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Une visite au Mellah de Marrakech, par Izza Amiz

 

Une visite au Mellah de Marrakech, par Izza Amiz

 

Le Mellah est une sorte de petite ville entourée de remparts et disposant de ses services propres comme la "Miâra" le cimetière juif près des remparts, ses ruelles étroites et ses derbs (impasses). Les maisons, malgré les bacons et leurs fers forgés dont disposent beaucoup d'entre elles donnant sur les ruelles, ressemblaient à celles de la Médina avec leur patio et les chambres disposées tout au tour.

La plupart étaient grandes mais délabrées car habitées par plusieurs familles et certains derbs étaient même misérables. Mais ce qui caractérisait le plus le Mellah, c'était son activité commerciale qui occupait les rues principale et se déversait même dans les rues avoisinant le Mellah. Dans la rue principale et durant presque toute la journée, c'était un brouhaha typique, un mélange de couleurs et d'odeurs semblait faire tourner les gens dans un va et vient continuel qui pourrait étourdir ceux qui n'avaient pas l'habitude du lieu: des Kipas et des Chéchias noires virevoltaient à travers l'espace pour se mélanger avec les razzas blanches ou les Taguias très prisés par les marrakchis. Des palabres, des marchandages, des cris, parfois stridents exprimant la colères ou l'énervement des interlocuteurs donnaient à ces lieux de commerce une certaine magie et une "vie" extraordinaire qui se renouvelait chaque jour.

Ce jour là, je rejoignais ma mère pour rapporter "du travail", à savoir des habits à coudre, de chez "David". Celui- ci payait bien moins que les marchands de Semmarines, mais il nous livrait des coupons entiers de tissus qui nous occupaient pendant une ou deux semaines. Il savait combien de pièces donnaient ses coupons, mais de temps en temps quelques mètres restaient et servaient pour un "tchamir" ou "faragia" pour mon père. 

Devant la boutique, Mbark, un viel homme usé par le temps essayait de charger les coupons sur le dos de son âne qui paraissait aussi délabré que son maître.Mais ce jour là la bête refusait la charge et se cabrait, David fut obligé de la maintenir et aider Mbark malgré les ruades de la bête. Ma mère n'était pas là et quand David me dit qu'elle était partie à la souika, je savais où la trouver.

Comme à son habitude, elle était assise sur une chaise devant la boutique de Rabi Cohen. Malgré son litham, ses yeux rieurs, les mouvements de sa tête et de ses mains exprimaient une gaité qui m'est allée droit au cœur en m'inondant à mon tour de ce bonheur que je sentis chez ma mère, elle femme aigrie par la vie et qui souriait si rarement. Rabi Cohen était derrière son étal et racontait quelque chose qui le faisait lui_ même sourire. Il était jeune et beau, sa tenue noire accentuait sa beauté et son sourire lumineux. Je savais que sa voix était douce et agréable et il paraissait lui aussi apprécier la discussion avec ma mère. Quand celle- ci me vit, elle prit ses fils se leva et dit: beslama et Rabi Cohen répondit de même. Elle resta un long moment silencieuse comme vaguant dans un autre monde lointain et mystérieux et après un profond soupir dit: mon Dieu, pourquoi est- il juif?!

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