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PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954

Envoyé par clementine 
Re: PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954
13 mars 2008, 07:31
Clementine et Papilunet: J’ai sans doute été un peu directe et eu un mouvement d’humeur à votre égard dans mon dernier message. Excusez moi. Mais j’aimerai que Cigalou cesse de me prendre pour un farfelu, car ses propos sont vraiment négatifs, voir vexants.

Papilunet: je n’ai jamais dit que les victimes de Petit-Jean n’ont pas été massacrées par les arabes, en l’occurence des membres de l’ALN. J’ai simplement essayé d’expliquer qu’elles étaient impliquées d’une manière ou d’une autre dans le mouvement de résistance colonialiste, né vers 53 et étouffé dans l’oeuf en 54.
Il faut bien penser que le vol d’armes n’a pas été exposé sur la place publique... mais qu’il a été suivi d’un enquête, dans laquelle l’armée et les services de Police (Alors français) se sont impliqués à fond. Ont-ils été découverts, dénoncés, voir piègés comme je l’avais imaginé au début... je pense que les 2 premières solutions sont les plus plausibles. Ce qui l’est également, c’est que les forces en place se sont également arrangées pour que ce massacre soit l’oeuvre de l’ALN, ce que je ne nie pas, quoiqu’ayant imaginé qu’il aurait pu être l’oeuvre d’un commando déguisé, mais je ne le crois pas.

Ces suppositions, n’étaient que des questions que je posais. J’aurai du parler d’avantage au conditionnel: “ Des personnes autorisées, s’autorisent à penser... etc “ comme disait Coluche.

Tu ajoutes :“Je ne sais pas si "Présence Française" avait besoin d'intermédiares juifs pour s'approvisionner en armes” Sans doute pas... mais rien ne dit que des colons juifs, pas forcément agriculteurs, ne se soient impliqués dans ce mouvement de résistance. Dans les années 25/30, quand les colons ont confondu Protectorat avec Colonisation... ceux qui les accompagnaient étaient aussi de gros marchands juifs, ceux là qui au départ n’étaient pas des Juifs marocains, et qui comme tous les colons, souvent de la 2° Génération en 53/54, nés au Maroc, considéraient ce pays comme étant leur patrie, et n’avaient aucune envie de s’en faire expulser.

Le massacre de Petit Jean a été provoqué, et bien sur il a allumé le pétard qui sommeillait. Mais en fait cela n’a rien résolu.

Tout le monde sait que le Sultan Ben Arafa n’était qu’un pion à la solde du gouvernement Français. Qu’aurait-il pu dire d’autre dans son discours.
Pourtant il dit bien... “La cause le plus frappante de ces troubles dangereux est à rechercher dans les faux bruits répandus par des meneurs de mauvaise foi dont quelques uns ont pu être appréhendés”. Cette simple phrase peut s’interprêter...

Ceci dit, je vais revenir sur les sources de mes informations. Car il est vrai, qu’ayant peu de détails sur cette affaire, j’ai un peu extrapolé, espérant que la vérité sortirait de la discussion.
Re: PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954
14 mars 2008, 04:08
Rien ne permet de dire que les assassins des 7 commerçants juifs pouvaient être des membres de l’ALN comme rien ne permet de dire que les victimes étaient plus ou moins impliquées dans les mouvements colonialistes de l’époque. Ta thèse n’est donc bien qu’une supposition, comme tu le reconnais. dont acte !

Secundo, De quel mouvement conservateur ( résistant) parles-tu en disant qu’il a été étouffé dans l’œuf en 1954 ? Je ne pense pas que le Général Guillaume aurait pu ordonner cette liquidation vu qu’il était le Dauphin du Maréchal Juin. Le gouvernement Mendes France et la nomination de Francis Lacoste datent de Juin et Juillet 54, or les années 54 et 55 seront celles dde la plus forte activité contre- terroriste de « Présence Française ».
Re: PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954
14 mars 2008, 14:10
Il est effectivement difficile d’être crédible quand 50 ans plus tard on réveille de vieux souvenirs, qui sont apparemment en contradiction avec l’histoire, telle qu’elle a été écrite depuis.
Papilunet, tu déclare: “Rien ne permet de dire que les assasins des 7 commerçants juifs pouvaient être des membres de l’ALN comme rien ne permet de dire que les victimes étaient plus ou moins impliquées dans les mouvements colonialistes de l’époque. Ta thèse n’est donc bien qu’une supposition, comme tu le reconnais. dont acte ! “
Non, pas “Dont acte”
Je suis intervenu sur ce forum pour 3 raisons:
1 - L’existance en 53/54 d’une rébellion colonialiste, qui n’avait pas de nom, mais qui a regroupé divers éléments, tant militaires que civils de toutes obédience, décidés à ne pas abandonner le Maroc.
2 - Le vol d’armes d’El Hajeb, qui en a été le point fort.
3 - La participation de Juifs dans ce mouvement, en lien avec le massacre de Peti-Jean.
Voilà ce qui dans les années 64/65 m’a été raconté, et voilà ce qu’à mon tour je révèle.
Ceci dit, je doute que ce que j’appelle “La Rébelion” ou la “Résistance” ait été le fait de Généraux: j’ai parlé de sous-officiers, retour d’Indochine. Je n’étais pas là à cette époque, et je suppose que le Général Guillaume devait être Gouverneur Général à Rabat? Rien ne dit que précisément ces désordres n’aient provoqué la nomination de Lacoste et de cet enfoiré de Mendès-France, sur lequel je me suis déjà expliqué sur le site de Meknès si j’ai bonne mémoire...

Bref, vos contradictions me fatiguent, car c’est malgré moi que je reviens sur ce passé. J’ai apporté mon témoignage, et peu m’importe qu’il ne vous convienne pas: je pensais simplement qu’il vous aurait été utile que je rapporte ce qui m’a été dit, et que cela aurait pu orienter vos recherches sur une autre vérité historique.
Maintenant déballer les circonstances pour lesquelles j’ai été amené à recevoir ces confidences tardives, donner des noms etc... pour moi c’est du passé.

Aujourd’hui, ce qui m’intéresse, c’est “L’Union pour la Méditerranée”, et la façon dont Sarkosy s’est fait heureusement rhabiller par Angela Merkel... Cette Union est nécessaire, indispensable à la construction de l’avenir de l’Europe, comme à celui des pays Africains: nous somme, et avons toujours été complémentaires et il y va de notre survie, face aux grandes puissances, qui ont tout fait pour nous détruire en nous séparant, et au nom de la “Démocratie” installé la misère par le biais de guerres ethniques. Angéla Merkel a raison: c’est une affaire “Européenne”
Les récents voyages de Sarkosy en Afrique sont une hérésie: je souhaite qu’Angela lui redresse correctement les oreilles. Fini les querelles de clocher, l’Union, c’est avec un Gouvernement Européen, une Ambassade unique et Européenne, une Europe avec une seule identité.
Au lieu de déterrer de vielles rancunes... voilà ce dont j’aimerai qu’on en débatte.
Re: PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954
14 mars 2008, 14:57
Salut Fench,

tu écris :

Je suis intervenu sur ce forum pour 3 raisons:
1 - L’existance en 53/54 d’une rébellion colonialiste, qui n’avait pas de nom, mais qui a regroupé divers éléments, tant militaires que civils de toutes obédience, décidés à ne pas abandonner le Maroc.
2 - Le vol d’armes d’El Hajeb, qui en a été le point fort.
3 - La participation de Juifs dans ce mouvement, en lien avec le massacre de Peti-Jean.
Voilà ce qui dans les années 64/65 m’a été raconté, et voilà ce qu’à mon tour je révèle.



1 - Pour Présence française, je peux te citer des noms et donner des sources.Pour le mouvement sans nom décimé en 1953/54......?????
2 - J'ai effectivement une vague souvenance de ce vol.
3 - As tu des preuves pour corroborer ce que tu avances sur la participation des juifs à ce mouvement ?
4 - raconté ? C'est l'homme qui a vu l'homme qui a vu l'ours...

J'étais militaire en 1952 et 1953 au Maroc et rappelé en 1955/56.... mais restons en là, car nous tournerons en rond longtemps sans autres éléments précis.

Pour ce qui est de l'Union pour la Méditerranée, lance le sujet dans une autre rubrique, mais je ne sais pas si le site "Dafina" convient pour une telle entreprise confused smiley
Re: PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954
14 mars 2008, 15:21
fench contactes ce monsieur pour les archives de l'èpoque ou connectes toi à ce site ;journaux-collection.com

les archives des journaux MAS ont ètè achetè par la banque populaire
Pièces jointes:
phototag.pl.jpg
Re: PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954
17 septembre 2008, 06:09

Je voudrais ajouter mon temoignage a ce triste evenement
Ce jour la je me trouvais avec mes parents et ma petite soeur Nicole(6ans) dans le village Sidi Slimane a 10 km de Petit Jean.
Bien qu'age de 9 ans le souvenir de ce jour la est nettement incruste dans ma memoire !!!!
En fin de matinee mon pere a recu un telephone d'un ami musulman de Petit Jean ou il avait lui meme de depots de cereales.Cet ami lui a conselle vivement de qitter incessament la ville et lui annoncant que des massacres avaient lieu a ce moment la a Petit Jean et qu'ils risquaient de se propager au village voisin Sidi Slimane.Sans hesiter un moment mon pere quitta ses depots en plein milieu de son travail et au volant de sa Citroen noire(la meme que celle de Bonny & Clyde) nous conduisa prudemment a Meknes a 60 km de la .Non sans porter une Djellabah en conduisant et en demandat a ma mere de mettre un voile sur le visage a la marocaine.Quant a nous deux petits enfants en vacances d'ete il nous a ete recommande de nous cacher a l'arriere entre les sieges durant le passage dans les carrefours.A l'arrivee a Meknes nous avons triuve a Meknes au nouveau Mellah un quertier en ebullition a la suite des rumeurs sur le massacre.Les Toledano etaient des voisins et amis.
Une heure apres notre arrivee a Meknes mon pere a recu un telephone d'un ami commercant musulman a Sidi Slimane : en lui rendant visite ce jour la il a trouve a son bureau le coffre fort ouvert avec les cles dessus : mon pere dans sa precipatation n'avait pas pense a le fermer.Cet ami l'a rassure : il a ferme le coffre et garde les cles jusqu'a son retour.Les ouvriers ce jour la n'ont pas recu leur paye journaliere mais ils comptaient sur l'hnnetete des commercants juifs pour la recevoir ulterirurement!
Voila une anecdote et un evenement grave et triste vu des yeux et d'une memoire d'un enfant de 9 ans !!!!!
Re: PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954
21 septembre 2008, 13:35
Albert Elgrabli
Je suis très heureux de voir ce sujet resurgir avec ton témoignage.
Car effectivement c’est un point d’histoire qui mérite de trouver un éclaircissement.
Il faut bien se mettre dans la tête qu’il y avait au Maroc 2 ethnies juives.
- La première, venue de la nuit des temps via le sahara et la vallée du Ziz, et dont on retrouve les racines dans la Tafilalet (Rissani, Ksar-Souk...) qui est à l’origine du Mellah de Meknès, et qui a toujours commercé en bonne entente avec les Marocains.
- La deuxième, Berdugo, Cohen, Toledano et tant d’autres, sont venus dans les années 30/35, au moment où le Protectorat s’est transformé en une colonisation de fait... Marchand de grains, commerçants puissants, ils se sont installés dans le Mellah, qu’ils ont dominé. Ce sont principalement ceux-là, qui au même titre que les colons, dont ils étaient devenus les principaux intermédiaires commerciaux se sont sentis visés, quand le vent a commencé à tourner.
Comme les colons... ils ont quitté le Maroc et il faut comprendre l’inquiétude qui les a gagnée à la suite des événements de Petit-Jean, d’autant que, comme je l’ai déjà dis... sous toute réserve, ils n’étaient pas opposés à accompagner les colons dans une sorte de révolte... qui d’après ce que j’en ai pu ouïr une décade plus tard, a été tuée dans l’oeuf par le Gouvernement et l’Armée française, un peu comme l’OAS l’a été en Algérie. Le vol d’armes d’El Hajeb, quelque fut l’implication des victimes de Petit-Jean dans cette affaire, aura été, après le départ des “colons juifs” et encore jusqu’au départ des Colons en 56, un élément important de cette période.
Albert, ton témoignage confirme bien l’inquiétude qui s’est installée dans le milieu des Colons Juifs à cette époque... inquiétude que je n’ai jamais ressentie dans les milieux juifs ancestraux, originaires du Tafilalet.
Re: PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954
21 septembre 2008, 14:20
Fench bonsoir,
Ce que vous ecrivez n'est pas l'histoire, c'est VOTRE opinion personnelle.
Vous continuez a affimer comme si vous y etiez qu'il y a eu vol d'armes et c'est la raison pour laquelle il y a eu victimes.
Apportez vos preuves.

Vous falsifiez l'histoire des juif du Maroc en parlant des familles BERDUGO et TOLEDANO entre autres en les traitant de "COLONS JUIFS" je vous signale que ces familles sont presentes au Maroc depuis la periode de l'Inquisition en Espagne en 1492.

"COLONS JUIFS" au Maroc, encore un de vos termes sans aucun sens, abstenez-vous a l'avenir d'ecrire des inepties.
Re: PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954
21 septembre 2008, 14:23
Albert Elgrabli,
je vous remercie pour votre temoignage.
Re: PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954
22 septembre 2008, 12:45
Clémentine : J'ai apprécié moi aussi le témoignage "verbal" d'Albert Elgrabli, qui ne fait toutefois que confirmer la peur qui a suivi ce triste événement, mais n'en donne aucune explication.

Colons juifs ou colons tout cours... ce n'est pas moi qui ai écrit l'histoire du Maroc. Après le départ de Lyautey, le Maroc a perdu son statu de protectorat, pour devenir une Colonie... C'est alors qu'ont été créés les lots de Colonisation, c'est alors également que sont arrivés les Colons, Français, Espagnol, catholiques, juifs de tous bords. Pourquoi les Colons seraient-ils français et pas juifs ? Il n'y a rien de péjoratif de dire, même sur Dafina, qu'il y a eu des colons juifs. Ce sont d'ailleurs ceux-là même qui ont ètè les premiers à quitter le Maroc dans les années 60 avant même les autres colons.
Ceux qui sont restés, et qui n'étaient pas des colons, sont toujours là: les marocains n'ont détruit ni églises, ni synagogue.
Mais vous avez raison, mon témoignage ne vaut rien puisqu'il ne se réfère qu'à des récits oraux. Donc restons en à la vérité qui vous convient: je le confirme je n'étais pas sur place... heureusement pour moi.
Je n'ai fait que répéter ce que j'ai appris 10 ans plus tard, par suite de circonstances qui m'ont valus, entre parenthèse, pas mal de déboirs: si celà ne vous convient pas, je dirai: à quoi bon ouvrir un forum ? Brisons là: soyez tranquilles je n'irai pas plus avant dans mes "inepties" !
Re: PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954
19 octobre 2008, 13:09
J'ajouterai à mon précédent message un texte que je viens de lire en parcourant DAFINA, sur une site intitulé "A la découverte des Juifs Berbères" page 12, que je copie ici bas, et qui prouve bien qu'il existait une population Juive marocaine Berbère, qui n'a rien eu à voir avec celle venue plus tard avec la Colonisation.
Bonne lecture...Je cite:

A la découverte des Juifs Berbères
Auteur: admin (IP enregistrée)
Date: 20 October 2004, 18:46
A la découverte des Juifs Berbères

Sujet : Culture Amazighe

Parmi les travaux et domaines d’études concernant le passé des Juifs marocains, l’histoire des Juifs dans les régions à dominance berbère occupe une très faible place. Cela provient en partie de la nature fragmentaire des sources historiques provenant des zones rurales du pays ...

Comparée à la documentation sur les Juifs parlant arabe, vivant dans les régions urbaines du Maroc et qui ont produit un nombre considérable d’écrits, les données historiques sur la vie des Juifs berbères ou vivant parmi les Berbères, avant la période coloniale, sont très éparses, presque toujours de seconde main, et sont souvent basées sur des mythes d’origines et des légendes. Les voyageurs étrangers en visite au Maroc dans la période pré-coloniale, qui ont établi, quoique de façon inexacte, les listes des tribus et des " races " du pays ont rarement fait la distinction entre Juifs berbérophones et Juifs arabophones [2]. Les Juifs ont été considérés comme une catégorie à part, aux côtés des Maures ou Andalous, des Arabes, des Berbères et shleuh. Peu d’Européens ont voyagé à l’intérieur du Maroc avant le XXe siècle, et ceux qui le firent, comme John Davidson (qui fut tué) en rapportèrent des informations peu fiables. James Richardson, un militant anti-esclavagiste britannique, qui a visité le Maroc en 1840, a poussé plus loin les observations de Davidson ; il a été le premier à désigner les Juifs de l’Atlas comme des " juifs shelouh ", parlant berbère et dont les coutumes et caractéristiques étaient les mêmes que celles de leurs voisins non-juifs [3].

Cette référence aux Juifs berbères est, cependant, encore très inhabituelle et de fait, elle n’a pas donné lieu à des hypothèses hasardeuses sur les origines berbères des Juifs. D’après la plupart des visiteurs européens du XIXe siècle, les communautés juives elles-mêmes se revendiquent fermement comme descendant des Juifs de l’Ancien Israël. Les seules distinctions qu’on y trouve sont celles relatives aux clivages entre Juifs espagnols et Juifs autochtones, un clivage que les Juifs du Maroc eux-mêmes mentionnent par les termes " d’expulsés " et de " résidents " (megorashim et toshavim).

A la fin du XIXe et au XXe siècles, les voyageurs et ethnographes " découvrent " un grand nombre de communautés dispersées et donnent de ces Juifs vivant parmi les Berbères une image totalement différente de celle des communautés juives des régions urbaines. Sous le protectorat français, l’image des Juifs berbères va être définitivement établie conformément aux études qui leur seront consacrées par l’ethnographie coloniale, ainsi que par les hommes de l’Alliance israélite universelle. Enfin, la société israélienne va y ajouter sa touche, reflétant l’apport sioniste et le développement de stéréotypes à l’égard des Juifs marocains, dont la plupart ont immigré en Israël entre 1950 et 1960.

Mon propos concerne la façon dont a été formulée la perception des relations judéo-berbères aux XIXe et XXe siècles en me référant tout particulièrement à la documentation sur les Juifs d’Iligh, une communauté qui vivait avec les Berbères dans une région de langue tashelhit, du Sous [4].

La découverte des Juifs berbères
L’intérêt des Européens pour les Juifs des régions apparemment " éloignées " du monde n’est pas une invention du XIXe siècle ; ce qui est nouveau, c’est la signification conférée à cet intérêt. La recherche sur les tribus perdues n’est plus motivée uniquement par des considérations d’ordre messianique, car à l’ère du colonialisme triomphant, la recherche ethnographique sur les communautés lointaines d’Orient est devenue un moyen de gouvernement.

De plus, pour les Juifs européens, la découverte de coreligionnaires primitifs n’évoque pas seulement le souvenir des tribus perdues mais leur révèle aussi d’anciennes coutumes disparues, à un moment où eux-mêmes commencent à se considérer comme une nation et se tournent vers les terres bibliques du Levant pour restaurer la souveraineté juive [5].

Au début du XXe siècle, l’orientaliste et hébraïsant Nahum Slouschz parcourut l’Afrique du Nord pour y étudier les origines et l’histoire des communautés juives. Il a été le premier à étudier sérieusement l’histoire des communautés vivant dans les régions intérieures du Maghreb. Slouschz croyait que pendant les siècles qui ont précédé l’expansion arabe en Afrique du Nord, les Juifs, originaires de Palestine, se sont répandus parmi la population berbère et en sont devenus un élément dominant [6]. Durant l’époque coloniale, ses opinions sur les origines berbères des Juifs vont avoir force de loi [7]. En 1906, Slouschz fut envoyé en mission au Maroc par la Mission scientifique du Maroc, grâce à ses relations avec son directeur, Le Chatelier [8]. La mission, parrainée par le Comité de l’Afrique française, a publié les premiers travaux importants sur la société marocaine. Slouschz faisait partie de ce cercle et ses idées influencèrent largement la vision française du judaïsme marocain. Après l’établissement du protectorat français, il retourna au Maroc et fut chargé par les autorités coloniales d’étudier les communautés juives et de soumettre ses conclusions au Résident-Général Lyautey en vue de leur réorganisation. Slouschz était sioniste et, en tant que tel, voulut " régénérer " le judaïsme marocain et réveiller sa conscience nationale juive. C’est en partie à cause de ses idées sionistes que les autorités françaises décidèrent de le relever de ses fonctions officielles [9].

Les tendances sionistes de Slouschz et ses efforts pour découvrir le passé juif berbère pré-arabe du Maroc procédaient d’une vision très cohérente. La population juive urbaine des grandes villes arabes du Maroc était très attachée à ses savants autant qu’à ses traditions. Pour Slouschz, ce sont les Juifs descendant des Berbères (comme il le croyait), avec leurs manières primitives et pénétrées d’influences locales, qui représentent les " vrais " Juifs nord-africains

" maintenant que l’Afrique est entrée également sous l’égide de l’influence occidentale ", écrit-il, " la pénétration de la civilisation française et l’émancipation de nos frères de Tunisie et du Maroc, suivant en cela l’exemple des Juifs algériens, vont faire disparaître le caractère spécifique du juif africain. Comme c’est déjà le cas dans les grandes villes françaises d’Afrique, les changements sociaux ont eu un effet radical sur les masses de la population, qui perdent rapidement leur individualité et leurs traditions millénaires [10] ".

Une fois ces coutumes abandonnées, grâce aux bienfaits de l’éducation occidentale, le judaïsme marocain aura-t-il une autre alternative que celle de rejoindre la nation juive moderne ?

C’est H. Z. Hirschberg qui le premier a mis en doute la thèse admise – établie d’abord par Slouschz et adoptée ensuite par de nombreux chercheurs de l’époque coloniale – selon laquelle les Juifs d’Afrique du Nord descendraient des tribus berbères converties au judaïsme dans 1’Antiquité. Hirschberg étudia systématiquement les traditions anciennes et parvint à la conclusion qu’il y a peu de preuves confirmant la thèse des Berbères judaïsés. D’après lui, la plupart des communautés se formèrent beaucoup plus tard, grâce à l’arrivée de commerçants juifs à l’intérieur du pays. Bien qu’il n’exclut pas qu’il ait pu exister des Berbères judaïsés, Hirschberg est sceptique quant à l’importance de ce phénomène [11]. Dans une étude récente basée sur des données linguistiques et ethnographiques importantes, Paul Wexler a réexaminé cette question, pour aboutir à la conclusion que la grande majorité des Juifs sépharades descendraient d’habitants d’Afrique du Nord convertis au judaïsme et installés en Espagne12. Si l’hypothèse de Wexler était exacte, il en découlerait que la plupart des Juifs marocains (toshavim comme megorashim) descendraient de Berbères convertis.

Les rares preuves contemporaines de l’existence de communautés juives en Afrique du Nord à l’époque pré-islamique ne permettent pas d’affirmer avec assurance l’importance démographique et culturelle du judaïsme parmi les Berbères. La première source historique évoquant des tribus juives berbères date du XIVe siècle. C’est le Kitab al-cibar d’Ibn Khaldoun [13]. Certes il y a également de nombreuses légendes locales sur les Juifs berbères au Sud marocain préislamique. Jacques Meunié, par exemple, est convaincu de l’authenticité de ces traditions et légendes, même si nombre d’entre elles n’ont été consignées que récemment [14]. Quelle que soit notre opinion au sujet de la conversion des tribus berbères au judaïsme dans l’Antiquité, on peut affirmer que des mythes sur les Juifs berbères ont existé au Moyen Age et que ces mythes concernaient également l’origine des Berbères dans leur ensemble. Ces mythes ont été élaborés afin de légitimer le pouvoir mérinide au XIVe siècle [15], avant d’être reformulés durant la période coloniale. L’historicité des légendes sur l’expansion du christianisme et du judaïsme parmi les Berbères à l’époque pré-islamique a pu servir les besoins de l’administration coloniale dans sa volonté de séparer les Berbères des Arabes. Comme l’écrit Jacques Meunié : " malgré la précarité des indications que nous possédons sur l’extension ancienne du christianisme et du judaïsme dans le Sud marocain, [ces traditions] méritent cependant d’être retenues parce qu’elles peuvent aider à connaître les divers éléments de populations berbères et leurs usages anté-islamiques, au cours de siècles plus récents, et même jusqu’à l’époque actuelle [16] ".

Exhumer les séquelles du passé berbère judéo-chrétien est un moyen parmi d’autres visant à justifier le régime colonial au Maroc.

Relations judéo-berbères : un cas particulier ?
Les études sur le Maroc des premières années du Protectorat français soulignent les différences existant entre les régions contrôlées par le Makhzen et les régions non soumises au contrôle du gouvernement central : bilad al makhzen / bilad al-siba. Considérée comme une division entre Arabes et Berbères, cette perception prédominante de la société marocaine développée par les ethnographes coloniaux et perpétuée – largement – par l’ethnographie post-coloniale, a été sérieusement remise en question [17]. Peu d’attention a été accordée à la façon dont ce dualisme simpliste entre makhzen et al-siba a influencé les débats sur le judaïsme marocain.

L’affirmation selon laquelle les relations judéo-berbères étaient complètement différentes des relations arabo-juives est liée de très près à cette vision d’une dichotomie entre makhzen et siba. On cite en exemple la protection efficace des commerçants juifs par les chefs tribaux, ou les patrons berbères, au point de les rendre intouchables. " Tout juif de bilad al-siba appartient corps et biens à son seigneur, son sid ", écrit Charles de Foucauld, dont les relations avec les communautés juives du Maroc font partie du corpus historique sur le judaïsme marocain [18]. Bien que le Juif soit protégé, Foucauld le décrit comme un être servile, exploité sans merci par son maître. Comme les régions berbères appartiennent au bilad al-siba, les Juifs se doivent d’obtenir la protection de chefs locaux et indépendants du Sultan. Slouschz considère la situation des Juifs du bilad al-siba à la manière de Foucauld : " à Tililit commence, pour les Juifs, le pays du servage, on pourrait même dire de l’esclavage. Tout ce que les Juifs possèdent appartient au Qaid, qui a droit de vie et de mort sur ses sujets. Il peut les tuer en toute impunité, il peut les vendre si tel est son désir... En échange de la perte de tous ses droits, le juif jouit de la sécurité, que le maître lui assure au risque de sa propre vie... Un Juif qui veut se marier doit acheter sa future femme au sid auquel appartient le père de la fille et qui est l’unique maître de son destin [19] ".

Alors que certains écrivains de la période coloniale considèrent la vie des Juifs dans les territoires berbères comme plus difficile que dans les régions citadines arabophones, d’autres au contraire, influencés par la thèse développée par l’ethnographie coloniale selon laquelle les Berbères étaient plus libres, plus démocrates et plus indépendants que les Arabes, qualifient la condition des Juifs dans les régions berbères de " meilleure " que parmi les Arabes. Cette idée avait des précurseurs depuis la première moitié du XIXe siècle. D’après Davidson, par exemple, les Juifs du Sous et du Rif étaient la " propriété des Maures ", mais " ils bénéficiaient néanmoins d’une plus grande liberté qu’à Tanger [20] ". De plus, d’après Davidson " les Juifs de l’Atlas sont de loin supérieurs, physiquement et moralement à leurs frères résidant au sein des Maures. Leurs familles sont nombreuses, et chacune d’elles est sous la protection immédiate d’un Berbère (les habitants originels d’Afrique du Nord), d’un patron, ou d’un seigneur. Ils ont par ailleurs leur propre sheikh, un juif, à la décision duquel tous les cas sont soumis. À la différence des Juifs résidant parmi les Maures, qui sont soumis à la loi musulmane, ils ne vivent pas dans le même état d’avilissement ou de servitude ; ils développent des relations de type patron/client [avec leurs voisins], tous ont les mêmes privilèges, et le Berbère est tenu de défendre la cause du juif en cas d’urgence. Ils disposent d’armes, et servent leurs patrons à tour de rôle [21] ".


Famille juive devant la porte de sa maison du mellah d'Illigh, Anti-Atlas, 1953
En un lieu indéfini au sud de l’Atlas que Davidson n’a pas pu atteindre durant son voyage, on rapporte que 3 000 à 4 000 Juifs " vivent en toute liberté, et pratiquent tous les métiers ; ils possèdent des mines et des carrières qu’ils exploitent, ont de grands jardins et d’immenses vignobles, et cultivent plus de maïs qu’ils ne peuvent en consommer ; ils disposent de leur propre forme de gouvernement, et possèdent leurs terres depuis l’époque de Salomon [22] ". Faisant sien le point de vue de Davidson, Richardson y ajoute que les pratiques religieuses de ces Juifs, datent de l’époque pré-exilique, et de ce fait " ils redisposent les parties du Pentateuque et de la Torah dans le même ordre que celui de l’ensemble des Juifs ". Vivant isolés, ils considèrent leurs frères des autres parties du Maroc comme des hérétiques [23]. Les Juifs de l’Atlas jouissent d’une " quasi indépendance vis-à-vis de l’autorité impériale ", comme leurs voisins berbères. De plus, ces Juifs " possèdent toutes les caractéristiques des montagnards... ils portent le même costume qu’eux, et on ne peut pas les distinguer [de leurs voisins musulmans [24]]".

L’une des raisons pour lesquelles certains écrivains de la période coloniale considéraient la situation des Juifs parmi les Berbères comme meilleure que parmi les Arabes venait de l’idée que les Juifs étaient totalement intégrés à la société berbère, partageant nombre de coutumes de leurs voisins musulmans. On considérait que les Juifs du Haut-Atlas, par exemple, vivaient en paix et en symbiose avec les Musulmans [25]. Les chercheurs contemporains se sont appuyés souvent sur la littérature ethnographique coloniale pour décrire les relations entre Musulmans et Juifs dans l’intérieur du pays. Malheureusement peu de Juifs originaires des zones berbères ont été interrogés sur leur expérience. Aussi loin que l’on remonterait, on découvrirait sans doute une variété d’expériences que l’on ne saurait ramener à une simple dichotomie arabo-berbère ou à un clivage entre zones citadines et rurales. Les sources dont nous disposons sur les relations entre Musulmans et Juifs à Iligh pendant la période pré-coloniale offrent à cet égard une image très contrastée de ces relations.

Les sources provenant d’Iligh montrent que la communauté juive de cette localité, aussi bien que la communauté voisine d’Ifran, étaient étroitement liées au chef de la puissante famille du Sharif de la famille Abu Dami’a. Les signatures et parfois les déclarations en judéo-arabe des Juifs d’Iligh et d’Ifran quand ils recevaient des acomptes du Shanf ou quand ce dernier leur payait ses dettes, sont consignées dans deux livres de comptes appartenant à Husayn b. Hashim [26]. Les Juifs d’Iligh, qui voyageaient souvent à Essaouira pour leur commerce, étaient considérés comme des protégés du Sharif. S’ils étaient dévalisés ou tués, le Sharif punissait en représailles la localité à laquelle appartenaient les criminels. Parallèlement, le Sultan étendait sa protection à ses tujjar qui voyageaient à Iligh pour le commerce ou pour recouvrer leurs dettes. Les Juifs entretenaient avec les puissants chefs d’Iligh des relations comparables à celles des Juifs du Sultan. Dans un rapport envoyé d’Essaouira (Mogador) à l’A.l.U, en 1874, par Abraham Corcos il y est relaté que les Juifs d’Iligh considéraient le Sharif comme tout puissant. " Étant donné que ce gouverneur... n’est pas soumis à l’autorité de notre roi du Maroc, tout est objet de prières et de suppliques [27] ". Ce qui y était en cause cependant n’était pas l’oppression du Sharif, mais celle dont la responsabilité en incombait à leur propre Shaykh (Nagid en hébreu) qui était fondé de pouvoir du Sharif. Le Nagid Mas’ud b. Bokha, est décrit comme étant " une personne non civilisée et inculte, qui soutire d’eux (les Juifs d’Iligh) des amendes pour rien ou pour les moindres choses [28] ". Nous y apprenons également que ce personnage même, Mas’ud b. Bokha avait des relations d’affaires étroites avec le Sharif Husayn b. Hashim [29]. Ce qui compte ici, c’est le fait qu’un appel ait été fait à Essaouira, en parfaite connaissance de l’influence exercée par l’Alliance israélite universelle. Sachant l’indépendance virtuelle du Sharif Husayn, les Juifs d’Iligh avaient compris que ce n’était pas au Sultan qu’ils pouvaient demander assistance. Mais vue l’interdépendance économique entre Iligh et Essaouira, c’est par le truchement des Corcos et de l’Alliance qu’ils avaient cru obtenir l’intervention du Sharif contre le Nagid.

Dans les années 1880, les relations entre les Juifs d’Iligh et les autorités d’Iligh changèrent de nature. Désormais, opprimés par le Sharif plutôt que par leur Shaykh, ils firent appel à l’Alliance et à l’opinion juive d’Europe de l’Ouest : sous le joug du puissant Sharif Muhammad b. Husayn b. Hashim, ils pouvaient être dépouillés à tout moment de leurs biens et de leur argent, et quand ils voyageaient pour leur commerce, leurs femmes et leurs enfants étaient tenus en otages sur place. En 1889, un commerçant prospère d’lligh, Isaac Souissa, se plaignit d’avoir été battu à mort par ordre du Sharif, le 9 Av. Il s’enfuit à Essaouira, où il demanda l’aide de l’A.I.U., de l’Anglo-Jewish Association et des consulats étrangers, pour obliger le Sharif d’Iligh à libérer sa femme et ses enfants et les autoriser à le rejoindre à Essaouira. Suivant les témoignages émanant de Juifs de cette localité, la plupart des Juifs du Sous vivaient en paix avec leurs voisins berbères à l’exception d’lligh et de son chef tyrannique [30]. Foucauld, qui visita cette région à la même période, explique que chez les Berbères disposant d’institutions démocratiques, chaque Juif y avait son patron, au contraire de la situation prévalant sous le régime des Shaykhs puissants, comme au Tazerwalt (c’est-à-dire à lligh), où les Juifs appartenaient corps et biens au Shaykh[31].

Plusieurs remarques s’imposent au sujet de ces témoignages. Le fait qu’ils aient été transmis à Essaouira, avec laquelle les Juifs d’Iligh avaient des liens étroits, montre que les Juifs étaient conscients de l’influence des organisations juives étrangères et recherchaient leur intervention. Il faut également souligner le fait que l’indépendance du Sharif d’Iligh fut compromise vers 1880 par les harka du Sultan Moulay al-Hasan [32]. Muhammad b. Husayn fut même nommé Qayid du Makhzen,recevant une maison à Essaouira [33]. Investi de l’autorité du Sultan, son pouvoir dépendait du Makhzen. Ce fut à cette période également que la ville de Tiznit devint le principal centre politique du Sous. Certains Juifs d’Iligh voulurent tirer profit de cette évolution et déménagèrent à Tiznit ou à Essaouira où ils pouvaient bénéficier de nouvelles possibilités commerciales. C’est ainsi que Isaac Souissa vint à la mahalla du Sultan pendant la harka de 1886 pour implorer la protection royale et demander au Sultan la permission de s’installer avec les siens à Tiznit. Il semble toutefois que le Sultan ne souhaitait pas porter atteinte à ses nouvelles relations politiques avec Iligh en provoquant la chute de son économie qui dépendait des commerçants juifs. Ainsi, invoquant le prestige du Murabit d’Iligh, le Sultan évita de faire pression sur le Sharif afin qu’il laisse partir les Juifs. Isaac Souissa et sa famille continuèrent à vivre à Iligh jusqu’au moment où Isaac parvint à s’enfuir à Essaouira en 1889. Le Sharif nia avoir maltraité Isaac ou sa famille et refusa de les laisser partir. Plusieurs mois plus tard, il annonça au Sultan qu’il avait relâché les enfants d’Isaac pour mettre fin aux accusations fallacieuses de la communauté juive à son égard [34]. Le Sharif d’Iligh reconnut à cette occasion que, soumis à des pressions étrangères, le Sultan était désormais le garant de la dhimma (protection) des Juifs du Sous.

De même qu’on a tendance à considérer les relations judéo-musulmanes comme étant le reflet des relations entre le Sultan et ses sujets Juifs, on a aussi tendance à considérer les relations judéo-berbères comme étant l’extension des relations entre les chefs de tribus et leurs protégés juifs. Autant qu’on puisse en projeter le sens dans le passé, les études récentes sur Iligh et sur les Juifs d’Iligh montrent que les liens sociaux entre Juifs et Arabes d’Iligh étaient très étroits, peut-être plus étroits que l’impression qu’en laisse le tableau des relations entre le Sharif et la communauté juive. Il ressort des conversations effectuées en 1980 qu’il les avait souvent fréquentés. Il nous a montré un manuscrit qu’il avait écrit lui-même sur la communauté juive. Il y mentionne en tout début de texte que les Juifs vivant à Iligh ont quitté " notre pays (ou village) pour se diriger vers leur pays " kharaju min baladina ila baladihim, et recense ensuite chaque individu de la communauté, par son nom, sur huit pages, non seulement les chefs de famille, mais aussi leurs femmes et leur enfants. Il poursuit en décrivant les coutumes des Juifs, puis signale " leur knesset, qui s’appelle sla ", et indique par leurs noms les fêtes juives : Pessah, Souccot, Yom Kippour et Hanouka [35], les prières quotidiennes qu’il appelle cArbit (Macariv), Sahrit (shahrit) et Milha (minha), et au moment de la [nouvelle] année, écrit-il, ils font des prières appelées slihot, pour lesquelles ils doivent se lever au milieu de la nuit. Le Faqih nous a également raconté qu’il écrivait des amulettes pour les Juifs. Les Juifs d’Iligh interviewés à Casablanca et en Israël nous ont confirmé l’étroitesse de leurs liens sociaux avec les Musulmans, tout en refusant d’admettre que le Faqih leur fournissait des amulettes. Ainsi donc, à la suite de l’exemple de cette seule communauté juive, nous pouvons affirmer que les relations judéo-musulmanes étaient loin d’être statiques et inchangées.

Le colonialisme et la question judéo-berbère
La politique coloniale française à l’égard des Berbères, telle qu’elle a été développée sous Lyautey avant d’atteindre son point culminant en 1930, avec la publication du Dahir berbère visant à séparer les Berbères des Arabes, reposait sur plusieurs stéréotypes. En premier lieu, celui de la résistance des Berbères indigènes du Maroc aux Arabes puis à toute forme d’autorité centrale, préservant jalousement leur liberté, leur individualisme et leurs institutions démocratiques. Deuxièmement, les Berbères n’auraient adopté que superficiellement l’Islam, conservant intactes ou presque leurs coutumes, leurs croyances et leurs superstitions pré-islamiques. Par conséquent, ils auraient résisté à l’application de la Sharia, maintenant farouchement leurs lois coutumières. Faute de respecter l’autorité suprême du Amir al-Mu’minin, les Berbères auraient " produit " leurs propres chefs @#$%&. Le culte des saints, répandu chez les Berbères, serait le vestige d’une pratique pré-islamique. Fortement influencées par ces idées, les autorités françaises ont cru que les anciennes zones siba pourraient être assimilées à la culture française afin d’empêcher les progrès de l’arabisation [36].

Ces stéréotypes sur les Berbères furent d’une certaine façon reproduits à l’égard des Juifs vivant parmi les Berbères dont l’histoire, selon Slouschz, ne serait " que la quintessence de l’histoire des Berbères ". D’après lui, c’est " dans le blad es-siba, dans les qsour algériens et tripolitains, demeurés jusqu’ici inaccessible à l’infiltration européenne, qu’on peut retrouver le Judéo-Berbère dans un état à peu près semblable à celui des maghrabia tels que nous les représentent les littératures juives et arabe du Moyen Age ". A l’exemple de la population berbère musulmane qui est superficiellement islamisée, ces Juifs berbères primitifs " du judaïsme ne connaissent presque rien ". Là où il y a des saints judéo-berbères pré-islamiques, on trouve ces populations anciennes [37]. Slouschz se fait l’écho du discours colonial sur les Berbères, quand il écrit que les Juifs de l’Atlas font montre " d’une bonne dose de liberté [38] ". La dichotomie excessive entre makhzen et siba, élaborée pendant la période coloniale, est reproduite par Slouschz les Juifs du bilad al-makhzen reçoivent la protection royale de la dhimma, alors que ceux du bilad al-siba reçoivent celle de Sayyid individuels. Ces stéréotypes attachés aux Juifs vivant parmi les Berbères ont perduré pendant toute la période coloniale, pour devenir partie intégrante des idées reçues sur le Maroc traditionnel que l’on rencontre reproduites dans de nombreux ouvrages.

Toutefois il ne s’agissait pas seulement de représentations de l’Autre telles qu’elles avaient cours chez les Européens. Les Juifs marocains eux-mêmes ont fini par intérioriser ces stéréotypes, en particulier ceux d’entre eux ayant reçu une éducation française. Les Juifs du Haut-Atlas, du Sous et du Sahara – régions que les Français ont mis du temps à contrôler – étaient considérés par les Juifs marocains des villes comme des marginaux. Le mythe des Juifs berbères répercuté par les maîtres de l’Alliance et par les chercheurs français était devenu la réalité pour les Juifs marocains eux-mêmes. Dans l’étude la plus détaillée sur les conditions de vie des Juifs du Sud marocain, publiée peu après l’indépendance et basée essentiellement sur les informations fournies par les directeurs des écoles de l’Alliance, Pierre Flamand explique comment la " mentalité " des Juifs autochtones originaires des régions berbères a été façonnée par le milieu berbère. D’après lui, les Juifs appelés Shleuh sont faciles à identifier du fait de leurs noms, de leurs traits physiques et leur mode de comportement qui leur sont très typiques : leurs coreligionnaires d’autres extractions reconnaissent les Juifs dits shleuh à leurs patronymes : Abergel, Abouzaglo, Amoch, Assouline, Chriqui, Harrus, Oiknine, etc., et à quelques traits physiologiques et caractériels sommaires : larges épaules, fortes poitrines, yeux vifs dans des visages à traits fermes et droits, esprit d’entreprise, acceptation de rudes besognes [39].

L’épithète utilisé par les Juifs marocains pour désigner leurs coreligionnaires moins évolués, " fils de shleuh " avait une connotation péjorative. Répercutée chez Flamand cette image stéréotypique des Juifs ruraux s’est transportée en Israël par les immigrants juifs du Maroc et le terme shleuh est devenu synonyme de simplet en argot israélien.

Déjà à l’époque pré-coloniale, la migration des Juifs ruraux vers les villes a produit des clivages entre Judéo-berbères et Judéo-arabes. A Essaouira et à Marrakech, les Juifs " autochtones " se distinguaient de leurs coreligionnaires ruraux. Cependant une fois installés en ville, les Juifs berbères s’arabisaient et s’adaptaient à un environnement urbain plus civilisé [40]. Ce processus s’intensifia à l’époque coloniale, mais un certain nombre de Juifs vécurent dans leur région d’origine jusqu’à leur départ en Israël [41]. Par conséquent, les porte-parole de l’urbanisation et du progrès établirent une division hiérarchique entre les différents types de Juifs marocains que l’on retrouve souvent chez Slouschz et ses émules postérieurs. Ces différents types seraient les suivants Juifs hispanophones, à Tanger et dans les régions du Nord ; Juifs parlant français et arabe, sur la côte et dans les villes de l’intérieur ; groupe arabo-berbère du centre du pays ; groupe arabe et shleuh du sud ; Juifs arabophones du Sahara [42]. Les classifications postérieures adoptées par les chantres de l’occidentalisation, comme l’Alliance, ramenèrent ces divisions à quatre catégories essentielles hispanophones, francophones occidentalisés, arabophones et berbérophones.

Les divisions sociales, suivant le schéma tracé par Slouschz, correspondaient aux divisions entre : makhzen et siba, monde urbain / monde rural. Cette vision simpliste devait influencer un bon nombre de chercheurs ayant travaillé sur les Juifs marocains durant le Protectorat français [43]. Inventée ou réelle, elle influença pareillement la politique de l’organisation qui a marqué le plus la vie des Juifs marocains pendant le protectorat français : l’A.I.U et ses écoles qui distinguèrent entre les Juifs du bled, comme on appelait les Marocains ruraux, et ceux de la ville. Ces stéréotypes ont été intériorisés par les Juifs marocains eux-mêmes, qui considéraient les Juifs des régions parlant tashelhit spécialement ceux des montagnes de l’Atlas, comme des Shleuh primitifs, bien que ceux-ci aient eu généralement des conditions de vie plus saines que celle de leurs frères des mellah urbains. Pendant la période du Protectorat, des tensions très vives entre les différentes couches de la population, accompagnèrent l’arrivée de nombreux Juifs ruraux originaires de l’Atlas dans le mellah de Marrakech. Ce qui fit dire, en 1940, à un observateur vivant à Marrakech que les Juifs " étrangers ", d’origine espagnole qui étaient mieux éduqués, furent submergés par les Juifs berbères. Ces Juifs ruraux, pensait-on, " ne pratiquaient qu’un judaïsme très primitif approprié à leur mentalité. La culture de la Torah, l’observation de quelques rites extérieurs, l’aumône au rabbin de Palestine, le mépris et l’hostilité des populations qui l’entourent tels étaient les seuls liens qui les rattachaient à la famille d’Israël ". Ces Juifs berbères primitifs, une fois urbanisés, devinrent plus juifs. Mais " de ces origines surtout rustiques et montagnardes, le juif marrakchi semble avoir gardé quelque chose de farouche et de têtu. Parmi ces coreligionnaires marocains, c’est lui qui se rattache aujourd’hui avec le plus de force aux coutumes de ses ancêtres [45] ". Flamand, qui reprenait les idées de ses informateurs de l’Alliance, considérait que les traditions religieuses des Juifs du Sud avaient été contaminées par des influences " orientales ", déformées par un isolement millénaire des grands centres du judaïsme mondial, assimilant et intégrant concepts et symboles de l’Islam, ainsi que toutes sortes de rites païens tirant leurs sources d’un animisme agraire chargé de pratiques superstitieuses. Les Juifs restés dans les régions berbères, de plus en plus isolés du reste du pays au fur et à mesure que s’intensifiait l’urbanisation, étaient plus marginalisés encore, et cela d’autant plus que l’émigration les privait de leurs meilleurs éléments [47]. Le fossé entre ceux qui restaient dans les campagnes, parmi les Berbères, et ceux vivant en ville était plus profond que jamais : " entre le Juif espagnol ou oriental lettré érudit, urbain et le Juif berbère, fruste, primitif, attaché à son sol, l’opposition est saisissante [48] ".


Jeune femme en tenu traditionnelle, Tineghir, vallée du Todra, 1958
Ainsi, l’image du Juif berbère, " isolé du monde civilisé [49] ", descendant des tribus berbères autochtones et maintenant des coutumes primitives était parfaitement acceptée par la société coloniale. L’idée de trouver des Juifs shleuh a guidé initialement mes recherches dans le Sous. Une des questions à laquelle je voulais répondre était de savoir jusqu’à quel point les Juifs de l’Atlas et de l’Anti-Atlas utilisaient le berbère dans l’enseignement pour expliquer et traduire les textes religieux, ou pour réciter certaines prières seulement [50]. La question fut posée déjà par Galand et Zafrani avec la publication de la Haggada de Pessah de la communauté juive de Tinrhir, basée sur un texte oral en tamazight. Cette Haggada berbère a toutefois soulevé plus de questions qu’elle n’a apporté de réponses. Le paysage linguistique de la communauté juive, comme le souligne Zafrani, n’est pas net. La question de l’usage du berbère par cette communauté et par d’autres communautés judéo-berbères à des fins liturgiques est loin d’être élucidée.

Certaines preuves linguistiques semblent démontrer l’existence, au XXe siècle, de communautés juives éparses berbérophones. Certains chercheurs estiment que ce phénomène était beaucoup plus étendu que je ne le considérais moi-même. Des recherches récentes effectuées en Israël parmi les Juifs originaires de régions berbérophones m’ont confirmé cependant que très peu de communautés parlaient berbère à la maison avant la seconde guerre mondiale [51]. Peu d’observateurs des périodes antérieures se sont penchés sur la géographie linguistique juive du Maroc rural. Exception faite de Foucauld qui affirme : " les Israélites du Maroc parlent l’arabe. Dans les contrées où le tamazight est en usage, ils le savent aussi ; en certains points le tamazight leur est plus familier que l’arabe, mais nulle part ce dernier idiome ne leur est inconnu [52] ". Foucauld se réfère-t-il aux deux dialectes du Moyen-Atlas, le tamazight et le tashelhit ? Ce n’est pas clair. Mais ses observations datant de la fin du XIXe siècle, selon lesquelles la plupart des Juifs des régions berbérophones connaissaient aussi bien le berbère que l’arabe et que dans certains endroits le berbère était mieux connu que l’arabe, semblent plausibles. Il s’avère par ailleurs que nombre de communautés importantes du Sous et du Haut-Atlas étaient arabophones même si la plupart des Juifs y parlaient aussi le berbère [53]. C’était le cas d’Iligh dont les habitants juifs parlaient l’arabe. Bien qu’on connaisse mal leur passé lointain, les documents écrits montrent que le judéo-arabe était leur langue de culture, du moins depuis le début du XIXe siècle. L’hébreu aussi était connu de l’élite culturelle, mais il n’y a nulle part trace du judéo-berbère, ni dans les textes écrits, ni dans la tradition orale. On n’a retrouvé aucune tradition indiquant que le berbère était utilisé dans l’enseignement, dans la lecture de textes religieux ou dans la récitation des prières.

S’agissant encore de la communauté juive d’Iligh, ce qui est frappant dans son histoire relativement courte – moins de 400 ans – c’est son cosmopolitisme et son ouverture relative sur le monde. Ainsi, ses habitants eurent vent, au début du XVIIe siècle, de l’avènement de Shabtai Tzvi [54].

Iligh fut détruite par Moulay Rashid en 1670, mais retrouva sa position politique à la fin du XVIIIe siècle sous Sidi Hashim. En 1815, Sidi Hashim est ainsi décrit : " un homme entre 50 et 60 ans, possédant une grande richesse et un grand pouvoir ; il est très rusé et très brave mais rapace et cruel ; il a sous ses ordres 15 000 cavaliers des mieux armés... Toutes les caravanes qui traversent le désert... jugent nécessaire de s’assurer son amitié et sa protection par des présents. Entre ce chef et l’empereur du Maroc existent la plus implacable des haines et une jalousie continuelle qui, il y a quelques années, a éclaté en guerre ouverte [55] ". Assurément le chiffre de 15 000 soldats est exagéré, car un marin naufragé qui fut détenu pendant un certain temps dans l’Oued Noun parle de 600 Arabes " montés " seulement sillonnant le pays [56]. Mais les observateurs contemporains évoquent la puissance politique d’Hashim et le rôle prépondérant d’Iligh dans le commerce transsaharien. Grâce à ses commerçants juifs, Iligh était reliée à l’Europe par le port d’Essaouira [57]. Il n’y avait pas que les marchandises et les commerçants qui arrivaient du littoral à lligh. Des émissaires de Palestine, comme Haim Joseph Masliah, en 1817, passèrent également par Iligh [58], ainsi que des marins européens naufragés sur la côte et tenus en otage à Iligh. Grâce à leurs relations avec le port d’Essaouira, les Juifs d’Iligh servaient d’intermédiaires pour le rachat et la restitution de ces captifs aux consulats européens installés dans cette ville [59].

Avec le déclin du commerce transsaharien et la ruine d’Essaouira comme port international à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, Iligh cessa d’être un centre de commerce international. Ceci porta atteinte à la communauté juive locale dont les relations avec le monde extérieur s’amenuisèrent. Cette situation s’aggrava davantage encore pendant la période coloniale et jusqu’à la seconde Guerre mondiale. Après la guerre, l’Alliance commença à développer son réseau des " écoles de bled ". Dans l’optique de ses dirigeants, cette expansion à l’intérieur du " vrai bled " devait englober les " villages isolés des vallées de l’Atlas, du grand Sud et des oasis pré-sahariennes [60] ". C’est donc vers la fin du Protectorat français qu’Iligh devait attirer l’attention de l’Alliance qui y créa sa première école en 1954 [61], aussitôt fermée avec le départ de la communauté quelques années plus tard. Pour marquer l’ouverture de l’école, on tourna un film : " Ils seront des hommes ". Lors de la projection du film, Jules Brunschvig, le vice-président de l’Alliance, proclama : " l’École tirera ces populations de leur misère [62] ". Un délégué de l’Alliance, en visite à Iligh, mentionna l’école comme " ’héroïne si l’on peut dire, du récent film de l’Alliance, et qui le mérite si bien [63] ". Toutefois, après l’indépendance du Maroc, l’idée de perpétuer les communautés juives des petits mellah du Sud marocain fut rapidement abandonnée, les dirigeants du judaïsme marocain ne pouvant faire grand-chose pour relever ces communautés rurales du Sud, pensant que celles-ci seraient mieux en Israël. " J’ai vidé les mellah ", me dit un membre important de la communauté en 1981.

Iligh était considérée comme éloignée du monde civilisé tant par les Juifs urbains que par l’Alliance. Sa communauté qui s’installa en Israël, entre la fin des années 1950 et le début des années 1960, n’était pas aussi éloignée du monde juif, comme les hommes de l’Alliance se l’imaginaient. Mais avant leur départ, les Juifs d’lligh ont enterré dans la vieille synagogue de leur localité une Geniza que j’ai fouillée en 1981. Malheureusement, presque tout son contenu était en décomposition à cause de l’humidité du sol. Il en restait quelques fragments datant de la période précédant le départ des Juifs. Des textes religieux, des livres de prières ainsi que des fragments de lettres et de livres de comptes en judéo-arabe. Certains fragments révélaient que quelques livres de prières en usage à lligh avaient été publiés en Pologne. Contrairement à l’idée prévalant en Israël, selon laquelle les Juifs de cette contrée étaient totalement ignorants du sionisme politique, la Geniza d’lligh nous a apporté la preuve de la diffusion de textes hébreux modernes et de pamphlets sionistes.

La recherche sur les Juifs vivant parmi les Berbères reste encore à faire et nous sommes conscients des lacunes qui restent à combler. Ce que j’ai essayé de montrer dans cette étude est que notre savoir sur les Juifs ruraux du Maroc reste largement tributaire des stéréotypes sur le Juif berbère, stéréotypes acceptés aussi bien par le colonisateur et que par les colonisés – reflétant les divisions internes existant au sein des communautés juives du Maroc sous le protectorat. Ces divisions ont été entretenues en Israël du fait de la pérennité des mythes concernant les Juifs berbères.


Schroeter Daniel J Professor and Teller Family Chair in Jewish History -Deprtment of History-University of California, 220 MKH - Irvine CA 92697-3275 (USA) Tél Univ: 949 824 38 41 Fax : 949 824 28 65 Home : 949 551 43 13 E-mail : djschroe@uci.edu

[www.umass.edu]
Cet article a été emprunté à la thèse du prof D. Schroeter, mondailement connu pour ses thèses sur les berbères et incontournable éminent historiographe des juifs du Maroc
Re: PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954
27 avril 2009, 07:06
Bonjour a tous,
J'ai ete contactee par le fils de l'une des victimes.
J'attends son autorisation pour poster son court temoignage.
Monsieur, si vous me lisez cliquez sur le petit carre blanc apparaissant en haut a droite de cette page, je vous ai laisse un message prive.
Merci
Re: PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954
18 mai 2009, 06:22
Voici la reaction a ce sujet du fils de l'une des victimes.

Je cite:
"RESPONSE A TOUTES LES DECLARATIONS PRECEDENTES AU SUJET DU MASSACRE DE PETIT-JEAN (SIDI_KACEM) 3 AOUT 1954.
je suis le fils de Chaloum Efassi, assasiné le 3 aout 1954,a Petit-jean (Sidi-Kacem).
Je tiens á preciser,que mon pére Chaloum et mon frere Abraham etaient dansleur Depot Commercial, siége de leurs activites cerealieres qu´ils exeçaient depuis plusieurs années quand ce massacre est arrivé ce jour lá. GABRIEL ELFASSI"



Modifié 1 fois. Dernière modification le 18/05/2009 06:26 par clementine.
Re: PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954
08 juin 2009, 21:53
Voici une photo avec le texte de ce qui est arrive exactement a Petit Jean et Fes et Meknes en 1954.
Je viens de la scanner du dictionaire Carta-Jerusalem AL KOL ELE pour "les 60 ans d'Israel".

Pièces jointes:
meknesmassacre.jpg
Re: PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954
25 juin 2009, 13:44
Clementine. Je répond tardivement à ton message du 18/5 dans lequel tu nous transmet un message très émouvant de Gabriel Elfassi.

"RESPONSE A TOUTES LES DECLARATIONS PRECEDENTES AU SUJET DU MASSACRE DE PETIT-JEAN (SIDI-KACEM) 3 AOUT 1954.
je suis le fils de Chaloum Elfassi, assasiné le 3 aout 1954,a Petit-jean (Sidi-Kacem). Je tiens á preciser,que mon pére Chaloum et mon frere Abraham etaient dans leur Depot Commercial, siége de leurs activites cerealieres qu´ils exeçaient depuis plusieurs années quand ce massacre est arrivé ce jour lá. GABRIEL ELFASSI"

Ceci confirme que les Elfassi, comme d'autres que j'ai déjà cité étaient des Céréaliers, Juifs commerçants issus de la génération de la Colonisation, et non juifs marocains. De ce fait ils étaient, comme certains autres que j'ai connu, très liés avec les Colons (Agriculteurs cultivant des lots de colonisation), dont ils étaient les intermédiaires indispensables à la commercialisation des récoltes.
La fin de la Colonisation avec la restitution des lots de colonisation à L'ONI (Office National de l'Irrigation) qui les a récupéré après le départ des Colons a sonné ipsu facto la fin des "Colons Juifs Céréaliers".
Certes l'affaire de Petit-Jean a été antérieur à leur départ... mais je le confirme, elle a été liée à cet important vol d'armes d'El Hajeb.
Dans un premier temps c'est l'armée française, qui a recherché ces armes, avec toute les magouilles qui ont détourné son attention vers les berbères, les rifains... fausses pistes qui ont pu à l'époque engendrer le massacre de Petit-Jean ?.. Après l'Indépendance, le départ de l'Armée française, il y a eu le départ des Colons... C'est alors que les Marocains se sont inquiété à leur tour de savoir où étaient passé ce stock d'armes?
Les colons allaient-ils abandonner leurs terres sans réagir...
Rien de plus sur. Ca a été le début des grands incendie de récolte qui partaient toujours des abords d'un douar: mais qui les allumaient ? N'était-ce pas une politique de terre brûlée ? et le gouvernement Marocain n'avait-il pas alors raison de s'inquiéter?
Là est la question: les Colons et les Juifs céréaliers, liés par un intérêt majeur: pourquoi n'auraient-ils pas été dans un premier temps complices dans ce vol d'armes? Et comme à l'époque l'armée française était encore très présente, il a bien fallu détourner son attention et inventer une histoire, celle dont ont été sans doute victimes les malheureux de Petit-Jean. N'empêche qu'en 66, au moment du départ des Colons, et alors que les Marocains étaient sur les dents, le stok d'armes et de munitions existait bel et bien. J'en sais quelque chose !
Mais n'en dirai pas plus
Re: PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954
06 juillet 2009, 12:15
J'ai demandé d'effacer mon dernier message, car je ne veux pas conclure... Mais il n'en fait rien et donc j'ajoute, sans aucun rapport avec l’affaire de Petit-Jean... mais simplement pour que ceux qui on traité mes propos de fantaisistes, ne s’en tiennent pas forcément à la version officielle. Dont acte !

Algérie 1996:
“Le massacre des sept moines de Tibehirine en 1996, longtemps imputé à un groupe islamiste, résulte d'une "bavure" de l'armée algérienne, ensuite cachée par Paris, selon le témoignage d'un ancien attaché de Défense français à Alger devant le juge antiterroriste chargé de l'enquête.
Révélé par Le Figaro, Mediapart et L'Express, ce témoignage constitue la preuve qu'il y a eu "dissimulation de la part des autorités algériennes et certainement de la part des autorités françaises" sur les circonstances de la mort des sept religieux français au printemps 1996, pour l'avocat des parties civiles, Patrick Baudouin.
Selon ce témoin, le général François Buchwalter, les moines ont été tués peu après leur enlèvement par des tirs depuis des hélicoptères militaires alors qu'ils se trouvaient dans ce qui semblait être un bivouac de djihadistes.
"Les hélicoptères ont vu un bivouac. Comme cette zone était vidée, ça ne pouvait être qu'un groupe armé. Ils ont donc tiré sur le bivouac. (...) Une fois posés, ils ont découverts qu'ils avaient tiré notamment sur les moines. Les corps des moines étaient criblés de balles", a déclaré le général Buchwalter dans sa déposition que l'AFP a pu consulter.
L'officier général, qui a quitté le service actif, a affirmé au magistrat tenir ses informations d'un ancien camarade algérien de l'Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr dont le frère, commandant d'une escadrille d'hélicoptères à Blida, à mi-chemin entre Tibehirine et Alger, avait participé à cette "bavure".
Les sept moines avaient été enlevés dans la nuit du 26 au 27 mars 1996 dans leur monastère isolé Notre-Dame de l'Atlas, au sud d'Alger, ceinturé de maquis contrôlés par les groupes armés islamistes et où les tueries étaient alors fréquentes. Le Groupe islamique armé (GIA) avait revendiqué cet enlèvement.
Le 30 mai, l'armée algérienne affirmait avoir découvert les dépouilles des moines. Seules les têtes avaient en fait été retrouvées.
Les corps auraient-ils été démembrés pour ne pas identifier les balles à l'origine de leur mort, s'est-on interrogé de source proche du dossier.
Avant ces révélations du général Buchwalter, d'autres témoignages d'officiers algériens en rupture de ban avaient relevé le rôle trouble des autorités algériennes, accusant Alger d'avoir manipulé le groupe armé ayant revendiqué l'enlèvement des moines.
L'ancien attaché de défense, à l'époque colonel, a affirmé avoir eu connaissance du raid d'hélicoptères "quelques jours après les obsèques" des moines et en avoir informé dans un rapport les autorités françaises: le chef d'état-major des armées et l'ambassadeur.
Selon lui, "il n'y a pas eu de suite, ils ont observé le +black-out+ demandé par l'ambassadeur".
Pour l'ancien supérieur des moines, le père Armand Veilleux, ce témoignage est "beaucoup plus crédible" que la thèse officielle.
"Dès les semaines ou les mois qui ont suivi les événements, cette nouvelle a commencé à circuler à Alger, je l'ai entendue, y compris par ce témoin-là", a déclaré le père Veilleux à l'AFP.
Pour Me Baudouin, c'est "la confirmation de ce que nous disons depuis l'origine, que c'est l'+omerta+ qui a prévalu au nom de la raison d'Etat".
L'avocat a indiqué à l'AFP qu'il s'apprêtait à demander la levée du secret-défense "pour obtenir les rapports envoyés (par le général Buchwalter, ndlr) au chef d'état-major des armées et à l'ambassadeur" ainsi que les auditions d'Hervé de Charette, à l'époque ministre des Affaires étrangères, d'agents des services de renseignement français ainsi qu'une nouvelle audition de Michel Lévêque, alors ambassadeur à Alger."..... !!!!



Modifié 1 fois. Dernière modification le 09/07/2009 06:48 par Dafouineuse.
Re: PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954
07 juillet 2009, 08:51
1954 année fut particulièrement explosive

Bien que ça ne résolve pas l'énigme des 6 juifs assassinés, ce qui m'étonne dans vos digressions c'est la focalisation sur l'ALN et le FLN et non pas l'Istiqlal, dont il était plus fortement question chez nous, qui attisait les gens paisibles à la guerre civile.
-Ainsi mourut mon grand-oncle Antoine, ni juif ni français d’origine, poignardé par une horde furieuse, juste le temps pour lui projeter sa fille dans la maison pour la sauver.-

Articles parus à l’époque :
Dans :27 juillet 1954 - Die Welt: " La poudrière d'Afrique du Nord" (Maroc)... (n'oubliez pas de cliquer pour lire l'article en question)

- "Réalités" d’octobre 1955 titre : L’enfer Marocain Dans la nouvelle marche du temps. On lit "Le torchon brûle depuis de longs mois au Maroc (200 français tués en 1954 et plus de 500 blessés), mais il a fallu une explosion de haine particulièrement horrible pour que beaucoup d'entre nous prissent enfin conscience de la situation" (Oued-Zem et Kenifra) article précisant : le déferlement de population des médinas renforcée par des éléments des tribus berbères descendues de la montagne armés de couteaux, poignards, fourches, fusils, bidons d'essence qui éventrent, brûlent, égorgent...

Par ailleurs, Maroc ne s’agissait-il pas plutôt de L’ALM que de l’ALN ?
« Au Maroc, les responsables du FLN et de la wilaya 5 s'installent en mars 1955 à Nador, où ils bénéficient du soutien de l'ALM. Ils reçoivent de l'armement égyptien débarqué des cargos Dina et Farouk. A l'été 1956, 500 armes par mois sont acheminées de Tanger vers Nador, Oujda et Figuig. La wilaya 5 bénéficie ensuite des armes de l'ALM, à mesure que cette dernière est intégrée dans l'armée royale. Le 19 septembre est créée à Oujda une commission FLN qui va mettre en place des cellules dans toutes les villes marocaines. Des hôpitaux et des centres de repos sont créés. Boussouf exerce un commandement dictatorial, qui suscite les critiques de Abane Ramdane. Il prend le contrôle de la wilaya 5, dont le PC reste à Oujda, ravitaille les wilayas 4, 5 et 6, et organise les transmissions et le renseignement, en particulier par les écoutes des réseaux français. Des officiers marocains, avec la bienveillance du prince Moulay Hassan, aident à la mise sur pied des unités de l'ALN (lettre de Hassan récupérée dans les bagages de Ben Bella, lors de sa capture le 22 octobre 1956). »


Re: PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954
07 juillet 2009, 14:33
Fench

Les barbouses auxquels vous faisiez allusion étaient-ils, à votre avis, affiliés à la "Main Rouge"?
Re: PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954
10 juillet 2009, 13:56
Dafouineuse excuse moi, mais le site étant titré “Origine Clementine” je pensais que Clementine en avait aussi la maîtrise: mais finalement j’ai envie de conclure... n’efface rien.
Il est clair que ce drame n’a pas été celui dont on a voulu laisser la trace. Certains ont contesté la photo, Doudi a évoqué la présence de CRS ! et voilà que Maurine me parle de la “Main rouge”... Le FLN était à cette époque bien installé dans la région de Ouezzane, on peut tout imaginer, et faire porter le chapeau à n’importe qui ?
Curieusement l’affaire s’est passée dans une rue menant au souk, et sans qu’aucun événement, suivant les témoins, n’ait eu lieu avant midi... heure à laquelle les malheureuses victimes ont été retirées d’un brasier, ce qui a provoqué un affolement.
C’est là l’oeuvre d’un commando, et non d’un mouvement populaire. Un commando qui sans doute, dans l’isolement de la boutique a procédé dans la matinée à des interrogatoires musclés, susceptibles de laisser des traces, qu’il a effacées. Aucune autopsie n’a été possible: comment ont-ils été exécutés ? par balles ou à l’arme blanche ??? ALN, FLN quel qu'il soientt, revendiquant un tel coup de main, n'aurait certainement pas cherché à en cacher leur signature...
Je recopierai ici le dernier verset de la complainte de Brahim Souiri, traduite par Pineuss, et reproduite par Clementine sur ce site le 10/01/2004:
“On n'a trouve rien d'eux a ramasser de leurs dépouilles
“Personne n'arrivait a les reconnaître
Même les os étaient introuvables
“Lorsque on voulu les ramasser ensemble
“A Petit-Jean ils sont venues commercer
Surs de ne pas être trahis

Qui, pourquoi "Surs de ne pas être trahis" ? je ne peux ici qu’apporter ma conviction:
“Assassinés par les arabes”: NON

Quand je pense qu’on a pu dire que je salissai leur mémoire... moi je dis que ce qui sali leur mémoire, c’est cette inscription monstrueuse gravée sur leur stèle. Marocains, victimes de l’on ne sait quelle dénonciation ou complot... et se retrouver enterrés en terre arabe avec cette épitaphe, c’est une injure à leur mémoire. Nulle part, en Algérie ou ailleurs, sur les tombes des pieds noirs, de quelque obédience qu’ils soient, je n’ai lu une telle insulte vis à vis de la terre qui a recueilli leur éternité.
Quelle que soit la vérité, et vu qu’on ne la connaîtra jamais... ma conclusion sera: “Effacez cette inscription, pour qu’ils reposent en paix, dans cette terre du magreb qui les a vu naître et qui était la leur”, car cette inscription, là où ils reposent, à défaut d’en faire des victimes, en fait des parias.

“VICTIMES DE LA SALOPERIE HUMAINE”

Fench.
Re: PETIT-JEAN Massacre de meknassis en Aout 1954
12 juillet 2009, 02:56
Mon père travaillait à la gare de Petit Jean à cette époque et se souvient d'avoir vu une personne jetée dans un brasier par la foule. Celà l'avait beaucoup marqué.
Je ne sais pas si c'est à cette même époque que des fermes étaient incendiées aussi. Celle que mon grand père gérait aux Aït Yazem, ferme des Mimosas, était prévue mais mon G.P. a été prévenu par un de ses ouvriers et a pu prendre ses dispositions. De fait, plusieurs fermes ont brulées alentour, la nôtre a été épargnée....
A propos de cette ferme, je suis tjours demandeur pour en avoir une photo ou des infos...
Yves né à Petitjean (Sidikacem) en 1957 !

Yves (Sidikacem-Meknes-Oujda-Aït Yazem)
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