règles pour l'enseignement de la Tora, nous n'aboutirons qu'à une apologétique qui est le contraire de cette réflexion exigeante à laquelle nous aspirons.

Dans ce contexte, la véritable question demeure : comment transmettre une tradition dans un environnement qui dans le meilleur des cas la tolère et souvent s'y oppose ? L'Alliance israélite universelle ne prétend pas qu'elle a apporté des réponses définitives à cette question, mais elle a au moins le mérite, depuis près d'un siècle et demi, de s'y confronter quotidiennement. Dès 1860, les fondateurs de l'AIU étaient animés par la conviction que pour perdurer, le judaïsme ne pouvait plus se réfugier derrière les murs d'un ghetto physique et/ou intellectuel. Pour ces visionnaires, seule la confrontation avec les valeurs de la modernité pouvait assurer la perpétuation de la condition juive. Aujourd'hui encore, dans nos écoles et dans les établissements avec lesquels, sur quatre continents, nous entretenons des relations suivies, nous nous efforçons d'être fidèles à l'aspiration des fondateurs avec la conviction qu'il en va de l'avenir du judaïsme. […]

Les Nouveaux Cahiers (no 126, hiver 1996-1997),


Nous sommes a la fin de cette belle aventure qu'a ete la mise en ligne du livre Temoignages - Souvenirs et reflexions sur l'oeuvre de l'Alliance Israelite Universelle .

Encore merci a David Bensoussan de nous avoir propose de publier ce livre sur le forum
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