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La conférence d'Anfa ou l'acte de naissance du Maroc libre

 

La conférence d'Anfa ou l'acte de naissance du Maroc libre

 

 

OMAR ALAOUI

 

 

Nous commémorons aujourd’hui, avec fierté, le 70ème anniversaire de la Conférence d’Anfa. Un moment crucial dans l’histoire des relations internationales, et plus particulièrement entre le Royaume du Maroc, la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis. Un moment fort dans l’Histoire du Maroc moderne, et le premier acte de souveraineté d’un Maroc alors sous le joug du colonialisme

Du 14 au 24 janvier 1943, les Alliés (Etats-Unis, Grande-Bretagne et France) se retrouvent à l’hôtel Anfa de Casablanca afin de conclure à des accords sur la guerre. Le Sultan Sidi Mohammed Ben Youssef désigna l’éminent juge et savant Sidi Mohammed Bendriss Alaoui, le Cadi Bendriss, à la tête du comité d’organisation de la Conférence d’Anfa. En marge de la rencontre, une réunion cruciale et stratégique eut également lieu entre le Cadi et les généraux Clark et Patoun. 
C’est donc le 14 janvier 1943 que se donnèrent rendez-vous le président américain Franklin Roosevelt et le Premier ministre britannique Winston Churchill et les généraux français Henri Giraud et Charles de Gaulle à se réunir à l’hôtel d’Anfa. 
Lors de cette conférence, de nombreux enjeux relatifs à la sortie de guerre se discuteront et se décideront. Tout d’abord, il y a la réconciliation inévitable entre les généraux Giraud et de Gaulle. En effet, de nombreux français ne reconnaissant pas l’autorité de De Gaulle se sont dirigés vers Giraud, qui s’imposait comme une alternative à la Résistance gaulliste. Il était alors gouverneur de l’Afrique française du Nord et à la tête du Commandement en chef français civil et militaire. C’est également à Anfa que se décida le débarquement américain en Sicile mais aussi en France, des étapes clés dans la seconde guerre mondiale. Le général De Gaulle, exilé à Londres, refuse tout d’abord de participer à la conférence d’Anfa, ce n’est que sous les menaces répétées de Churchill, qui lui mit une véritable épée de Damoclès au dessus de la tête que le chef de la résistance française accepta de se rendre à Casablanca. Un climat de tension s’installe à Anfa du fait de la concurrence, et de la guerre des égos des deux généraux français. Le comportement de De Gaulle aurait plus que gêné Churchill qui lors d’une conversation avec Lord Moran, le Premier ministre britannique aurait déclarait: « Son pays a abandonné la lutte, lui-même n’est qu’un réfugié, et si nous lui retirons notre appui, c’est un homme fini. Eh bien, regardez-le ! Non mais regardez-le ! On croirait Staline avec deux cents divisions derrière lui. ». Casablanca fut le théâtre des querelles franco-françaises pendant que de lourdes négociations se décidèrent entre les Etats-Unis et le Royaume-Uni, qui ont non seulement mis en place la stratégie de sortie de guerre mais également l’établissement d’un nouvel ordre mondial post-45.

Les décisions prises lors de la conférence seront communiquées, le 12 février 1943, par Roosevelt en personne à l’occasion d’un discours radiodiffusé. Les conférences du Caire, de Téhéran, de Yalta et de Potsdam succèderont à celle d’Anfa, qui marquera à jamais le processus de paix et de résolution de conflit.

Mais pour les nationalistes marocains, et à leur tête le sultan Sidi Mohammed Ben Youssef et le Cadi Bendriss, ce fut l’occasion de « négocier » avec les forces occidentales la libération et l’indépendance du Maroc. En effet, ce dernier avait choisi de rester fidèle à la France durant la guerre. Ce fut le formidable « Appel du 3 septembre 1939 » du sultan Sidi Mohammed Ben Youssef. En effet, le 3 septembre la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l'Allemagne : c'était le début de la Seconde Guerre Mondiale. Ce même jour, dans chaque mosquée de notre royaume l’imam monte dans le mirhab pour proclamer, au nom du Sultan que le peuple marocain se doit d’être solidaire des alliés Français et Anglais dans la guerre contre le nazisme et le fascisme.
C’est à la conférence d’Anfa que le Maroc exploita ce « capital sympathie » pour obtenir le soutien, notamment des Etats-Unis, dans son processus d’indépendance. L’argumentaire développé par le Cadi Bendriss et son comité d’organisation fut inspiré de la charte de l’Atlantique (1941) où Roosevelt avait énoncé les grands principes universels qu’il souhait défendre avec à leur tête la liberté d’un peuple à disposer de lui même (articles 2 et 3 de la Charte de l’Atlantique). Le sultan Sidi Mohammed Ben Youssef avait alors discuté de ces points avec Roosevelt qui avait exprimé son soutien aux revendications nationalistes marocaines et qui apporta son aide à lutte marocaine contre le colonialisme. Rappelons que l’idéologie américaine est totalement opposée à toute idée de colonialisme, du fait que les Etats-Unis ont prit naissance dans la libération et dans la fin du joug du colonialisme anglais. Le Sultan négocia également un développement des relations entre les Etats-Unis et le Maroc, notamment au niveau de la coopération économique et de l’aide au développement. Nous pouvons considérer la conférence d’Anfa comme une étape majeure dans l’amitié maroco-américaine. Pour l’anecdote, il n’est pas inutile de rappeler que le premier Etat à avoir reconnu l’indépendance des Etats-Unis fut le Maroc, et ce fut l’œuvre du Sultan Sidi Mohammed Benabdellah, arrière-grand père commun du futur Mohammed V et du Cadi Bendriss. 
L’Histoire du Maroc est plurielle, et elle prouve aujourd’hui aux jeunes générations que le Maroc a toujours été du côté de la Liberté, de la Paix et de la Démocratie. Nous n’avons pas à rougir des décisions et des prises de positions internationales de notre pays, car oui, le Maroc n’est grand que lorsqu’il l’est pour les autres. 

http://www.yabiladi.com

Commentaires

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Je me demande pourquoi le Maroc voyait petit, il aurait pu profiter de la dispersion des efforts de la France pour demander ouvertement son indépendance et l’intégrité de tous ses territoires pour q'en échange il serait disposé à participer à cette guerre comme soutient à la France en premier, cette guerre qui ne le touche pas directement et qu'il la pose comme condition sine qua non, car dira t-il, pour convaincre, qu'il serait contradictoire au yeux du peuple marocain de prendre la déférence d'un pays qui occupe le votre.

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