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Livre en ligne : La m?moire vivante- Recits de l'?ge d'or s?pharade

Envoyé par Dafouineuse 
Re: Livre en ligne : La m?moire vivante- Recits de l'?ge d'or s?pharade
16 février 2008, 10:51
EMEUTES A FES

Fortune Papagouras
Propos recueillis par Sarah Arditti Ascher


Les émeutes qui ont eu lieu à Fès en 1912 alors que Maman y habitait, lui ont laissé le souvenir d’un grand danger auquel elle a eu la chance d’échapper. Le bruit a couru un jour que des hordes d’Arabes allaient rentrer au Mellah, le quartier juif de la ville. Maman avait un tout jeune enfant et venait de mettre au monde un bébé. Tout le monde savait que les émeutes donneraient lieu au pillage, au viol, à des enlèvements et à des meurtres.

Où aller ? Il y avait beaucoup de familles nombreuses, comment faire avec les enfants ? Le roi avait donné l’autorisation de chercher abri au palais. Ma grand-mère a enveloppé le bébé comme si c’était un paquet de chiffons. Elle a sali le visage de ma mère qui était très belle et elles se sont couvert la tête. Chacune a pris un enfant et elles se sont dirigées vers le palais. Elles n’ont pas pu contacter mon père qui lui, travaillait hors du Mellah. Bien qu’en sécurité au palais, elles y ont passé les quatre jours d’émeutes, sans nouvelles de lui et dans la plus grande angoisse.

Des hordes de bandits arabes sont entrés au Mellah, tuant et violant, mettant tout à sac. Malheureusement la plus grande partie des habitants y était restée. Ils ont subi des atrocités pendant quatre jours avant que les Français ne viennent chasser les émeutiers et protéger la population. Parmi les malheureuses qui ont été violées, celles qui étaient mariées à des Cohen durent divorcer et quitter leur maison. Leur sort à toutes a été tragique et certaines y perdirent la vie.

Au cinquième jour, le danger passé, ma mère et ma grand-mère ont pu regagner leur domicile. Elles n’avaient eu aucune nouvelle de mon père. Il était négociant en articles et ustensiles en cuivre pour la cuisine et faisait le commerce du cuivre avec les Arabes. Il travaillait à la Médina, au quartier arabe. Qu’était-il devenu ? Il n’avait pas donné signe de vie, il était sûrement mort. Elles étaient en train de le pleurer quand, à leur grande joie, mon père s’en vint sain et sauf.

Des commerçants arabes avec qui il travaillait l’avaient enfermé dans une petite chambre sous leur maison. Ils lui ont donné à manger des œufs durs, en raison de la cacheroute, du pain et des olives noires. Personne ne devait savoir qu’ils le cachaient. Il savait que le roi avait offert l’asile de son palais aux habitants du Mellah. Il avait convenu avec sa mère d’y emmener sa femme et ses enfants au premier signe de danger.

Heureusement, leur vie a repris son cours et le Mellah s’est remis petit à petit de ce cauchemar qui avait marqué bien des familles.


Re: Livre en ligne : La m?moire vivante- Recits de l'?ge d'or s?pharade
29 février 2008, 09:01
LE COUSCOUS MIRACLE

Flory Ibguy


Quand nous habitions à Casablanca, le frère aîné de mon mari venait tous les soirs nous mettre au courant des nouvelles du jour, car nous n'avions pas de radio et la télévision n'existait pas. Il nous lisait aussi des livres en hébreu, lisait ou racontait des histoires - des mille et une nuits ainsi que d'autres - pour nous distraire. Un soir, il nous a fait rire aux larmes. Il nous a raconté qu'avant de se marier, il allait voir sa fiancée tous les soirs. Elle habitait au premier étage d'une maison, dont les propriétaires, des Arabes, habitaient le rez-de-chaussée. Il devait passer par l'entrée de leur maison pour monter à l'étage.

Le jour de leur fête des morts, ils devaient préparer la maison pour la visite du prophète. Ils ont dit à la jeune fille que son fiancé ne pourrait pas entrer chez eux. Ils ont fait le grand ménage, ont passé toutes les dalles à la chaux, même celles de la toilette, une toilette à la turque comme il y en avait alors dans les maisons au Maroc. Une fois tout bien propre, ils ont brûlé de l'encens dans toutes les pièces. Ils ont ensuite préparé du couscous avec toutes sortes de viandes et de légumes et l'ont servi avec soin dans un grand plateau. De tous les endroits de la maison où ils auraient pu le placer, ils ont choisi de le mettre devant l’entrée de la toilette. Ensuite ils sont partis prier à la mosquée laissant la porte de la maison ouverte, invitant le Messie à rentrer.

Mon beau-frère est venu, comme d'habitude, voir sa fiancée. Elle l'attendait à la fenêtre : " Ne monte surtout pas", lui dit-elle," tu ne peux pas entrer chez les voisins, ce soir". Elle lui en dit la raison. Déçu, il commença à s'éloigner. Or, il eut besoin de satisfaire un besoin naturel. Comme il avait un long chemin à faire, il se dit : ma foi, il n'y a personne chez les Arabes, leur porte est ouverte, je vais rentrer chez eux, ils ne s'apercevront de rien. Aussitôt dit, aussitôt fait. Devant la toilette il eut la surprise de voir son chemin barré par un plateau. Le couscous était bien beau à voir, mais ce n'était pas pour le regarder qu'il avait passé outre à la consigne. Son besoin était pressant. Il voulut écarter le malencontreux obstacle. Désastre ! Dans sa hâte il renversa une partie du contenu. Il ramassa ce qu'il put, arrangea de son mieux de ses mains couscous et légumes, se dépêcha de rentrer dans la pièce faire ses besoins. Ensuite, il referma la porte, remit le plateau en place devant elle, et partit à toute vitesse, laissant bien malgré lui des traces de son passage.

Quand les propriétaires – des gens simples - rentrèrent, ils crièrent au miracle : "El Nabi est venu, il est entré dans notre maison, il a mangé !". L’idée ne leur est pas venue que les dégâts étaient l’œuvre d’un intrus. Ils se mirent à lancer des youyous qui firent accourir tous les voisins. Ils annoncèrent l'événement à grands cris, battirent du tambour, allèrent prier à la mosquée. Tout le quartier fut en émoi à cause de cet événement extraordinaire.

Le lendemain, mon beau-frère retourna chez la jeune femme. Elle le mit au courant des événements de la nuit. Pris d'un fou rire : "le Nabi d'hier soir, c'était moi" lui dit-il, racontant ce qui était arrivé. Elle ne put s'empêcher d'en rire aussi. Ils décidèrent de n’en parler à personne. Heureusement, car il nous arrive à tous de vouloir croire à un miracle, tous deux ont gardé le secret. Les propriétaires ont pu ainsi garder leur illusion.

Mon beau-frère était un conteur né. Sa mimique et ses gestes nous ont fait rire aux larmes quand il nous a raconté cette histoire. Nous en rions encore chaque fois nous y pensons.


Re: Livre en ligne : La m?moire vivante- Recits de l'?ge d'or s?pharade
01 mars 2008, 13:50
VISITE A SETTAT

Lévy Cohen


Je te raconte aujourd’hui un incident que le hasard m'a réservé à Settat, ma ville natale, lors de mon voyage au Maroc. Ma mémoire capricieuse ne m'a pas permis de le faire dans ma dernière lettre.

Je tenais mordicus à refaire une visite dans cette petite ville et j'avais à cœur de revoir les rues qui menaient à mon école ainsi que la maison que j'habitais alors. Arrivé devant elle, j'ai longuement contemplé ses vieux murs sur lesquels je lisais tant de souvenirs de mes quinze ans. Flânant sur les boulevards par un matin radieux, je vis un attroupement devant le cinéma Rialto où, tu t'en souviens, nous allions voir des films, tous les deux.

J'ouvre ici une parenthèse pour te dire qu'à une certaine époque je perdais mes cheveux ; le docteur Liney, que tu connais bien, m'avait prescrit, après examen du cuir chevelu, un onguent à appliquer sur mon crâne rasé.

Bien qu'attiré par la curiosité, je m'approchai à pas lents. Un hurluberlu gesticulait et criait à la cantonade qu'on venait de lui voler son portefeuille. Le malheureux en question se lamentait de plus belle en affirmant que, alors qu'il se baissait pour reprendre son sac de victuailles posé par terre, un homme au crâne dégarni se tenait auprès de lui. Jetant un regard circulaire sur la foule, il fonça tout d'un coup sur moi. Sans être arrogant ni méchant, il me supplia de lui rendre son argent. Fort étonné, je protestai avec véhémence :
" Je ne suis pas ton voleur bien que je n'aie pas de cheveux. Ma tête est rasée pour cause de soins médicaux."

Rien n'y fit. Le nombre des badauds augmentait et l'un d'eux suggéra d'appeler la police. Un agent arriva, dispersa la foule et nous fit signe de le suivre au commissariat. Après avoir écouté l'agent, le commissaire commença à questionner le malheureux dépouillé de son bien, puis moi, l'accusé, et nous posa un diktat : étaler la vérité toute nue séance tenante ou une amende pour le menteur ou même une peine de prison.

Je ne changeai pas ma déclaration. Mais le pauvre diable hésita et finit par reconnaître qu'une erreur de personne était possible. Il retira son accusation et se tourna vers moi pour s'excuser. Au moment de lui serrer la main, je me réveillai !






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Re: Livre en ligne : La m?moire vivante- Recits de l'?ge d'or s?pharade
01 mars 2008, 13:53
HUMOUR, QUAND TU ME TIENS!

Clémence Bendelac Lévy


Il pleuvait. Je me pressais sous mon parapluie, un coup de téléphone au moment de sortir, m’ayant retardée. La recommandation de mon médecin, toujours présente à mes oreilles, " surtout ne tombez pas! " m’empêchait de marcher plus vite. Il fallait faire attention : l’eau ruisselait de partout. La santé avant tout, me dis-je en ralentissant le pas.

Heureusement pour moi, car à ce moment précis, je sentis quelque chose de doux qui descendait le long de mes hanches, glissait et glissait. Je n’eus qu’une pensée : la paire de bas que je venais d’étrenner n’étant peut-être pas à ma taille, fuyait de mon corps! Mon Dieu! Que faire et surtout comment me tirer de cet embarras au milieu du trottoir ? Le visage caché derrière mon parapluie, je tournai le regard à droite et à gauche craignant un témoin de ma mésaventure ! Peu de passants circulaient à cette heure. Alors, j’osai baisser les yeux et regardai, impuissante hélas, mon jupon dont l’élastique avait sauté sans me prévenir, glissant joyeusement sur mes jambes, déjà presqu’à terre. D’un geste de prestidigitateur, je pliai les genoux, toujours protégée des regards curieux par mon précieux parapluie et, rapide comme l’éclair, je sortis un pied après l’autre de cet amas de soie. Je me relevai et comme une voleuse, m’empressai de fourrer le corps du délit dans ma sacoche, et le tour fut joué.

Je repris ma démarche d’un pas vif et après avoir constaté l’attitude indifférente des rares passants, ne pus m’empêcher d’éclater de rire. Ils n’avaient rien vu ! Tant pis pour eux ! Quant à moi, j’avais gagné un après-midi de bonne humeur que je n’oublie pas.


Re: Livre en ligne : La m?moire vivante- Recits de l'?ge d'or s?pharade
15 mars 2008, 15:36
CHALOM SALAM

Ruth Bensimhon
Propos recueillis par Sarah Arditti Ascher


Mon voyage au Maroc a été, l’été dernier, une expérience inoubliable. J’ai retrouvé le Maroc que mes parents m’avaient conté et je l’ai revu à travers leurs yeux. La lumière, les couleurs, les odeurs, l’animation des rues, l’attitude des gens, leur accueil chaleureux, tout m’était familier.

Je foulais le sol du pays qui m’avait vue naître trente-sept ans après l’avoir quitté et pas un instant je ne m’y suis sentie étrangère. Mes parents avaient maintenu le contact à travers leurs souvenirs qui, peu à peu, étaient devenus les miens. Partout où j’allais, je fouillais dans ma mémoire pour trouver des points de repère, mais ce que je croyais reconnaître était ce qu’ils m’avaient conté, décrit. J’avais pourtant un souvenir très précis et j’ai parcouru les rues de Rabat avec détermination. Il fallait que je la retrouve, cette porte noire devant laquelle j’étais photographiée, enfant, tenant la main de mon père. Au fil des ans, il m’arrivait de la voir dans mes rêves. Elle était énorme. Elle me troublait. Que cachait-elle ? Je n’aurais de cesse qu’elle ne me dévoile son secret.
Et soudain, elle était là, devant moi, toute noire, toute simple. Ce n’était qu’une banale petite porte, la porte d’une toute petite banque ! Je me suis sentie étrangement libérée.

J’ai aussi retrouvé notre maison, mais j’ai choisi de ne pas y entrer. J’ai préféré qu’elle garde le mystère qu’elle avait acquis avec le temps, qu’elle reste pour moi du domaine du souvenir. Il me semblait que nos parents étaient à nos côtés, dirigeaient nos pas. Nous pensions à eux, aux traditions qu’ils nous avaient transmises. Elles préservaient notre identité, nous accompagnaient partout. J’étais sous l’emprise d’une émotion que je ne pouvais plus contenir, que mon mari ressentait aussi.

Alors que j’avais quitté Rabat à l’âge de six ans, mon mari avait vécu à Fès jusqu’à vingt ans. Il retrouvait tout ce qu’il avait laissé, jusqu’au même marchand ambulant poussant sa charrette devant la porte de sa maison, tout surpris de reconnaître dans ce visiteur l’adolescent qu’il avait vu grandir jadis. Et quelle émotion que de nous recueillir devant la tombe de sa maman, de visiter celles de nos ancêtres !

Pour nous, comme pour tous ceux de notre groupe, ce pèlerinage s’est fait sous le signe d’une émotion intense. Nous avons vécu une expérience incomparable, celle de fouler le sol de notre pays natal. Nous avons aussi connu l’euphorie du succès sur scène. Pendant quelques jours, nous avons été des " Stars ", nous avons présenté une pièce de théâtre, nous avons chanté avec notre chorale sous les acclamations d’un public chaleureux et enthousiaste.

Avant notre départ, les communautés juive et marocaine nous ont mis à l’honneur et nous ont offert une réception grandiose. Retour aux sources, feux de la rampe, ce voyage nous a comblés. Pour moi, il a aussi été un voyage de découverte et j’en suis revenue avec un sentiment de paix. Je me promets de retourner visiter ce pays que je connaissais sans le savoir et qui ne m’a pas déçue.


Re: Livre en ligne : La m?moire vivante- Recits de l'?ge d'or s?pharade
15 mars 2008, 15:40
VOIR NAPLES ET MOURIR
REVOIR TANGER ET REVIVRE

Clémence Bendelac Lévy


Que dirais-tu d’une petite virée à Tanger ? ", me dit ma merveilleuse et fidèle amie, en m’accueillant à l’aéroport de Madrid où elle m’avait invitée à venir me refaire le " moral ".

À Tanger, dis-je, éberluée par une proposition aussi inattendue ! À Tanger ? Quand ? Comment ? Par avion ?

Pas de souci ! Tu sais, je connais un très bon chauffeur qui nous emmènera à Algésiras dans son taxi. De là, nous traverserons le détroit jusqu’à Tanger ! Je me laissai facilement convaincre et trois jours plus tard, nous partîmes, accompagnées d’une jeune amie qui n’en était pas à son premier voyage au Maroc et qui aplanit pour nous les problèmes de bagages, transport, hôtel…

Arriver à Algésiras, découvrir au loin les côtes de l’Afrique et peu à peu distinguer le port, les édifices, les minarets de Tanger, sa plage accueillante, tout cela m’enthousiasma. Et le ciel et la mer, particulièrement bleus ce jour-là, m’enveloppèrent dans cette clarté spécifique de ma ville natale. " Tanger, son site, son climat " Une carte postale vivante, glissante. Quel atterrissage ! Je ne me sentais plus dans ma peau. Devais-je me pincer pour m’assurer, que je me trouvais bien devant " la Perle du Détroit ", Tanger la bien nommée ? Je humai l’air vivifiant de chez nous. " Je marche sur la terre qui m’a vue naître " dis-je en descendant du traversier, frère de celui qui, dans le temps, (ne comptons surtout pas les années !) arrivait aussi à 17 heures précises. Nous attendions son accostage pour nous prélasser sur le sable doré et si fin de cette plage unique ! Mais Farrajito, ancien chauffeur de la famille, fidèle ami, nous attendait, poli et chaleureux. Il nous déposa à l’Hôtel Minzah dont j’avais suivi la construction en 1930, et qui est, avec son style marocain, toujours aussi apprécié des touristes connaisseurs.

Notre première visite fut pour l’ancien cimetière, actuellement fermé à la population et dont les portes finirent par s’ouvrir après maintes interventions. Quelle ne fut pas ma déception et ma peine de ne pouvoir approcher ni de la tombe de mon regretté père, ni de celle du vénéré Tzadik de Tanger, Rebbi Mordekhai Bengio, mon arrière grand-père. La végétation environnante, qui a pris possession des tombes, empêche en effet les pèlerins d’en approcher. Les bras m’en tombèrent. Je me suis retrouvée dehors, avec mes compagnes, les doigts serrés sur les petits cailloux qui auraient dû témoigner de notre visite.

Farrajito, attentif à nos désirs, nous fit faire le tour du Marshan, quartier de Tanger qui connut ses heures de gloire avec ses parcs, ses villas de maîtres et son stade. Le numéro 21 des Maisons Ghanam, témoin de mes dernières années de vie tangéroise, me fit littéralement sursauter. Pourtant, un sentiment de discrétion ou de timidité m’empêcha de sonner à la porte de ce qui fut, pendant tant d’années, notre logement. Je me rattrapai en faisant faire le " tour du propriétaire " à mes compagnes, les invitant à traverser avec moi, le terrain, aujourd’hui laissé à l’abandon, que j’avais connu planté de magnifiques fraisiers aux fruits parfumés que l’on chapardait dès la tombée du jour. J’avais oublié l’existence du bord de la falaise, et celle des tombeaux des Phéniciens, ces navigateurs venus au VIIIe siècle avant l'ère courante et qui avaient creusé leur dernière demeure à même la roche, devant le littoral, face à l’Espagne. Rien n’a bougé depuis.

Nous avons poursuivi par l’inoubliable tour à la
" Haffita ", café maure que tout Tangérois, amoureux de beaux spectacles, continue de fréquenter et où on déguste le plus parfumé des thés marocains. Par temps clair, la vue imprenable de la côte espagnole, émerveille le regard du visiteur et enlève tout doute sur l’existence du Créateur.

Je me suis arrachée à ces lieux pleins de merveilleux souvenirs, ces dames désirant faire des emplettes dans les boutiques débordant d’articles d’artisanat. Je les accompagnais, à l’affût des parfums et des odeurs qui taquinaient ma mémoire et me faisaient passer par toutes sortes d’émotions, sans oublier celles soulevées par mes retrouvailles avec le Petit et le Grand Sokko. Là, à défaut de fruits et de légumes, les Rifaines coiffées de leur grand chapeau de paille, exposent sur des nattes : pains de blé, bonbons, chocolats et d’autres petites marchandises d’origine étrangère!

Ne passons surtout pas sous silence, la matinée passée aux Grottes d’Hercule (jonction de l’Atlantique avec la Méditerranée), plage préférée des gens de partout et d’ailleurs, aux habitations touristiques dignes d’envie.

" L’eau y est glacée ", ont rapporté mes courageuses compagnes, m’interrompant dans ma méditation ensoleillée. Quel spectacle et quelle belle conclusion à ce beau voyage !

Le lendemain, au moment du départ, Farrajito, touché par mon émotion, fier de mes attaches avec notre Tanger commun, m’offrit de retourner visiter le Marshan.
Je ne pus m’empêcher de penser : Allah Ouw Akbar !


Re: Livre en ligne : La m?moire vivante- Recits de l'?ge d'or s?pharade
29 mars 2008, 12:31
MARRAKECH, MA VILLE NATALE

Fiby Bensoussan


Marrakech fardée d’ocre et de rouge
Étale ses splendeurs sous un ciel d’azur.
L’aurore dans l’air pur du matin,
Brode de perles de rosée
Les feuilles et les pétales de satin
Des fleurs aux couleurs éclatantes.
L’eau vive qui descend de l’Atlas
Pénètre une terre généreuse et fait
Pousser une riche végétation.
Où est-il cet ami de mon enfance,
Le mimosa aux mille boules d’or
Qui embaumait la route de la Rémila?
Des femmes voilées portent avec grâce
Couffins et ballots sur leur tête et se hâtent
Vers la place Djem Elfna, où une vie intense
Colorée et bruyante, séduit grands et petits.
Quand la nuit tombe, les étoiles
Scintillent dans un ciel de velours
La lune diffuse sa lumière laiteuse,
Guidant le voyageur attardé sur sa route.
Dans les maisons, première mémoire de l’enfance,
Les familles, même les plus pauvres,
Vivent unies par l’affection et l’amour
Dans Marrakech, fardée d’ocre et de rouge.









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Re: Livre en ligne : La m?moire vivante- Recits de l'?ge d'or s?pharade
29 mars 2008, 12:33
MOULAY YACOUB

Clémence Bendelac Lévy


Le bruit, la poussière, la chaleur,
De ces lieux sacrés ont éloigné la muse.
Rien n’émeut le cerveau alourdi et las.
À ce régime l’intelligence même s’use !

Pourtant je ne partirai pas
Sans louer comme chaque fois
Moulay Yacoub, ô saint plus grand que roi !

Que la muse reste chez elle !
C’est toi, grand parmi les grands
Qui choisis cette citadelle
Pour nous, pauvres émigrants
Las de la douleur de la terre.

C’est à toi, que nous apportons nos misères
Car seul, tu sais les réduire en poussière
En nous redonnant santé et joie de vivre !

Que ton nom, Moulay Yacoub ne soit pas sur tous les livres ?
Que m’importe ! Qu’il soit sur les bouches
Et que tes merveilleuses eaux,
Guérissent ceux qui les touchent !







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Re: Livre en ligne : La m?moire vivante- Recits de l'?ge d'or s?pharade
29 mars 2008, 13:17
MON CITRONNIER

Clémence Bendelac Lévy


Un ami nous l’a apporté
Comme un fragile bébé.
Il était chaudement enveloppé
De feuilles de papier,
Devant la porte nous l’avons planté
Et les enfants ravis, ont longtemps chanté.

Au bout d’un an et deux étés,
Apparurent quelques fleurs qui embaumaient
Le petit jardin et aussi le potager.

" Comment pousse ton petit citronnier ? "
Demandaient même les étrangers.
" Nous aurons bientôt des fruits parfumés
Qu’avec vous, nous aimerions partager ! "
Aux quatre saisons nous fûmes gâtés,
Et ce, pendant plusieurs années.

Un jour cependant, nous avons tout quitté :
Pays, ville, maison, jardin et citronnier.
Mais toujours tes fruits à d’autres sont comparés
Les tiens étaient plus juteux, plus dorés.
Leur goût sur mes lèvres est resté,
Délicatement acidulé,
Il est resté, témoignage de fidélité,
Image inoubliée,
De mon cher citronnier.



Re: Livre en ligne : La m?moire vivante- Recits de l'?ge d'or s?pharade
29 mars 2008, 13:24
Nous sommes a la fin de cette belle aventure qu'a ete la mise en ligne du livre Memoire vivante - Recits de l'age d'or sepharade.
Encore merci a David Bensoussan de nous avoir propose de publier ce livre sur le forum
Tous vos commentaires sont les bienvenus en cliquant ici
[dafina.net]






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