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LE LIVRE DE RUTH ( meguilat Ruth )

LE LIVRE DE RUTH ( meguilat Ruth )
29 avril 2010, 14:43
LE LIVRE DE RUTH

Ce petit livre biblique est lu pour la fête de Shavouot, la pentecôte juive.


Re: LE LIVRE DE RUTH ( meguilat Ruth )
29 avril 2010, 15:02
Le livre de Ruth est une des cinq meguilot (rouleaux) lues pour chaque fête juive.



Il est simple et en 4 chapitres seulement, de 85 versets seulement, de 1286 mots seulement et de 4800 lettres seulement:
un couple, Elimélékh et Naomi et leurs deux enfants quittent la terre d'Israël parce qu'il y a la famine et s'exilent en Moav (Jordanie aujourd'hui). Ils se marient avec des non juives. Le père et les deux fils meurent (nous pourrions dire: en meurent de cet exil, comme nous le verront plus loin). Naomi veut rentrer sur la terre d'Israël à Beit Lé'hem, et conseille à ses brus de la quitter et de retourner vers leurs dieux. Ruth refuse.
Sur la terre d'Israël, elle doit vivre et va glaner, rencontre Boaz et prend l'initiative, sur le conseil de Naomi, de lui demander de l'épouser, en raison de son droit éventuel à cela selon la Torah (Dévarim 25,1-10) car il est un proche parent, en seconde position après un autre homme. Boaz apprécie et essaie et réussit à faire renoncer le prétendant ayant le plus de droits. De cela est né une descendance dont le Roi David et on donne sa généalogie (tolédote).






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Re: LE LIVRE DE RUTH ( meguilat Ruth )
29 avril 2010, 15:05
L'enjeu qui se joue derrière le symbolisme de Ruth et Boâz:
Il est à comprendre comme étant ce que le peuple juif a à vivre, ses défis, ses solutions. Le tout dans le symbolisme du couple. Ce qui fait comprendre que c'est collectif, c'est le grand nombre de personnages, alors qu'on aurait pensé qu'il s'agissait simplement d'une relation entre deux ou trois personnages.

Le problème apparent où cela se joue symboliquement:
- dans la misère, rebrousser chemin (chouv), abandonner la mère veuve et retourner au peuple non juif et à ses cultes.
- ou devenir juive
et trouver un mari, et comment.


Re: LE LIVRE DE RUTH ( meguilat Ruth )
29 avril 2010, 15:15
Les personnages du livre de Ruth


D.ieu (Hachém)
Le mari (ich)
Elimélékh (décèdera),
et sa femme Naomie (Naomi)
Les enfants (yéladim),
leur fils Makhlone (décèdera),
et sa femme la Moabite Orpa.
Leur autre fils Kilione (décèdera),
et sa femme la Moabite Ruth (c'est d'elle qu'on parle dans le livre)
Boâz, qui épousera ensuite Ruth
La mariée (kala)
ou les brues (kalotes)
La belle-soeur (yévima ou gissa)
La famille (michpakha)
Les serviteurs (néarim);
les servantes (néârotes)
La jeune fille (néâra)
L'étrangère (nokhria)
Ta belle-mère (khamotékh)
La patrie (arets)
Les servantes (chifrotes)
Le proche-parent qui peut épouser la veuve, le sauveur (a goel)
Les jeunes gens (bakhourim)
Ma fille (biti)
Mon peuple (3âmi)
Un proche (karov)
Une femme (icha),
les femmes (nachim)
Les anciens (zékénim)
Les témoins (3êdim)
Les frères (akhim)
Rachel et Léa
La maison d'Israël
Tamar et Yéhouda
Les enfants (yéladim)
Les voisines (chkhénote)
Le fils de Ruth et de Boâz: Ôvéd (père de Ichaï, père de David)le roi David est l'arriere petit-fils nine)a Ruth et a Boâzle
Les ancêtres de Boâz (sont Perez, Khértsone, Ram, Aminadav, Nakhchone et Salma père de Boâz).






Modifié 1 fois.
Re: LE LIVRE DE RUTH ( meguilat Ruth )
29 avril 2010, 15:38
Qui est Boaz
C'est un grand du peuple, un juge selon la Torah, un dayane. Et son regard était droit et bon (tov ayine), et il n'utilisait pas la force contraignante qu'il aurait pu utiliser. II Zohar 218b.C'est bien le souvenir que tous ont du dayane le Rav Chalom Messas qui se fatiguait dans ses sentences pour aimer et sauver le peuple.
Sa force (car son nom bo âz signifie "la force en lui"winking smiley, le texte nous montre qu'il l'utilisait pour dominer ses propres tendances (I Zohar 93b et II Zohar 91b et III Zohar 280b) et pour cela il est nommé tsaddiq.
Le couple de Boaz et Ruth fut tellement pur et beau qu'ils ont mérité 7 bénédictions dans le texte (Routh 4,11); comptez-les. Ce sont les 7 bénédictions, les Chévâ bérakhotes du mariage (Zohar Ruth 108a).


Re: LE LIVRE DE RUTH ( meguilat Ruth )
29 avril 2010, 15:44
Qui est Ruth


Elle s'appelait d'abord Guilite et était la fille du roi Eglone de Moav ((Zohar Ruth 95b et III Zohar 190a) et prit le nom de Ruth quand elle épousa Makhlone, le Juif, et se convertit (Zohar Ruth 96b). Et quand son mari juif mourut, elle resta fidèle à la Torah totalement par elle-même. Pour cela on dit qu'elle se convertit vraiment quand elle alla seule avec Naomie vers la terre d'Israël (leçon pour les convertis). Zohar III 190a.
Naomie a vu cette qualité de Ruth et lui recommande de se marier avec quelqu'un qui vit vraiment dans la Torah, un tsaddik, pour enfanter des enfants, et elle lui indique où elle peut en rencontrer (Zohar II 218a). Et c'est seulement alors quand elle fut unie à un tel homme, et non pas seulement par sa conversion, que sa qualité parfaite de juive (kchéra) fut manifeste (Zohar Ruth 104b). Et en cela, elle a réussit aussi le tiqkoune, la correction positive de l'âme de son mari Makhlone (Zohar I 188b). Et, pour atteindre ce but, elle garda sa pureté totale car elle alla avec les femmes, les néârotes, et non pas avec les néârim, les jeunes gens, comme on le lui disait pourtant pour l'éprouver. Pourtant, quand elle comprit qui était son époux, elle n'hésita pas et y alla directement vers lui avec audace.
Elle a démontré une capacité remarquable de gestion personnelle et le Zohar dit qu'elle personnalise la personnalité intellectuelle et de réflexion (néféche sikhlite), (Zohar Ruth 95b).
Pour toutes ces qualités, on dit qu'elle est nommée Ruth par un jeu des lettres (reiche, vav, tav) de son nom qui forme les lettres Tor, ce qui veut dire la Torah (Zohar Ruth 95a).
Mais, ainsi que nous l'avons vu pour Boaz, elle mena toute son affaire non pas seulement intelligemment, mais avec un regard pur, droit et bon, ce que l'on appelle le bon oeil (ayine tova). Et cette capacité unique et rare permit la descente de la bénédiction car c'est cela la vraie modestie et humilité (ânava) sans aucune effronterie ni arrogance ni prétention personnelle (II Zohar 217b-218a). On voit que c'était la qualité de Moché rabbénou. Et, pour cela, elle mérita non seulement la bénédiction pour elle mais aussi pour sa descendance. Et de cela naquit David. Plus encore, elle mérita d'enfanter dans sa descendance le roi Chélomo qui écrivit le Cantique des Cantiques où il est dit à propos d'elle : comme une rose au milieu des épines (ké chochana ben ha khohim, ch 2); en effet, le parfum de la rose parvient à sortir même des épines qui l'entourent, et ces épines étaient les nations du monde qui enfermaient cette perle (Zohar Ruth 96b).
On comprend maintenant que le Livre de Ruth soit situé dans le Tanakh, immédiatement après le Cantique des Cantiques (Chir ha Chirim) qui lui-même est une résurrection après le Livre de Job (Yov). Il est situé dans la 3e partie du Tanakh (les Ecrits ou Kétouvim, après la Torah et les Prophètes, Néviim). C'est le 29e livre sur les 41 du Tanakh.


Re: LE LIVRE DE RUTH ( meguilat Ruth )
30 avril 2010, 12:37
1. L'histoire de Ruth

Le soleil brille, implacable, les champs jaunissent, la terre est dure et fendue ; cela fait longtemps qu'aucune goutte de pluie n'est tombée. Une caravane lourdement chargée s'éloigne de Bethléem : c'est Elimélech, un des riches habitants de la ville, qui quitte le pays, accompagné de sa femme Noémie et de ses deux fils,en direction de Moab, sur l'autre rive du Jourdain.

Elimélech meurt, ses fils épousent des filles du pays, appelées Orpa et Ruth. Dix ans plus tard les deux fils meurent aussi, et Noémie reste seule, sans mari et sans enfants. Apprenant que la famine est terminée à Bethléem, elle décide de retourner chez elle. L'heure du départ est venue, Noémie veut se séparer de ses brus : "restez chez vous et que D. vous bénisse". Orpa et Ruth refusent de la quitter : "Nous retournerons avec toi, chez ton peuple". Noémie essaie de les en dissuader : "attendez-vous de moi des fils pour vous marier ? Soyez raisonnables et restez chez vous". Elles se trouvent toutes trois au bord du chemin et pleurent; que de douleur renfermée dans ces larmes : les deuils successifs, la solitude, le sentiment d'abandon... peut-on supporter maintenant une nouvelle rupture ? Mais Orpa prend la décision de rester. Quant à Ruth, elle choisit de continuer la route avec sa belle-mère : "N'insiste pas près de moi pour que je te quitte et m'éloigne de toi ; car partout où tu iras, j'irai ; où tu demeureras, je veux demeurer ; ton peuple sera mon peuple et ton D.ieu sera mon D.ieu" lui dit-elle.

Les deux femmes cheminent en silence sur la voie du retour. Lorsqu'elles arrivent à Bethléem, tous sont frappés de stupeur : est-ce vraiment Noémie, cette femme, Noémie qu'autrefois tout le monde enviait ?

L'été est arrivé et la moisson est bonne, mais il n'y a rien à manger dans la maison de Noémie. Aussi elle envoie Ruth récolter les gerbes de blé laissées intentionnellement pour les pauvres. Par hasard, elle-ci va glaner dans le champ de Boaz, un parent de Noémie, qui est l'homme le plus influent de la ville. quand celui-ci apprend de qui elle est la bru, il lui permet de récolter du blé pour subvenir à ses besoins. Ruth rentre chez elle et raconte l'incident à sa belle-mère qui décide que le temps est venu pour la jeune femme de se marier. Elle lui dit d'aller se coucher aux pieds de Boaz quand il dormira dans sa grange. Ainsi fait-elle, et vers minuit, l'homme se réveille et trouve Ruth à ses pieds. Celle-ci lui explique qu'il doit racheter les terres qui appartenaientà Elimélech, et aussi la prendre pour femme (selon la coutume). Boaz accepte et Ruth se faufile aux aurores pour rapporter la nouvelle à Noemie qui attend impatiemment.

Le matin venu, Boaz propose à un parent plus proche de Noémie de racheter les terres d'Elimélech ; celui-ci accepte, mais quand il apprend qu'il doit aussi épouser Ruth, il refuse et cède ses droits à Boaz qui, devant les habitants de la ville, rachète les champs et l'épouse lui-même. Celle-ci donne naissance à Oved, qui sera le grand-père du roi David.

2. L'histoire de Noémie comme schéma de la rédemption


Le texte ci-dessus est un résumé du livre de Ruth et non pas une traduction. Il faudrait lire ce récit en hébreu pour comprendre que Noémie signifie "agréable", (du mot neyma) Orpa (la bru qui n'a pas suivi Noémie) "la nuque", Kilion (le premier mari de Ruth) "destruction", etc...

Le premier chapitre du livre contient 12 fois le mot "lashouv" ("revenir"winking smiley ; le deuxième chapitre contient 12 fois le mot "leketh" ("récolte"winking smiley et 10 fois le verbe "liktsor" ("faucher"winking smiley, tandis que le troisième et le quatrième chapitre du livre contiennent 23 fois le mot "gueoula" ("délivrance, rachat, rédemption"winking smiley.

On voit donc qu'il s'agit d'un retour, que ce n'est pas simple puisqu'il faut récolter et cueillir des éléments disparates afin d'aboutir à quelque chose. Cela nous apprend qu'il ne faut pas s'arrêter en route, mais mener le cheminement à son terme, qui est infini. Il est certes difficile de revenir vers ce que l'on aquitté, on a eu de bonnes raisons de le quitter, et connaît-on seulement ce vers quoi on revient ? Le mot "lashouv", qui signifie "revenir" en hébreu, possède ici le sens de "teshouva", "réponse" (issu de la même racine hébraïque). Il s'agit bien sûr de la réponse que l'on doit à l'autre, mais surtout de la réponse que l'homme se doit à lui-même, réponse à une question soulevée par l'existence du monde, de la société, du moi. A-t-on l'énergie de tout remettre en question ? Si oui, aura-t-on la force de persévérer, et de rechercher le sens des actes, des intentions bonnes et mauvaises ? Pourra-t-on l'assumer ? Il faut achever l'effort jusqu'au bout pour en récolter les fruits, comme nous le montre l'image de la moisson qui constitue le centre du livre de Ruth.

D'après le Midrash, ce n'est pas par crainte de la famine que la famille d'Elimélech quitte Bethléem : c'est en effet la famille la plus riche de la ville, et c'est pour éviter de devoir partager ses biens avec les victimes du fléau qu'elle choisit de s'expatrier. Et voici que Noémie, ruinée, veuve, sans enfants, revient à son lieu de départ. C'est dans ce mouvement de retour à soi-même, amorcé au moment où ses épreuves passées l'ont emplie d'amertume, qu'elle pourra se réconcilier avec la vie. La rédemption ("gueoula"winking smiley est donc présentée dans le livre de Ruth comme l'acte libre et autonome de l'individu.. C'est une expression de sa volonté qui s'accomplit sans intervention extérieure, en fonction de ce que l'on pourrait appeler la foi. Il s'agit d'une image de la rédemption ultime, puisque Ruth, la Moabite, est l'ancêtre du "Messie de la lignée de David", qui viendra délivrer le monde.

3. Ruth ou le refus de la fatalité


Quand Boaz et Ruth se marient, l'assemblée bénit l'épousée en ces termes : "Que ta maison soit comme la maison de Peretz que Tamar enfanta à Juda" (Ruth 4:12). On peut se demander pourquoi c'est cette bénédiction qui est dite ici. Il est vrai que Peretz est l'ancêtre de Boaz, mais la relation est plus fondamentale. L'histoire de Tamar et de Juda se trouve au chapitre 38 de la Genèse : Tamar épouse le fils de Juda, Er, qui meurt peu après : Selon la loi du lévirat, elle s'unit alors à son frère Onân qui meurt lui aussi. Tamar attend donc que le troisième fils de Juda grandisse pour pouvoir se marier avec lui, mais il a peur de lui céder son dernier enfant : "Demeure veuve dans la maison de ton père jusqu'à ce que mon fils Chêla soit plus grand". Car il craignait qu'il ne mourut, lui aussi, comme ses frères" (Genèse 38:11). Tamar, voyant par la suite que Chêla a grandi mais que Juda n'a pas l'intention de les marier, se déguise en prostituée et a des relations conjugales avec Juda, sans que celui-ci devine son identité. De cette union naissent Zérah et Peretz, Peretz qui sera l'ancêtre de Boaz et donc de David.

Le problème que doit affronter Juda est celui de la fatalité : Tamar est pour lui l'incarnation d'un destin maléfique, elle a "tué" ses deux fils, le sort s'acharne contre elle. Mais celle-ci veut lui prouver que c'est faux, qu'en fait Er et Onân sont morts du fait de leur inconduite et que la fatalité aveugle n'existe pas, mais qu'il faut considérer la vie et l'histoire dans l'optique de l'intentionalité, même si nous ne savons pas laquelle. Elle s'unit à lui justement pour prouver qu'elle n'est pas une femme maudite, que non seulement elle ne tue pas ses maris, mais qu'elle peut avoir des enfants, qu'elle ne constitue pas un arrêt de mort, mais qu'elle est la continuation de la vie. Et effectivement elle donne naissance à deux fils dont l'un est Peretz, ancêtre de David, et par cela même du Messie à venir (Amashiah Ben David).

Il en est de même pour Ruth : Noémie perd l'un après l'autre son mari et ses deux fils ; elle n'a plus d'espoir "Je suis trop âgée pour être à un époux" (Ruth 1:12), dit-elle. En plus de quoi, il faut remarquer que le mot "mar" ("amer"winking smiley revient souvent dans ses propos : "Non mes filles, car j'en aurai beaucoup d'amertume pour vous" (Ruth 1:13). Le sentiment de la fatalité, de l'acharnement du destin, la prend à la gorge. Mais Ruth se soulève contre cette interprétation fataliste de l'histoire à l'échelle individuelle ou générale, et elle ajoute : "là où tu mourras, je veux mourir aussi et y être enterrée. Que l'Eternel m'en fasse autant et plus si jamais je me sépare de toi autrement que par la mort !" (Ruth 1:17 - souligné par nous). Il ne s'agit pas simplement du moment où la mort nous sépare, mais plus profondément, c'est l'idée de mort qui nous sépare : sans rien enlever au tragique de la mort, Ruth la conçoit comme un achèvement, et non pas comme une force aveugle et maléfique.

Noémie est sceptique, elle veut changer de nom : "Ne m'appelez plus Noémie (l'agréable), appelez-moi Mara (l'amère) car Shadaï (un des noms de D.ieu) m'a abreuvée d'amertume" (Ruth 1:20). L'amertume règne, mais déjà ici l'évocation du nom Shadaï, pose une certaine limite au désespoir. Or on a remarqué que Shadaï peut se lire "She-daïï", "qui veut dire c'est assez" c'est assez d'amertume, ce qui annoncerait le retournement de la situation.

L'idée mûrit et se développe en Noémie, et quand Ruth lui dit que Boaz lui permet de glaner dans ses champs, elle répond : "Béni soit-il par l'Eternel, puisqu'il n'a cessé d'être bon pour les vivants et pour les morts !" (Ruth 2:20 - souligné par nous)

Le nom de D. est ici celui de la miséricorde, qui ne délaisse ni les vivants ni les morts, ceux qu'elle croyait morts pour rien, aveuglément, deviennent des morts que D. ne délaisse. Quand Ruth donne finalement naissance à Oved, elle en est bien la mère biologique, mais cet enfant est doté en premier lieu d'une importance pour Noémie : "Et les voisines désignèrent l'enfant en disant : "Un fils est né à Noémie !" (Ruth 4:17). Comme dans le cas de Tamar, la fatalité de la mort est dépassée par la vie qui se transmet par l'enfant. A la joie de la naissance s'ajoute donc la joie de la signification de la naissance.


Re: LE LIVRE DE RUTH ( meguilat Ruth )
30 avril 2010, 12:43
Ruth n'apparaît pas dans la Bible comme un météore tombé du ciel par hasard, Au contraire, c'est en remontant son arbre généalogique que nous n'arriverons à mieux comprendre sa personnalité : Haran (frère d'Abraham) Loth, Moab, Ruth.

De Haran nous ne savons rien, sinon qu'il meurt à Our-Kasdim. Le midrash indique qu'il est jeté dans une fournaise avec Abraham, après que celui-ci ait brisé les idoles de son père. Tandis qu'Abraham est sauvé par sa foi en D., Haran, qui ne possède pas la foi de son frère, est brûlé.

Loth, fils de Haran, est adopté par Abraham, mais il se sépare de ce dernier et se dirige vers Sodome ; il y a donc rupture entre les deux parents : "De grâce, sépare-toi de moi" dit Abraham à Loth (Genèse 13:8). Et il faudra attendre Ruth, que Noémie cherche à repousser et qui s'accroche, contrairement à Loth, pour que la famille soit réunie à nouveau. Loth s'installe donc à Sodome, ville perverse où règne l'injustice et où l'accueil réservé au voyageur est le viol : "Où sont les hommes qui sont venus chez toi cette nuit ? Fais-les sortir vers nous, que nous les connaissions !" (Genèse 19:5) : Lorsque Sodome est détruite, Loth se réfugie dans la montagne avec ses deux filles ; celles-ci l'enivrent et s'unissent à lui, union dont naissent Ben-Ammi, père des Ammonites, et Moab, père des Moabites. La Bible parle à nouveau du peuple de Moab quand les Hébreux sortent d'Egypte et que celui-ci leur défend de passer par son territoire. L'égoïsme des Moabites, qui leur fait refuser l'aide minimale due à un peuple qui vient de sortir de l'esclavage et qui. a traversé le désert, leur refus de leur donner du pain et de l'eau est jugé inadmissible par la Torah qui leur interdit la conversion au judaïsme pendant des générations : "même après la dixième génération ils seront exclus de l'assemblée du Seigneur à perpétuité, parce qu'ils ne vous ont pas offert le pain et l'eau à votre passage" (Deutéronome 23:4-5) .

Il semble donc que Ruth, la Moabite, n'ait aucune raison d'assumer son ascendance avec fierté, ses ancêtres sont caractérisés par le repli sur eux-mêmes et sur un égoïsme fondamental qui rejette comme folie toute demande de contact, de dialogue, même au niveau le plus élémentaire, dans ce cas l'hospitalité. Mais ce n'est pas par hasard que c'est elle qui est appelée à racheter les fautes de ses pères. C'est peut-être par la femme, donc par la féminité, symbole du don de soi, que cet univers du refus peut être rédimé. En vérité cela paraît incroyable : est-il vraiment possible de modifier de façon réelle et significative un tel état de fait ? Il ne s'agit pas du rêve enfantin d'un monde meilleur : dans un univers où la puissance militaire fait la loi, où l'hypocrisie et la démagogie ôtent tout leur sens aux mots, où chacun sait qu'il suffit de bousculer quelqu'un pour s'en faire un ennemi, mais qu'il faut accomplir des efforts démesurés pour se faire un ami, tout cela peut- il être inversé ? Ruth est là pour nous répondre affirmativement.

5. Ruth et la fête de Shavouoth

Il existe trois relations essentielles entre Ruth et la fête de Shavouoth: - la saison de l'année : la fin du printemps - le contenu spirituel : la bonté ('hessed) - le chemin parcouru : la conversion.
Nous parlerons essentiellement ici du premier de ces trois thèmes. Pour les deux autres, nous nous bornerons à signaler ce qui suit :

a) A propos du contenu spirituel :
la Torah, qui a été donnée aux Hébreux le jour de la fête de Shavouoth, a été définie dans le midrash par le mot "'hessed", qui signifie "bonté", et l'histoire de Ruth tourne elle aussi autour de ce concept. En effet, le Midrash explique que la famine dont on parle au début du livre est un châtiment infligé au peuple d'Israël à cause du manque de considération manifesté envers Josué : les Hébreux, très occupés par le partage du pays, chacun étant plongé dans ses intérêts propres, ont oublié d'enterrer Josué avec les honneurs qui lui étaient dûs. Ruth vient racheter cette faute, puisqu'elle est la personnification de la bonté et de la générosité (cf. Ruth 1:8 et 3:10).

b) A propos de la conversion :
avant le don de la Torah, les Hébreux étaient considérés comme des "guérim" (des non-juifs). Ils ont dû, comme le fera Ruth, passer par cette même phase de conversion.

Mais revenons à l'essentiel : l'histoire de Ruth se déroule pendant la récolte de l'omer : "Shmuel Bar Simon a dit : "cela se passait pendant la récolte de l'omer". Shmuel Bar Nahman a dit : "partout où il est dit (dans le texte du livre) "moisson des orges", il s'agit de l'omer" (Midrash Rabbah Ruth 62). Cette récolte avait lieu le deuxième jour de Pessah (à partir duquel on compte 50 jours jusqu'à Shavouoth). L'omer est une gerbe composée de plusieurs céréales qu'on amenait en offrande au Temple. En ce temps-là à Shilo qui précéda Jérusalem comme centre national du culte en Israël. Ce n'est qu'après avoir présenté cette offrande qu'on avait le droit de consommer le produit des récoltes qui avaient poussé au cours de l'année écoulée.

Le commandement concernant la présentation de l'omer au Temple ne peut s'accomplir qu'en Eretz Israël, car il est essentiellement lié à la terre du pays (voir Lévitique 23:9), et tous les commandements qui sont liés à cette terre ont en commun le rappel de la précarité des possessions matérielles. En effet, contrairement aux contrées riches en ressources hydrauliques comme l'Egypte, par exemple, arrosée par le Nil, toute la récolte, en Israël, dépend de l'abondance des pluies qui est, comme on le lit dans la Bible (Deutéronome 11:10-17), fonction de la conduite morale et spirituelle des habitants du pays. Aussi, l'offrande de l'omer signifie que l'homme ne doit considérer aucune possession comme sienne avant d'avoir reconnu qu'elle lui vient de D.. Il donne une partie de sa récolte pour éviter de s'enorgueillir de ses richesses et de les idolâtrer en étant asservi aux valeurs du monde matériel.

La spécificité de la terre d'Israël pour l'existence juive est donc mise en relief par le commandement de la récolte de l'omer :

1. La présence de D. est accentuée en Eretz Israël : "un pays sur lequel veille l'Eternel, ton D., et qui est constamment sous l'oeil du Seigneur, depuis le commencement de l'année jusqu'à la fin" (Deut. 11,12).
2. Eretz Israël est le lieu de la réalisation de la théorie en pratique ; en effet, la différence entre la génération du désert et celle qui rentre en Terre d'Israël et conquiert le pays, est le passage du miracle (l'ouverture de la Mer Rouge) au dur devoir de la conquête, de l'image idéale, mais qui reste extérieure, à l'intériorisation et à la réalisation de cet idéal.

Ruth arrive en Israël au moment où l'on récolte justement cet omer qu'il faut apporter au Temple. Il semble donc que pour elle, comme pour l'ensemble du peuple juif, l'acte nécessaire de la conversion doive passer par la conquête du pays, à l'image de Josué qui a dû lui aussi affronter cette difficulté concrète. Ruth doit conquérir le pays, car rien ne lui est donné au départ ; elle se trouve dans le dénuement, réduite à la mendicité, et qu'elle contraste, cela doit être si l'on pense au Midrash qui l'identifie avec la fille du roi de Moab ! Seule une foi indéfectible a pu lui permettre de passer du statut de princesse à celui de mendiante.

On voit donc que la lecture du livre de Ruth pendant la fête de Shavouoth n'est pas le fruit du hasard. Le fait que l'action soit située à l'époque qui précède et annonce cette fête nous montre bien que la Torah n'est pas théorique, mais que c'est bien au contraire dans le temps et l'espace réel de la vie que la Torah doit s'accomplir.


Re: LE LIVRE DE RUTH ( meguilat Ruth )
30 avril 2010, 12:46
Le livre de Ruth est un livre de la Bible hébraïque, classé parmi les livres historiques de l'Ancien Testament , et parmi les livres des Ketouvim (Ecrits) dans la tradition juive.

L'histoire de Ruth se déroule à l'époque où les Juges dirigaient le peuple d'Israël. Il s'agit de montrer comment une femme étrangère est non seulement entrée dans le peuple d'Israël mais est devenue l'ancêtre du Roi David. Le récit met l'accent sur la loyauté exemplaire de la Moabite Ruth, vis-à-vis de sa belle-famille .


Re: LE LIVRE DE RUTH ( meguilat Ruth )
30 avril 2010, 12:49
Le chapitre 1 décrit la vie d'Élimélec et de sa famille en Moab. Après la mort de son époux, Ruth se rend avec sa belle-mère Noémi à Bethléhem. Le chapitre 2 montre Ruth glanant dans les champs de Boaz. Au chapitre 3 Noémi dit à Ruth de se rendre à l'aire de vannage et de se coucher aux pieds de Boaz. Le chapitre 4 est l'histoire du mariage de Ruth et de Boaz. Ils eurent un fils, Obed, de la lignée duquel sortirent David.

Re: LE LIVRE DE RUTH ( meguilat Ruth )
30 avril 2010, 13:09
Ruth est une princesse moabite qui s'est convertie au judaïsme au 10ème siècle avant l'Ere ordinaire. Quel rapport a donc son histoire avec les évènements qui se sont déroulés au Mont Sinaï plus de 300 ans auparavant ?

Pourquoi lisons-nous le Livre de Ruth - l'histoire d'une femme moabite qui s'est convertie au judaïsme et a fini par épouser Boaz, juge d'Israël - à Chavouoth, fête où nous célébrons le Don de la Torah au Mont Sinaï ?

Les commentateurs suggèrent deux approches pour expliquer cette coutume :
Ruth représente un modèle d'acceptation de la Torah. Sans elle l'histoire juive n'aurait pas de continuité.

Toutes deux sont surprenantes, comme nous allons le voir en les étudiant une par une.

A première vue, la première approche semble très directe: Chavouoth commémore l'acceptation de la Torah par le peuple juif, et le Livre de Ruth décrit l'acceptation de la Torah par un individu isolé au moyen de la conversion.

Dans la mesure où nous étions tous des convertis au Mont Sinaï, l'expérience de Ruth vient nous rappeler que nous sommes juifs uniquement grâce à notre acceptation de la Torah. Le judaïsme n'est pas une caractéristique raciale et n'est automatique pour personne ; il se fonde à la base sur la conversion et l'acceptation de la Torah, même pour les enfants d'Abraham.

Ruth n'était pas une convertie ordinaire. Son nom nous apporte une indication sur sa véritable essence. En hébreu, le nom " Ruth " est composé des lettres resh, vav, tav, qui s'additionnent et donnent en valeur numérique le nombre 606.

Tous les êtres humains ont l'obligation de respecter les 7 lois noachides - ainsi nommées parce qu'elles furent données après le déluge - de même que Ruth l'avait dès sa naissance, en tant que moabite. Si vous ajoutez ces 7 commandements à la valeur de son nom, vous obtiendrez 613, le nombre de commandements de la Torah.

L'essence de Ruth, son énergie vitale, fut cette découverte et cette acceptation des 606 commandements qui lui manquaient.


Re: LE LIVRE DE RUTH ( meguilat Ruth )
30 avril 2010, 13:12
Ce qui fait de Ruth, la personne en quête de Torah par excellence, que l'on dresse devant nous comme le modèle éclatant de la bonne façon d'accepter la Torah. Si nous pouvions apprendre à lui ressembler dans notre acceptation personnelle de la Torah (l'acte du Service divin qui est l'essence même de Chavouoth), nous réussirions à absorber l'intégralité de l'élévation spirituelle que D.ieu nous offre à Chavouoth (Voir le commentaire du Gaon de Vilna sur le Livre de Ruth).

Alors que cette approche semble très évidente de prime abord, après un examen plus approfondi, nous découvrons qu'elle présente en fait une difficulté majeure. Chaque personne qui lit l'histoire de Ruth est immédiatement frappée par la force de son dévouement pour sa belle-mère, Naomi. Ce célèbre passage duquel le Talmud déduit de nombreuses lois de conversion (Yevamot 47b), exprime le refus obstiné de Ruth de se séparer de Naomi, dans les termes les plus forts.

Mais Ruth dit : 'N'insiste pas auprès de moi pour que je te quitte et que je m'en retourne sans te suivre, car là où tu iras, j'irai ; là où tu demeureras, je demeurerai ; ton peuple sera mon peuple et ton D.ieu sera mon D.ieu. Là où tu mourras, je veux mourir aussi et y être enterrée, que l'Eternel m'en fasse autant et plus, si toute autre chose que la mort me séparait de toi.'

Un tel amour et un tel souci pour le devenir d'une autre personne sont des qualités absolument admirables, mais qui ne sont aucunement liées à la foi en D.ieu et en Sa Torah. Celle qui est considérée comme le modèle parfait sur lequel nous devons calquer notre propre acceptation de la Torah, ne devrait-elle pas être essentiellement motivée par sa foi et son idéalisme, plutôt que par son attachement à une personne particulière, ou même d'ailleurs à un peuple tout entier ?




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Re: LE LIVRE DE RUTH ( meguilat Ruth )
30 avril 2010, 13:19
Le moment crucial est arrivé lorsque la belle-mère de Ruth, qui était pour elle le seul lien qui lui restait avec l'Eternel, décida de retourner en Israël. Ruth eut alors à choisir entre sa famille, son peuple, sa culture, sa religion, ses traditions, …, bref tout ce qu'elle avait été, et le vrai Dieu. Jusque là Ruth vivait dans son pays et n'avait pas eu à faire réellement le choix, mais cette fois, une décision liée à un renoncement important s'imposait. Ruth n'a pas hésité un seul instant pour choisir immédiatement le fidélité au Dieu d'Israël et le renoncement à tout ce qu'elle avait pu être auparavant. Il convient de noter qu'elle eut même à s'imposer auprès de sa belle-mère qui l'incitait à faire le choix inverse, ce qui montre d'ailleurs que celle-ci n'avait strictement rien compris à ce qui se passait.

Ruth avait été prédestinée par Dieu, et a répondu oui, sans hésiter, sans même avoir la moindre idée du destin glorieux que l'Eternel lui avait réservé, mais simplement parce qu'elle avait un cœur ouvert, qui savait où était le chemin, la vérité et la vie. Le reste du livre de Ruth nous montre la réalisation du plan de Dieu dans la vie de cette femme.


Re: LE LIVRE DE RUTH ( meguilat Ruth )
30 avril 2010, 13:22
Dans de nombreuses synagogues, le Livre de Ruth est lu le second jour de Chavouot. Il y a plusieurs raisons à cette coutume :

1. Chavouot marque à la fois l’anniversaire de la naissance et de la mort du roi David et le Livre de Ruth retrace sa généalogie. Ruth et son mari Boaz furent les aïeux de David.

2. Les scènes de récoltes décrites dans le Livre de Ruth sont liées avec la fête de Chavouot appelée aussi « la fête de la moisson ».

3. Ruth fut une convertie sincère qui embrassa le Judaïsme de tout son cœur. Lors du premier Chavouot, tous les Juifs devinrent des « convertis » lorsqu’ils acceptèrent la Torah et tous ses préceptes.


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