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le marechal Lyautey, le Guerrier Pacificateur, Ange ou D?mon ?

Re: le marechal Lyautey, le Guerrier Pacificateur, Ange ou D?mon ?
02 avril 2005, 09:21
Une photo du lieutenant-Colonel Hubert Lyautey à Madagascar en 1898.

"A"
Re: le marechal Lyautey, le Guerrier Pacificateur, Ange ou D?mon ?
02 avril 2005, 12:57
Bonsoir,

Sylvain a proposé des photos des panneaux en relief qui ornent le piédestal de la statue de Lyautey à Casablanca.

En complément, je joins un article, daté de 2002, relatif à la statue et relevé sur Internet.

Au delà de la description de la statue, il est fait état des traits de caractère du maréchal, autoritaire, volontaire et ambitieux, mais aussi idéaliste, diplomate et humaniste.

Sur l'article, la description des faces du piédestal est indiquée en fonction de la direction de la mer ou de la terre. Je pense qu'il s'agit de l'emplacement initial de la statue, avant son déplacement en 1959.

Amicalement,
henri



La statue de Lyautey à Casablanca :
une image du protectorat

Par Jean-Luc Pierre (bulletin de Liaison des Professeurs d'Histoire-Géographie de l'Académie de Reims. n°26, 2002)

En août 1907, au moment où l'armée française débarque à Casablanca, le général Lyautey, commandant de la division d'Oran, pacifie les confins algéro-marocains et occupe Oujda au Maroc. En 1908, il est choisi pour accomplir une mission d'inspection à Casablanca. C'est surtout comme Résident Général au Maroc, entre 1912 et 1925, qu'il marque de son empreinte l'Empire chérifien et le paysage urbain de Casablanca.

La statue équestre du Maréchal Lyautey, envisagée à la mort de Lyautey en 1934, est inaugurée en 1938 au centre de la Place de la Victoire appelée aussi Place Administrative, l'actuelle place Mohamed V. Entre 1907 et 1912, les généraux Drude, D'Amade puis Moinier, ont installé à cet emplacement le quartier général du corps expéditionnaire français. Lyautey décide de rassembler les fonctions administratives de Casablanca sur l'espace des anciens camps militaires.

Comme pour les anciennes places royales, l'ordonnancement de la Place de la Victoire met en harmonie les axes et les monuments. Les architectures s'inspirent de l'art islamique transfiguré par une vision résolument moderne. Les façades monumentales et les axes de la place convergeaient vers la statue équestre du Maréchal Lyautey. En une nuit de novembre 1955, à l'issue des accords de la Celle-Saint-Cloud, la statue est déplacée d’une centaine de mètres et entre dans le jardin de l'Hôtel du commandement militaire qui est, depuis 1959, le Consulat Général de France.

Une statue sans équivalent

Cet énorme mobilier urbain représentant un personnage de l'histoire contemporaine à cheval n'a, à ma connaissance, aucun équivalent. La statue, signée de l'architecte Marchisio et du statuaire François Cogné, apporte un témoignage de l'idéologie élaborée par la Résidence. Le cheval est fin et racé, son cou laisse voir la tension des muscles. Attentif, ses quatre pieds sont posés au sol ; aux ordres, la bride est relâchée. Svelte et sans arme, le Maréchal de France salue de son bâton étoilé. Lorsqu'il reçoit son maréchalat en 1921, un Comité de souscription des Français du Maroc lui offre un bâton et il déclare à cette occasion : « Cet insigne que vous remettez en mes mains ne me rappellera pas seulement l'honneur que vous me faites, mais ces obligations et ces devoirs ». Il pourrait rappeler aussi qu'il doit cet honneur à son passage malheureux au ministère de la guerre en 1917, mais surtout qu'il le doit à aux soldats marocains morts au combat.

Lyautey aime le faste, le panache. Il est en permanence en représentation et manie à merveille la séduction. Cette représentation équestre correspond bien à l'idée que les hagiographes se font de Lyautey. Comme Plutarque dans les « Vies parallèles », on le compare à César bâtisseur d'empire ou Alexandre fondateur de villes. Il y a quelques chose d'antique dans cette mâle assurance ; on pense à la statue équestre de Marc Aurèle sur la place du capitole à Rome. Il y a des réminiscences des statues d'Auguste dans le profil et ce n'est pas par hasard qu'Albert Laprade, l'architecte du bâtiment du consulat, dira de lui, plagiant la célèbre formule des Res Gestae, les Hauts Faits du divin Auguste : « Le général Lyautey avait trouvé une ville en pisé et en tôle ondulée ; il la laissa dix ans après en béton et en marbre ». Il y a du souverain enfin dans cette représentation semblable aux statues des rois trônant au centre des places royales. Dans tous les cas, l'image de Lyautey incarne les valeurs aristocratiques -au sens étymologique du mot - dans lesquelles il croit profondément.

Le piédestal porte des citations bilingues et sept reliefs de bronze historiés illustrent les points forts de l'idéologie et de l'action du proconsul du Maroc. Chacun de ces reliefs comporte deux registres de taille inégale. Un grand motif occupe la partie basse de chaque panneau tandis qu'une petite représentation complète le thème général. La face vers la mer évoque l'apport de la France : le port, la ville, les transports et la santé. La face vers la terre représente les activités traditionnelles des Marocains. Des hommes et des femmes aux amples vêtements, des uniformes militaires contrastent avec la nudité des enfants potelés, sorte de putti mauresques.

L'homme et les mots

Animée d'une idéologie à la fois conservatrice et humaniste, l'œuvre marocaine de Lyautey vise à pacifier et à restaurer le Maroc traditionnel dans le strict respect du régime du protectorat qu'il définit ainsi : « Un régime non pas transitoire mais définitif, qui a comme caractéristique essentielle l'association et la coopération étroites de la race autochtone et de la race protectrice dans le respect mutuel, dans la sauvegarde scrupuleuse des institutions traditionnelles ».

Les citations bilingues de Lyautey inscrites sur l'important piédestal de la statue évoquent, dans un style volontairement imprécis et fait de bons sentiments, les apports mutuels des deux composantes de la population : « Plus je fréquente les Marocains plus je vis dans ce pays, plus je suis convaincu de la grandeur de cette nation ». La plus longue citation est à la fois plus complexe et ambiguë : « Je crois avec tout mon cœur, toute mon âme et avec toute mon expérience que la meilleure manière de servir la France dans ce pays, d'y assurer la stabilité de son établissement, c'est de lui apporter l'âme et le cœur de ce peuple ».

La citation inscrite sur la face tournée vers la terre traduit bien l'ambition, l'autorité et le charisme de Lyautey ainsi que sa volonté de modeler l'espace marocain : « Etre de ceux auxquels les hommes croient, dans les yeux desquels des milliers d'yeux cherchent l'ordre, à la voix desquels des routes s'ouvrent, des pays se peuplent, des villes surgissent ».

Enfin, la citation qui regarde aujourd'hui le bureau du Consul exalte l'amour que Lyautey porte au pays et aux hommes : « Cette parcelle d'amour sans laquelle rien de grand ne peut se faire ». Le 2 octobre 1925, dans l'allocution d'adieu à Rabat, Lyautey tient à se rendre au palais à cheval : C'est en sorte sa dernière représentation officielle que la statue fixe ainsi.

Lyautey monarchiste, toujours sensible à la légitimité divine du sultan sur la terre et les hommes, déclare à cette occasion : « C'est avec une profonde émotion que j'évoque les souvenirs qui me lient depuis treize ans à Votre Majesté, auprès de laquelle, depuis le début du protectorat, j'ai toujours trouvé des conseils si éclairés, une clairvoyance si judicieuse, un appui si constant pour réaliser l'œuvre de pacification matérielle et morale, de restauration, d'autorité et de développement économique que la France s'était imposée de réaliser dans ce noble et grand pays, dans le respect absolu de sa religion, de ses hiérarchies sociales et de la souveraineté de Sa Majesté chérifienne ». Si Lyautey affecte de n'avoir été que le premier serviteur du sultan, c'est pourtant le Résident Général qui détenait la réalité du pouvoir.

Le relief de cette face de la statue qui représente l'accolade de Lyautey et du sultan Moulay Youssef est probablement la représentation de cette ultime rencontre. L'un et l'autre sont accompagnés d'une suite dont les intentions pacifiques se lisent sur les visages, dans les attitudes et par les fourreaux sans lames.

Les trois reliefs, côté mer, du piédestal de la statue ou les Hauts Faits de Lyautey

Le premier panneau représente le port et la ville de Casablanca qui ont été les premières préoccupations de la Résidence. Lyautey et Delure se tiennent sur la digue réalisée suivant les plans projetés. Une vue cavalière de Casablanca occupe le registre du haut. Le poids de Casablanca : Port et transports. Le maréchal Lyautey qui a fait de Casablanca la vitrine de son œuvre civilisatrice et l'entrepôt naturel de toutes les régions soumises, déclare le jour de son départ, le 10 octobre 1925 avant de monter sur le paquebot « Anfa » : « Casablanca est le meilleur souvenir que j'emporte du Maroc comme il a été la grande joie de mon gouvernement ». Il y a aussi rencontré quelques-unes de ses plus grandes souffrances !

Malgré la présence à Casablanca de la plus importante communauté française du Maroc, c'est Rabat qui est choisie pour siège de La Résidence. Cette décision prise en 1913 provoque un vif mécontentement à Casablanca qui se traduit par une petite fronde contre le pouvoir. Christian Houel, journaliste et témoin des premières heures de la présence française au Maroc, expose la pomme de discorde : « La place du représentant de la France doit être au milieu du plus grand nombre de Français, industriels, commerçants et colons [...] non dans un château lointain, fut-il historique ». En réalité, on jalouse les dépenses faites pour la capitale en pensant qu'elles démunissent Casablanca. Par ailleurs, le transfert de la capitale chérifienne de Fès à Rabat conforte le choix de Lyautey de séparer les lieux de décision politique et la puissance économique.

Ses espoirs dans les perspectives de mise en valeur du pays passent par le développement d'infrastructures ambitieuses. Une politique de construction de routes et de voies ferrées met en relation l'espace marocain, les sphères du pouvoir et le pôle de Casablanca.

L'observation des réalités économiques et géographiques impose le choix de Casablanca comme interface portuaire. Depuis 1911, Casablanca est submergée par la crue des hommes et des choses. Lyautey, au lieu de saupoudrer les crédits, envisage un grand complexe portuaire, véritable poumon du Maroc. Lyautey écrit lors de la cérémonie du premier kilomètre de la grande jetée du port le 15 juillet 1919 :« Lorsque je suis arrivé au Maroc en 1912, j'étais on ne peut moins convaincu de l'opportunité et de la possibilité du port de Casablanca (…) Malgré ces dispositions, je fus vite convaincu que c'était ici que le port s'imposait. Mais je ne l'étais pas encore des possibilités de sa réalisation ». Le directeur général des travaux publics, Gaston Delure, a su lui montrer comment pallier les difficultés techniques et combattre les nombreuses réticences et les ardents conflits d'intérêts.

Le port, mis en service à la fin des années vingt, matérialise l'essor de la ville-phare du capitalisme colonial français. A la veille de la seconde guerre mondiale, Casablanca est le premier port du continent africain avec des quais en eau profonde sur plus de cinq kilomètres, desservis par une centaine de grues et quatre mille dockers.

Un port, c'est une porte. La découverte du phosphate l'année même de la décision de construire un grand port artificiel implique de concevoir l'interrelation entre les différents moyens de transports, le navire, la route, le rail.

Les routes s'améliorent rapidement et les pistes de plaines sont au fond assez faciles à entretenir. En revanche, dès l'aube de son action au Maroc, Lyautey piaffe d'impatience de réaliser un réseau ferré ramifiant le pays car, dit-il, « le territoire est exploitable presque en entier ». Or, le chemin de fer piétine du fait des freins imposés par les accords internationaux de 1911 qui stipulent que le réseau ferré marocain ne pourra être réalisé que lorsque la ligne Tanger-Fès sera construite. Avec la partition du Maroc entre la France et l'Espagne, et l'orientation résolument atlantique du Maroc colonial, cette ligne ne correspond plus à une nécessité première. Pour arriver à un accord franco-espagnol, on va tordre l'axe en sorte qu'il se rapproche de la côte et de Rabat.

Mais Lyautey n'attend pas la solution financière et politique pour commencer les études et surtout pour imposer en 1912 un réseau Decauville à voie étroite. A vocation militaire au départ, ce réseau devient accessible au trafic civil.

Le développement autour de la ville d'une étoile de voies ferrées et de routes qui la relient aux quatre grandes villes du pays, a conduit à son terme l'évolution qui a fait de la ville le centre économique incontesté du pays.

Sur le deuxième panneau, un navire à quai baptisé « Maréchal Lyautey », une grue, des paquets, des dockers illustrent les échanges de produits avec la métropole. Un crieur de journaux porte sous le bras la Vigie marocaine dont le titre est bien lisible dans le bronze. Ce journal, la voix des colons, ne fut pas un modèle d'objectivité. Son fondateur, Christian Houel avoue : « Je prenais la défense systématique des Français ». Le nombre des journaux est considérable compte tenu du lectorat potentiel. Outre La Vigie, La Presse Marocaine, Le Progrès Marocain, Le Maroc, deux hebdomadaires, L'Information Marocaine et Les Annales Marocaines participent à la formation de l'opinion. Christian Houel, revenant au Maroc au seuil des années vingt après quelques expulsions, accuse : « L'opinion n'était plus libre, mais dirigée par des hommes qui n'avaient guère que le souci de leurs propres affaires ». Souvent les relations entre la Colonie de Casablanca et Lyautey furent tendues, comme en 1919 où l'atmosphère fut si irrespirable que le Résident eut bien l'intention de ne plus y revenir.

Le registre du haut montre une puissante locomotive. Ce n'est, on l'a vu, qu'à partir de 1921 que le chemin de fer pourra aller de l'avant au rythme souhaité par Lyautey.

Le troisième panneau évoque les préoccupations hygiénistes et médicales du premier protectorat. Lyautey visite un malade alité devant une infirmerie. Personnel médical européen et indigène, religieuses et enfants marocains assistent à la scène. L'état sanitaire du Maroc est catastrophique à la veille du protectorat. Fièvres, pestes, variole, typhus emportent rapidement les corps mal nourris. Pour lutter contre les épidémies et les pathologies sociales, Lyautey mène un combat afin d'assurer une couverture sanitaire intégrale du Maroc. Des hôpitaux de campagne ont accompagné la pénétration militaire et les infirmeries sont restées. La peur du Marocain et celle des maladies se confondent souvent. C'est surtout contre le corps malade de la ville musulmane que les médecins du Service de santé publique vont œuvrer : assainissement, dératisation, désinfection, vaccination.

Lyautey rêve de compenser la rudesse de l'expansion coloniale par la mission médicale et met l'accent sur la prophylaxie. Un parc dans la ville orne le registre du haut. La place s'ouvre en effet sur le parc Lyautey (l'actuel parc de la Ligue Arabe), le poumon de Casablanca, où eucalyptus, ficus, palmiers filtrent l'air. Les préoccupations hygiénistes sont manifestes : les immeubles étendent leurs ailes pour absorber les vents d'ouest et échapper aux miasmes des quartiers plus populaires, à la misère et aux maladies qui frappent durement les miséreux.

Les trois reliefs, côté terre, ou une figuration de la vie marocaine traditionnelle

Les trois reliefs de l'autre face sont consacrés aux activités économiques, politiques et spirituelles traditionnelles. Sur le premier panneau, un souk établi en lisière de forêt permet d'exposer, au premier plan, les fruits de la terre marocaine. Le registre du haut montre une scène de labour à l'araire tiré par deux dromadaires, dont l'archaïsme tranche avec à la mise en valeur de l'économie rurale coloniale absente de ces représentations.

Les intérêts des communautés agricoles traditionnelles et ceux des colons ne sont pourtant pas convergents. Dans un premier temps, une politique conservatoire de la tribu et de ses biens est développée, mais elle va à l'encontre de la faim de terre des colons. Alors il faut bien concilier les intérêts et Lyautey déclare : « Les Marocains ne sont pas nomades, beaucoup de tribus ont gardé la coutume antique de la propriété collective des terres. Nous arrivons à les convaincre que la véritable forme de la propriété est la propriété individuelle. Et ainsi, à mesure que nous transformons les terres collectives d'une tribu en terres individuelles, comme nous accroissons la valeur du domaine de chaque membre de la tribu, nous demandons en retour une cession d'une partie de la terre collective à l'État. Et c'est justement sur cette terre collective que nous créons des lots domaniaux pour en faire bénéficier la colonisation française. Lyautey se révèle un apôtre du progrès économique et de l'individualisme agraire qui pourtant doivent bouleverser les mentalités et la société de manière profonde. A quelle pression répond-t-il ? Celle de la rentabilité ? Celle des colons ? Celle de la mise en valeur ? Celle des autorités françaises ? Donne-t-il le change à l'accusation récurrente d'indigénophilie dont il est victime ?

Le panneau central évoque la vie nomade et la tribu avec des tentes et des cavaliers en armes. Le ralliement des tribus, au nom du sultan, s'est obtenu en usant de diplomatie à l'égard des grands Caïds. Le respect des coutumes et des traditions tribales fige une réalité mouvante par essence dans un cadre administratif relié au principe externe de l'autorité. C'est en toute conscience que cette politique est évoquée par Lyautey dans une note à André Tardieu dès novembre 1913 : Gagner quelques personnalités marquantes pour gagner du même coup tous leurs clients [...] la méthode du protectorat, c'est plus souple, moins coûteux, cela réclame moins de personnel, demande moins de temps et assure davantage le respect des coutumes et des traditions.

Une vision historique déformée par l'histoire féodale européenne assimile les grands Caïds à des seigneurs. On veut voir dans l'autre son propre monde perdu, on croit déceler dans les casbahs la silhouette des châteaux forts…

Un dernier panneau présente les produits de l'artisanat marocain au pied de la Koutoubia de Marrakech : reliures d'art, maroquinerie, orfèvrerie, argenterie… Dès le printemps 1912, Le Résident Général nomme Tranchant de Lunel comme conservateur des monuments historiques et crée le « Service des antiquités, beaux-arts et monuments historiques ». « Ce fut la bonne fortune du Maroc d'avoir, dès l'origine cette belle équipe d'artistes et d'hommes de goût, passionnément épris des beautés de ce pays, résolus de se donner à leur sauvegarde » écrit-il en pensant à Gallotti et à Majorelle.

Conscient cependant du risque que présente l'irruption des produits de l'industrie européenne pour la survie des arts marocains, Lyautey ordonne en 1913 une enquête sur les centres de production. Il organise en 1915 une exposition franco-marocaine à Casablanca. Un office des Industries d'art indigène assure à partir de 1918 la surveillance de la production et l'écoulement des produits de l'artisanat. « La reliure, ce bel art marocain traditionnel, a maintenant sa place à Paris, où vous l'admirez et l'achetez ». Rappelons que Lyautey sera commissaire général de la grande exposition coloniale de 1931.

Le registre supérieur représente l'arc de Volubilis, qu'au terme des fouilles, on a remonté en 1933. Cette représentation rattache le Maroc aux cultures méditerranéennes et préislamiques. En effet, une partie du monde berbère avait été intégrée à l'espace culturel méditerranéen antique. Certains idéologues de la colonisation pensaient reconstituer au profit de la France l'unité de l'Afrique du Nord rompue par les Arabes depuis l'antiquité romaine. Cette conception de l'histoire se fondait également sur le mythe de l'antagonisme Arabes-Berbères créé au XIXe siècle pour servir les intérêts des colonisateurs.

Lyautey n'a jamais sacrifié au mythe berbère. En revanche, après son départ, une politique berbère tentera de briser l'unité nationale en divisant les populations arabes et berbères marocaines, au mépris d'une riche histoire commune.

Conclusion

Si les espérances de Lyautey seront brisées par les appétits politiques et économiques de la puissance protectrice, il reste que les choix ambitieux faits pour Casablanca en matière portuaire et aéroportuaire vont s'avérer cruciaux pour les intérêts des Forces alliées au tournant de la guerre. En novembre 1942, après avoir été bombardé par la flotte américaine, le port sert jusqu'en 1945 au débarquement des armes et des hommes pour la reconquête de l'Europe.

Après l'indépendance politique obtenue en 1956, les Européens quittent progressivement Casablanca, laissant les quartiers centraux à une élite citadine marocaine, mais la Médina abandonnée par ses élites traditionnelles se dégrade.

Le recensement de 1971 donnait pour Casablanca une population de 1,5 million d'habitants. A l'instar des grandes villes des pays en développement, Casablanca devient une mégapole : 2,3 millions d'habitants en 1982 et probablement plus de 4 millions aujourd'hui. Son administration a cherché à maîtriser sa croissance par un réseau de larges boulevards et l'installation de nouveaux quartiers. La part des résidents français s'est considérablement réduite alors que de nouvelles nationalités continuent de conférer à la ville son allure cosmopolite.

La littoralisation de l'économie marocaine entreprise il y a deux siècles s'est poursuivie jusqu'à nos jours. Dans cette mégalopole en voie de constitution le long de l'Atlantique, la part de Casablanca reste prépondérante. La construction de la Grande Mosquée dans la dernière décennie du XXe siècle donne à « Casablanca-Dar el-Beida » le symbole essentiel de l'urbanité musulmane et la consacre tout à la fois cité impériale et ville mondiale.

Éléments de Bibliographie

Ce travail doit beaucoup à quelques ouvrages fondamentaux d'où ont été extraites les citations :

- André Adam, Histoire de Casablanca, des origines à 1914, Publications des annales de la faculté des lettres, Aix en Provence, 1968.

- Daniel Rivet, Lyautey et l'institution du protectorat français au Maroc 1912-1925, 3 tomes, l'Harmattan, 1988 et Le Maroc de Lyautey à Mohammed V, Denoël, Paris, 1999.

- Lyautey : Paroles d'action, Paris, 1995

- Jean-Louis Cohen et Monique Eleb, Casablanca, Mythes et figures d'une aventure urbaine. Belvisi Hazan, 1998.

- Il faut ajouter d'autres ouvrages importants dont ceux de Jean-Louis Miège dont la substance est reprise dans les ouvrages cités supra.



Re: le marechal Lyautey, le Guerrier Pacificateur, Ange ou D?mon ?
03 avril 2005, 01:21
Medames, Messieurs.


S'il est vrai que Mr Lyautey (autant que personne) etait quelqu'un d'instruite, d'intelegent etc... il ne faut pas oublier qu'il represantait une institution, et c'est sur ce volet que je veux intervenire.


Concernant Mr Lyautey donc, il faut faire la diffrenece entre Mr Lyautey la personne qu’on peut admier, aimer, ignorer...et Mr Lyautey l'institution. je ne fais pas partie de la gneration qui a vecu l'air de Lyautey mais puisque j'ai une conscience historique je dois vous dire cela.

En effet, moi je retiens de cette personne le fais qu'il a representait une puissance coloniale (La France) cette France qui est responsable -il ne faut pas l'oublier- de la mort des milliers de nobles marocains, responsable egalement de sa politique rasiste qui allait deporter les juifs marocains dans les camps de la mort, responsable aussi de la situation territoriales dont le Maroc souffre jusqu'a aujourd'hui, responssable et sutout de la deportation de notre roi Mohammad V en exile.


Medames, Messieurs, LA FRANCE NOUS DOIT TOUJOURS DES EXCUSES !

D’un point de vue historique le Maroc n’avait pas besoins des Layutey il avait besoin des Abdel-karim Al-Khattabi !

Avec mes salutations les meilleurs !

Lfasi



Re: le marechal Lyautey, le Guerrier Pacificateur, Ange ou D?mon ?
03 avril 2005, 06:02
Pour Lfasai,


Je ne comprend pas comment cette phrase a trouvé sa place dans votre message..


"responsable également de sa politique rasiste qui allait deporter les juifs marocains dans les camps de la mort,"..

quel rapport est-ce-que Lyautey a eu avec la politique de Pétain concernant la déportation des juifs?


Pouvez-vous m´expliquer s´il vous plait?


merci d´avance

"A"

Re: le marechal Lyautey, le Guerrier Pacificateur, Ange ou D?mon ?
04 avril 2005, 09:09
un texte trouvé sur le net que son auteur me pardonnera d'iserer ici, bien souvent les gens ignorent que les militaires ont devoir d'obeissance et que ceux qui ont eu le courage de le faire ne sont pas légion.
amities à tous qui sommes des enfants du maroc malgré nos différence de culture ou de religion.francis



La création au Maroc d'un système éducatif moderne est le produit de la volonté d'un homme, le Maréchal Lyautey, premier Résident Général de France au Maroc et de l'essor d'une ville, Casablanca, dont le développement démographique et économique nécessitait la formation d'une élite intellectuelle.






Rares sont en France, les écoles à porter le nom d'un militaire.

Rares sont les écoles françaises dans un pays étranger à porter le nom d'un personnage politique, à plus forte raison quand celui-ci a exercé un pouvoir de tutelle sur ledit pays.


Pourtant, curieusement à Casablanca, le lycée français porte le nom du Maréchal Lyautey, premier Résident Général français au Maroc. Curieusement ? Ce choix implique plus que la décision des associations d'anciens élèves marocains du lycée de conserver ce nom après l'Indépendance.


Le personnage de Hubert Gonzalve Louis Lyautey (1854-1934) dépasse, dans la mémoire collective, l'image traditionnelle d'un représentant d'une puissance occupante.

Il est utile dès lors de distinguer les fonctions qu'il incarne de l'homme et de sa personnalité.

En effet, le haut fonctionnaire français est chargé de mettre en place et de prolonger les applications concrètes d'un traité de protectorat signé en 1912, à Fès, entre le Maroc et la France. Le Protectorat, cadre institutionnel original à la notion juridique incertaine, avait déjà été expérimenté par la France au Cambodge, en Tunisie, à Madagascar et n'était aux yeux de beaucoup de français de ce début de XXe siècle qu'une solution transitoire, l'assimilation restant le but ultime. Ainsi, Madagascar, protectorat en 1885, était devenu colonie en 1896.

D'autre part, le personnage, dès son arrivée, a exprimé au sujet du Maroc un avis totalement différent : "Ici, nous avons réellement trouvé un état et un peuple".

Il ne s'agissait dès lors, en aucune manière de coloniser le pays mais seulement d'y rétablir la paix civile (l'intervention française au Maroc en 1911 est motivée par les difficultés que rencontre le sultan à maintenir son autorité sur les tribus révoltées) et de le faire accéder à la "modernité".

Lyautey affirme en outre son désir de voir respecter les coutumes et traditions du pays et fait sienne cette formule : "ce peuple n'est pas inférieur, il est différent".

C'est dans cette dernière exigence que l'étude de la personnalité du Maréchal Lyautey prend toute sa dimension.

Quand il arrive au Maroc en 1912, Lyautey veut devenir le "Monsieur d'ici", nom qu'il donnait à Gallieni lorsqu'il servait sous ses ordres au Tonkin, puis à Madagascar dans les années 1890.

Gallieni, admirable organisateur, méprisant les routines de la bureaucratie, animateur et créateur de vie, avait pacifié le Tonkin et Madagascar en économisant les vies humaines, en respectant les consciences et les intérêts légitimes de tous.

Au Tonkin par exemple, Gallieni et son état-major (dont Lyautey) se découvrent ingénieurs pour les routes, architectes pour les villes, agronomes pour les campagnes, enseignants enfin. "Faire de la vie" en somme.

Et effectivement, le Maroc devient un vaste chantier supervisé par Lyautey. On bâtit des villes, jette des ponts, trace des chemins de fer, creuse des ports, défriche des terres, exploite des mines; Casablanca, exemple des rêves de grandeur de Lyautey, est le témoin de cet élan créateur.

Bien sûr, le "Saint n'était pas sans péché". En voulant faire du Maroc un "état moderne", Lyautey voyait aussi les intérêts de la France : œuvre civilisatrice pour la bonne conscience, ce pays représente aussi un énorme marché à investir et à contrôler pour les banquiers et les entrepreneurs venus de la métropole.

Cependant, il était contre la colonisation de peuplement (pour lui, la terre devait rester marocaine) et ne souhaitait voir s'installer au Maroc que de grandes organisations, ce qui lui valut des ennemis dès son arrivée. Dès 1912, est créé l'Office Chérifien des Phosphates dont les revenus servent au développement des infrastructures du pays.

Il n'est pas question ici de refaire le procès de la colonisation. Justement parce que, tous s'accordent à le dire, Lyautey est un colonisateur atypique.

C'est bien pour cela qu'il constate dès 1920, dans la circulaire restée célèbre qu'il adresse à ses proches collaborateurs, qu'entre la politique qu'il aurait voulu que la France applique au Maroc et la réalité, le fossé se creusait de plus en plus.

Ainsi, à la notion de contrôle français sur les institutions marocaines (notion explicite du traité de protectorat) s'opposait de plus en plus la notion d'administration directe. Le Sultan, dont Lyautey, monarchiste, se voulait le premier serviteur, s'il disposait du pouvoir législatif et promulguait les lois, n'en avait pas l'initiative.

De plus, très peu d'emplois administratifs étaient aux mains des Marocains, les étudiants marocains pouvant devenir cadres dans l'administration (notion de gestion indirecte) voyant leurs chances limitées sous la pression des colons.


Le rôle des pachas à la tête des grandes villes, par exemple, n'était que fiction.

L'immigration des petits colons européens, que Lyautey voulait de toutes ses forces limiter, n'y voyant que graine de discorde avec une population en pleine explosion démographique et qui avait besoin de toute sa terre pour nourrir ses enfants, était de plus en plus importante et posait déjà des problèmes de cohabitation dans les campagnes.

L'entreprise de pacification n'était pas terminée, de nombreuses tribus refusant encore la présence française.

Ainsi, même la politique d'enseignement ne faisait pas l'unanimité, la majorité de la jeunesse marocaine continuant de ne pas y avoir accès.


Constat d'échec ? C'est probablement sur cette impression que Lyautey choisit de rendre sa charge de Résident Général en septembre 1925, ne supportant pas les obstacles que met la bureaucratie parisienne à son entreprise marocaine et qui lui reproche de ne pas voir affluer assez vite vers la métropole les fruits de ses investissements au Maroc.

Il quitte le pays dans l'indifférence des autorités françaises.

De retour en France, il deviendra un ambassadeur informel du Maroc lors de l'exposition coloniale de 1931.

Il meurt en 1934, la France reconnaissant bien tardivement son œuvre créatrice.

Lyautey aimait passionnément le Maroc et il pensait que la création d'un pays moderne n'était possible qu'avec l'adhésion des cœurs. Il laissera derrière lui le goût doux-amer de ce qu'aurait pu être une grande œuvre de fraternisation, un pont jeté sur la Méditerranée, reliant ses deux rives.


Christophe Primault
Professeur au Lycée Lyautey

Re: le marechal Lyautey, le Guerrier Pacificateur, Ange ou D?mon ?
05 avril 2005, 00:21
Je vois en lisant l'intervention de el fassi que les amalgames sont toujours d'époque et que l'on fait toujours appel à l'histoire sans en connaître le premier embryon : relisez donc, mon cher, où plutôt lisez car vous ne l'avez certainement pas fait pour tenir ce genre de language, l'excellent bouquin de Robert Assaraf : "Mohammed V et les juifs du Maroc à l'époque de Vichy".

Je préfère lire la dernière phrase de Christiphe Primault que des conneries de ce genre. Et comme j'ai d'autres choses à faire plus utiles que rentrer dans ce genre de débat stérile, j'ai profité hier au soir d'une rencontre avec mon ami Habib, marrakchi installé à Toulouse, pour lui demander de traduire les mots d'arabe dont Sylvain nous a gratifié sur une de ses photos. Cela veut dire : GÉNÉRAL LYAUTEY RÉSIDANT GÉNÉRAL DE FRANCE AU MAROC.

M'slama
Re: le marechal Lyautey, le Guerrier Pacificateur, Ange ou D?mon ?
05 avril 2005, 14:42
Mr Chris, les amalgames chez moi ne sont pas d'époque, bien au contraire !

TOUS LES PAYS ONT ASSUMER LEURS HISTOIRES SAUF LA FRANCE.

La France n'a jamais assumée sa politique coloniale raciste au Maroc, en Algérie, au @#$%& ou en afrique.

Il faut que la France se réveille, la France n'est ni cette France rayonnante du XVIIe siècle ni cette France puissante du XIX e siècle.

je le redis La France doit aux marocains des excuses .

Cher messieur, les esprits ont changes et les mentalités sont évolues. Les marocains ne sont plus ces pauvres fellahs du XIX e siècle.

Quand a « l'histoire », votre histoire mr Chris, ça m'intéresse pas trop, je la connais très bien, je suis un ancien étudiant (histoire anthropologique) a l'EHESS - Paris, elle est tout simplement faussée, erronée et plus encore dépassée. Et l’histoire c’est mon métier, mais il est vrai ce n’est pas une histoire des couloires …et des salons.

Monsieur, rassurer vous ma bibliothèque est assez complète en la matière, j'ai lu a plusieurs reprise l'ouvrage de MrAssaraf et bien d'autres.

A ce propos, Je vous invite ici a découverte La France a travers ce document intitulé « Calendrier des crimes de la France outre-mer » sur ce site Web, initié par une association française : Association Survie
Rédaction: J. Morel
4 janvier 2001
[perso.wanadoo.fr]




Re: le marechal Lyautey, le Guerrier Pacificateur, Ange ou D?mon ?
06 avril 2005, 03:49


Cher Lionel,

Je vous connais a travers vos interventions et je vous respecte.
ce messages n'est pas destine au français mais a cette France « d’en haut » qui n'a pas su se réconcilier avec son passée.

Dans mon intervention j’ai bien fais la différence entre Mr Lyautey la personne et Mr Lyautey l’institution.
Je ne suis pas non plus sensible a la personne de mr Lyautey…
mais sincèrement je ne veux pas entendre parler d'une institution coloniale comme s'elle était un « messie » civilisateur des peuples barbares.
Quand Mr Lyautey est rentre au Maroc, il n’a pas trouver le vide (comme en Algérie), Bien au contraire il a trouve un peuple fier de son indépendance de 13 siècles, avec des institutions propres a lui et une identité enracine dans sa terre et dans son passe, mais ce Maroc du XIX e siècle soufrait, il faut le dire, d’un marasme économique cause bien entendu par les super puissance de cette époque.

le peuple français de la révolution de la commune ....solidaire avec les causes universelles je l'admire et je le respect.

Lfasi
Re: le marechal Lyautey, le Guerrier Pacificateur, Ange ou D?mon ?
06 avril 2005, 16:29
C’est tout a fait moderne de demander des excuses. Ici on a eu les japonais, internés durant la derniere guerre. Et comme on regarde avec nos yeux d’aujourd’hui et non en état de crise : il nous faut payer, . Meme si nous étions pas nés. C’est le loup et l’agneau , si ce n’est toi c’est donc ton frere.
Ici dans les années 30 durant la dépression les enfants mouraient comme des mouches et étaient malnourris.(-30 l’hiver) Pas de médecins venant de France ou d’europe. Ils préféraient s’installer au chaud au Maroc ou ailleurs. Et soignaient et vaccinaient les marocains qui grace a eux sont vivants aujourd’hui. Contrairement a des ex membres de ma famille d’ici.
Je suis un peu étonné de la direction aussi venant d’un intellectuel francais ou marocain. Le systeme culturel francais est connu pour etre aux petitzoignons avec les élites et étudiants gradués.. (et c’est une surprise pour ces gens la, lorsqu’ils débarquent ici..) Personnellement je pense que le Maroc et la France sont tres proche l’un de l’autre culturellement et aussi ils ont le sens du passé.

Lorsque je parle avec des gens du sud-est de l’Afrique, la période coloniale fait partie de leur passé lointain et ca ne les empeche pas de dormir, et je comprends ca.

PS: pour Lyautey , sa montagne dans les rocheuses canadiennes se trouve a: 50 42’X115 13’

Saskatchewan
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