Bonjour,
Sauf erreur, je n'ai pas vu sur Dafina.net de rubrique sur la littérature, sous toutes ses formes (histoires, mémoires, fiction, académique ou autres) concernant la vie juive au Maroc et les suites de notre "exode". Bien sûr, il est fait état de tel livre dans une rubrique "au hasard", par exemple YAHSRA, qui serait assez bien adaptée vu la nostalgie qu'exprime le mot. Mais pourquoi pas, vu le nombre de parutions, une rubrique dédiée? Nous verrons si l'idée est bonne et si les uns et les autres l'adopteront.. C'est donc un pari auquel tous et toutes devront participer en signalant les livres qu'ils auront lus ou écrits sur ces sujets qui nous tiennent à coeur car le temps des anciens se fait de plus en plus court et il est temps de continuer à transmettre...C'est même urgent.
Je me souviens d'un sujet de philo au bac de 1962 à Paris (j'étais en France depuis trois ans seulement) dont le sujet était: "D'abord continuer, ensuite commencer". D'une certaine façon, c'est notre programme aujourd'hui ou, comme on dit parfois, notre ardente obligation, continuer à transmettre, cette fois par le livre en complément de nos forums sur ceci et cela, les photos, l'école, les fêtes, la religion, les saints, nos relations avec nos compatriotes musulmans, et celles que nous avions avec nos voisins chrétiens, en classe, en sports, en voisinage, en amitiés, dans la joie et dans la mort etc..,
Toute littérature sera bonne dans cette optique... en espérant qu'elle sera... bonne, et on sait bien que le travail des autres est toujours bon et respectable s'il y mettent leur coeur.
Qu'on me permette donc d'ouvrir , sans cuistrerie, cette rubrique par "K'PARA!K'PARA!, Un testament marocain", puisque tel est le titre de mon livre , qui vient de paraîre en France, fin d'année 2024, aux éditions Z4Éditions (facile à trouver: taper ce nom d'éditeur ou le nom de votre serviteur ou le titre de l'ouvrage).
Pourquoi ce titre qui nous parle tant et qui fait l'objet dune belle préface de Jonas Sibony, linguiste (hébreu, arabe et arabe judéo-marocain)?
Les mots parlent d'eux-mêmes: c'étaient nous mères, nos soeurs, cousines, tantes... qui nous appelaient ainsi et s'offraient en objet de "sacrifice" pour nous. C'était une parole d'amour, de vrai amour, un mot pas usé ni ordinaire dans leur bouche. Et le livre est, implicitement comme expressément dédié à "nos femmes" dans ce monde qui fut. Elles sont dans les chapitres qui leur sont consacrés comme, en filigrane et en permanence, dans tous les autres chapitres car elles étaient la colonne vertébrale de notre société. Qu'on pense seulement au déroulement de nos semaines, à la constance de leur présence et de leurs préoccupations pour nous, leurs enfants, à leur labeur inlassable (les 35 heures elles les faisaient toutes les 24 heures sans aucune protection syndicale) pour nous nourrir (travail à plein temps), nous tenir propres, nous habiller, nous éduquer et enfin, mais c'était déjà fait dans ces activités et compris dans le "deal", nous aimer inconditionnellement...
Le livre, qui est aussi un "livre de famille" comme il y en a tant (j'espère) et qui me fut demandé par les jeunes pousses de ma propre famille ("Dis, comment c'était? Et une telle, c'est vraiment notre cousine ou une amie ? Et puis ceci et puis cela?). Alors je me suis dit que le temps se fait court, que mes anciens étaient "partis" terriblele expression", les uns après les autres, au Maroc, en France, en Israël, au Canada, aux États-Unis et que je ne savait plus vers qui me tourner...C'était le moment, la retraite professionnelle venue, de penser au plus important :"d'abord continuer"
Alors tout est venu, revenu (pas tout, mais enfin...) de quoi remlpir 51 chapitres et 470 pages, que l'on peut, heureusement et par miracle, lire dans le désordre. Après on a envie de recommencer dans l'ordre, j'en ai fait l'expérience comme simple lecteur et j'en ai été ému ( normal, c'étaient les miens, avec les noms réels, et mes voisins, même traitement, mes amis de classe, de toutes origines et religions...) et j'ai ri aussi.
C'est toujours une joie et une tristesse de penser à tout ça et d'être parfois réveillé, interpellé, comme par ce mitron arbe qui est venu vers moi devant ce qui fut ma maison à Rabat en me demandant d'un doigt impératif: ould'mn? Fils de qui? Qui sont tes parents? Et là, il m'a dit les noms de toutes les familles de l'immeuble, avec les noms des enfants, garçons, filles, en me montrant les étages...J'ai cru que j'allais défaillir...Il m'a expliqué: Ana terrah! Je suis le mitron du four arabe! Et je ne vous ai pas oubliés... C'était lui, à 15 ans ans, qui venait en vélo et pieds nus chercher notre pain de chabbat et notre dafina pour les porter sur sa tête au four de Rhhali au Mellah. Lui ne voulait pas nous oublier et nous on oublierait? Alors il a son chapitre, (Olud'mn?) modeste monument de reconnaissance et d'affection pour lui et ceux comme lui...
Il y a aussi notre histoire très ancienne, antérieure aux Romains et bien sûr à la conquête arabe, à nos relations réciproques, complexes, affections, peurs, amitiés, et parfois défiances réciproques. Au fond, malgré le temps passé ensemble, je m'aperçois qu'on ne se connait pas assez...jamais assez. Le livre réfléchit à tout cela et essaie d'y voir un peu plus clair, mais c'est difficile, les hommes.
En fin de livre , il y a une table de REPÈRES. Ce n'est pas le lieu ni l'intention de l'auteur de raconter le contenu. Il y faudrait ...tout le livre... Alors c'est idiot.
En tous cas, ce livre a été fait pour nous, nos anciens, nos femmes, les coups durs de l'Histoire... et ce peuple marocain dont nous faisons toujours partie. C'est mon opinion et, je l'espère, celle de la plupart d'entre nous. Et on verra que le livre n'embellit rien et n'est pas naïf. Il a un chapitre sur la "dhimma" et tout le reste, le nationalisme parfois hostile... Mais on ne jette pas le bébé avec l'eau du bain... et c'est un beau bébé!
Dieu le bénisse!
Marcel AZENCOT