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Je suis juif et j’entretiens une relation amoureuse avec une musulmane

Je suis juif et j’entretiens une relation amoureuse avec une musulmane

La Dépêche.ma

 

Les religions, la loi et la société sont souvent d’accord pour rejeter les mariages interconfessionnels. Ils sont pourtant quelques uns à briser ce tabou et choisir de vivre l’amour envers et contre tous. Pour La Dépêche.ma, Joseph*, un juif de 50 ans amoureux de Dounia*, une musulmane pas encore trentenaire, se confie.

Je n’avais jamais pensé que je serais un jour en couple avec une musulmane, ça ne m’était d’ailleurs jamais arrivé avant que je rencontre Dounia, il y a de cela un an.

Jusqu’à maintenant tout se passe bien entre nous… Mais on ne sait toujours pas comment officialiser notre relation. On en parle parfois mais il me semble encore un peu précoce de vouloir résoudre ce dilemme car chacun aura à faire un choix difficile.

Au début, quand je suis sorti avec elle, elle ignorait que j’étais juif.

Cette situation a duré un mois. Je n’avais pas essayé de le lui cacher mais elle ne m’avait jamais demandé de quelle confession j’étais. Elle l’a donc découvert par hasard en voyant des photos de moi avec la Kippa et en Israël.

Nous n’avons pas développé le sujet sur le coup. Elle m’a juste demandé: “Tu es juif ?”. J’ai répondu “oui”, elle a souri et on est passé à autre chose.

On ne se cache pas, mais on préserve notre relation

Entre nous, ça va… On s’accepte mutuellement et nos deux religions n’interfèrent pas dans notre vie de tous les jours. Les gens autour de nous semblent être compréhensifs et ouverts.

Nos amis juifs ou musulmans acceptent volontiers notre relation et j’ai l’impression qu’ils attendent de voir ce que ça va donner.

 Autrement, pour les autres personnes moins proches, certains ne le savent pas et ceux qui le savent ne parviennent pas à exprimer leur avis qui nous intéresse d’ailleurs assez peu.

Notre quotidien est plutôt simple, on ne se montre pas spécialement. On ne choisit pas de se cacher mais on a depuis le début instauré une routine de vie qui compte peu de personnes autour de nous et qui n’engage véritablement que nous-mêmes.

Ça nous évite généralement les frictions qui peuvent mener à des jugements non fondés et énervants.

Attirés par l’inaccessible ?

Je suis juif pratiquant, et elle, musulmane pratiquante. On ne se considère pas comme des grands religieux mais on fait les grandes fêtes et on reconnaît chacun de son côté son appartenance à la religion concernée.

Pour moi, ce sont deux religions qui se ressemblent beaucoup. A part les rites et les fêtes qui sont différents, les principes se rapprochent énormément.

En tout cas, moi, je me sens très proche de l’Islam. Je pense que c’est une religion magnifique et qu’elle porte des valeurs exemplaires.

Je pense même que si je n’étais pas juif, je me serais converti à l’Islam sans problème. Sauf que je suis juif,

j’adore ma religion, je la respecte et elle ne m’empêche pas d’être ouvert aux autres religions.

D’ailleurs, avec Dounia on se sent assez proches culturellement et j’adore ça. On parle français et un “chwia” de Darija aussi. On se comprend plutôt bien je trouve, et nos limites sont définies par nos religions et ça c’est important.

Un mariage ? Elle risque d’être abandonnée par les siens

Nos familles ne savent rien de notre relation jusqu’à présent. La mienne ne pose pas problème. Vu mon âge, je décide pour moi-même et je n’ai pas besoin de l’accord de quelqu’un pour choisir la personne avec qui je veux m’engager.

Mais pour elle, quand j’en parle à des amis musulmans, ils me disent que c’est très compliqué. Si elle décide de franchir le pas, elle perdrait toute sa famille.

Au Maroc, il est difficile, voire impossible de se marier sans que l’un de nous choisisse de délaisser sa religion et d’adopter celle de l’autre.

Ce genre de mariage n’est pas pris en charge par la loi marocaine.

Moi personnellement, je ne vois pas pourquoi je le ferais, et je n’ai pas envie de le faire.

Ceci dit, je ne l’obligerai jamais à se convertir, parce que la foi reste le moteur essentiel pour prendre ce genre de décisions. Mais si le choix s’avère obligatoire, je préfère que ce soit elle qui le fasse. Je peux aussi bien décider de camoufler un peu ma religion en me convertissant juste pour respecter la légalité et réaliser mon mariage au Maroc, comme on peut choisir d’aller se marier dans un autre pays et laisser toute la paperasse administrative derrière nous.

 

Que dit la loi?

Mais quel que soit notre choix, elle serait sans doute rejetée par son entourage, et pour moi ce serait plus pesant de devoir gérer le fait qu’elle abandonne toute sa vie pour moi, la responsabilité serait certainement lourde à supporter, et si ça craque entre nous, elle se retrouverait seule.

On dira alors : " Elle est partie avec son juif, elle n’a qu’à assumer le déroulement des choses. " C’est une chose que je ne pourrais pas supporter...

Je connais un autre couple judéo-musulman marocain qui a fini par se marier ici, mais les choses ont évolué de manière étrange.

L’homme a commencé par se convertir pour réaliser l’acte de mariage au Maroc, mais ils ont fini par s’installer en Israël et la femme s’est convertie à son tour pour fonder une famille à 100% juive.

 

La religion, un choix et non une obligation

Dans notre religion, un homme juif ne peut pas se marier avec une femme d’une autre confession puisque les enfants doivent adopter la religion de la mère.

 

Que dit la Torah?

Tandis que, pour les musulmans, c’est l’inverse: la femme n’a pas le droit de se marier avec un homme d’une autre religion du livre parce que c’est la confession du père qui détermine celle des enfants.

 

Que dit le Coran?

Moi, je ne suis pas d’accord avec ça. J’aimerais que mes enfants soient juifs mais par conviction, je ne veux pas les obliger à suivre ma voix ou celle de leur maman.

J’ai une fille de 8 ans d’une mère athée, j’essaie de l’initier à la religion doucement, mais je ne l’obligerai pas à suivre mon exemple. Elle a le droit de décider pour elle et d’adopter ce qui lui permettra de se sentir bien et d’être en paix avec elle même et avec les autres.

Quand le conflit en Palestine interfère

Franchement, on discute très rarement du conflit israélo-palestinien. Elle n’est pas vraiment impliquée dans la politique et n’en comprend pas forcément tous les enjeux. Elle préfère ne pas faire comme la majorité des gens et parler de choses qu’elle ignore.

Je ne suis pas pro-israélien mais je soutiens mon deuxième pays, que je visite assez souvent, une fois tous les deux ans au minimum, et elle le sait.

J’essaie de ne pas débattre avec des musulmans à ce sujet, mais il est évident que je prendrai le camp des miens si cela s’impose.

En même temps, de manière générale, il faudrait arrêter de confondre religion et politique. Moi, je me sens bien au Maroc comme en Israël et je vis avec une arabe musulmane, rien ne bloque les choses pour moi parce que j’ai appris à gérer les différentes situations en faisant usage de ma raison et en essayant de me montrer sage.

 

Les stéréotypes ne me freinent pas et je ferai toujours en sorte de faire ce qui me paraît bien en respectant mes limites, mes volontés et celles de l’autre.

 

Avec Dounia, j’ignore comment on va s’y prendre, mais peu importe ce que l’on décidera, elle fera ce qu’elle veut et aura la liberté de choisir ce qui lui convient le mieux.

 

*Les prénoms ont été modifiés

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