Share |

Le Sens De L'ame Dans La Tradition De La Qabalah

Le Sens De L'âme Dans La Tradition De La Qabalah

Par Albert SOUED 

Préambule

Dans le récit de la Bible jusqu'aux derniers prophètes, il n'y a pas de vie après la mort. Le corps est enterré et ses éléments partent en poussière dans le Shéol, espace inconnu, inquiétant, négatif mais aussi "questionnement" (shaal). L'âme fait partie intégrante du corps et disparaît avec lui. Elle a été donnée, insufflée par Dieu dans les narines pour animer le corps, lui donner vie. Elle doit lui être rendue ou elle est reprise à la fin de chaque parcours individuel sur terre. L'âme remonte ainsi à son origine et cesse alors d'exister. 
Les versets de l'Ecclésiaste 12/7 et de Job 7/7-9 résument ce point de vue.

Ecclésiaste 12/7: "Que la poussière retourne à la poussière, redevenant ce qu'elle était, et que l'esprit remonte à Dieu qui l'a donné".

Job 7/7-9: "Souviens-toi ô Dieu, que ma vie est un souffle: mon œil ne verra plus le bonheur…La nuée se dissipe et disparaît: ainsi celui qui descend au Shéol n'en remonte plus".

Il y a deux exceptions à cette proposition, H'énokh et Elie (Elyahou), qui sont "emportés" au Ciel, avant l'heure et qui deviennent des anges. 
Puis le livre de Job pose une question judicieuse "Pourquoi le Juste est-il châtié?", avec deux sous-entendus: "Qui gouverne l'univers, Satan ou Dieu?" 
et "Puisqu'il n'y a pas de justice ici-bas, elle doit néanmoins exister quelque part et à un moment donné".

Après les premiers cataclysmes que sont la perte du royaume de Samarie et la disparition des dix tribus d'Israël, puis la perte de la Judée avec la destruction du Temple de Jérusalem et l'exil des élites à Babylone, le questionnement de la population s'est amplifié. Les maîtres devaient trouver une réponse à la question posée par Job. A cette époque, on considérait que le divin raccourcissait ou allongeait la vie d'un individu en fonction de ses actes. Sous l'influence des pensées orientales, chaldéenne et perse, la résurrection des corps et l'idée d'un châtiment ou d'une récompense des individus a trouvé sa place dans les derniers écrits de la Bible: avec Daniel 12/1&2 (-165) surtout, puis avec la vision d'Ezéchiel 37/11 à 14 et les propos d'Isaïe dans 25/8 et 26/19.

Daniel 12/1&2: "…En ce temps là, la délivrance viendra pour ton peuple, pour tous ceux qui se trouvent inscrits dans le livre. Beaucoup de ceux qui dorment dans la poussière du sol se réveilleront, les uns pour une vie éternelle, les autres pour être un objet d'ignominie et d'horreur éternelle".

Ezéchiel 37/11 à 14: "Alors il me dit: "Fils de l'homme, ces ossements, c'est toute la maison d'Israël. Ceux-ci disent: "Nos os sont desséchés, notre espoir est perdu, c'est fait de nous!" Eh bien! Prophétise et dis-leur: "ainsi parle le Seigneur Dieu, voici que je rouvre vos tombeaux, et je vous ferai remonter de vos tombeaux, ô mon peuple! Et je vous ramènerai au pays d'Israël. Et vous reconnaîtrez que je suis l'Eternel, quand j'aurai ouvert vos tombeaux et quand je vous aurai fait remonter de vos tombeaux, ô mon peuple! Je mettrai mon esprit en vous et vous serez vivifiés, et je vous assoirai sur votre sol, et vous reconnaîtrez que je suis l'Eternel qui ai parlé et qui exécute", dit l'Eternel".

Isaïe 25/8: "A jamais il anéantira la mort, et ainsi le Dieu Eternel fera sécher les larmes sur tout visage et fera disparaître de toute la terre l'opprobre de son peuple: c'est l'Eternel qui a parlé".

Isaïe 26/19: "Puissent donc les morts revenir à la vie et les cadavres des miens ressusciter! Réveillez-vous et entonnez des cantiques, vous qui dormez dans la poussière! Oui, pareille à la rosée du matin est ta rosée: grâce à elle, la terre laisse échapper ses ombres".

Mais s'agit-il d'une vraie résurrection ou seulement d'une image suggérant le réveil d'un peuple, la délivrance de la souffrance?

Sous l'influence d'autres traditions, notamment grecque, et à la suite à une période de plusieurs siècles, période confuse sur les plans politique et spirituel, période qui a précédé la naissance du christianisme et qui a coûté au Judaïsme la perte d'un million d'âmes, la perte de la patrie et du Temple, l'esclavage et l'exil …, le judéen ne pouvait plus attendre que la justice lui soit rendue à la fin des temps, lors de la résurrection des corps. Il fallait que l'âme soit jugée rapidement, après la mort. D'où l'évolution du Judaïsme vers une sorte de séparation de l'âme par rapport au corps et de sa résurrection aussitôt après la mort. C'est la thèse adoptée par les Pharisiens, principale pomme de discorde avec les Sadducéens, et ensuite par les Esséniens. Les Sadducéens ne croyaient à aucune résurrection. Les Pharisiens croyaient aussi bien à la résurrection de l'âme qu'à celle des corps. Les sectes esséniennes ne croyaient qu'à la résurrection de l'âme.

Cette théorie de l'évolution de l'âme se concrétise aussi bien dans la liturgie que dans le Talmud.

Progressivement dans le temps, les deux théories de la résurrection des corps, qui concerne l'humanité dans son ensemble, et de celle de l'âme, qui concerne l'individu pris isolément, se sont rejointes avec celle de la révolution des âmes, pour former un ensemble apparemment cohérent.

A la fois sous les influences orientale (Egypte, Perse, Inde) et occidentale (gnostiques grecs et cathares), du 2ème siècle (allusions dans le Talmud à Kétoubot 111a/b) jusqu'au 16 ème siècle ("La révolution des âmes" de Louria), la Tradition juive de l'exil s'imprègne lentement de ces mouvements de plus en plus laborieux de l'âme, après la mort. Le premier document qui en parle dans certains passages est le Bahir (Provence 12ème siècle), puis le Zohar (13ème siècle) l'a repris et puis tous les Qabalistes du Moyen âge. Mais la théorie fut rejetée par Saadia Gaon et par les Qaraïtes, dont la seule référence est le texte de la Bible.

Après les malheurs de l'Exil et les expulsions successives des pays d'Europe occidentale, le judaïsme ne voyait plus d'issue réaliste et tangible à ses souffrances. Il s'est accroché à la croyance dans une transmigration des âmes et dans un Messie de plus en plus eschatologique. Ces deux théories ont alors pris une ampleur démesurée qui frôle parfois l'extravagance. Dans le Zohar, qui est le reflet de la Tradition juive ésotérique depuis au moins Shiméon Bar Yoh'ay (1er siècle), il n'est question que de réincarnation dans un autre être humain et seulement dans deux circonstances précises, qu'on verra plus loin. Avec Louria et les visionnaires qui l'ont suivi, la réincarnation s'est étendue à tout élément de la Création, aux anges, aux animaux, aux végétaux et aux minéraux, à tous les êtres humains et en toute circonstance, sans limitation de durée. Cette théorie devient l'explication rationnelle de l'injustice dans le monde et donne une chance à tout individu de s'amender et de s'améliorer au bout d'un certain nombre de révolutions. Ainsi par exemple, on pourrait croire que les justes n'aient pas besoin de transmigrer. En fait, ils transmigrent plus que les autres, mille fois ou même indéfiniment, pour apporter leur connaissance et leur soutien à toute l'humanité !

Définitions

D'après la tradition biblique, l'être humain est composite, à la fois terrestre et céleste. Son vêtement terrestre, ou corps, est constitué de poussière provenant des quatre coins de l'univers et son fondement céleste est insufflé par le divin. Quand il quitte ce monde-ci, son vêtement et son fondement sont jugés ensemble, car ils constituent une seule entité. A la résurrection des corps grâce à la rosée divine, l'âme revient à son corps pour reconstituer l'entité initiale.

Mais l'âme a diverses colorations ou nuances qu'on peut définir ainsi.

"Néfesh" est l'âme végétative de base, celle qui donne le "branle" au corps de poussière. Elle est donnée d'abord aux animaux. Dans Genèse 1/20, on parle de "néfesh h'ayah" ou insufflation de la vie animale. Néfesh est souvent assimilée au sang.

"Rouah'" est l'âme de l'esprit, le souffle venant du divin. Dans Genèse 1/2, on parle de "rouah' élohim mérah'éfet", le souffle divin qui plane sur l'univers non encore formé. En fait, il apparaît clairement ici que l'âme est divine et l'être humain, s'il possède l'âme dite "rouah'", c'est qu'il est créé à l'image de Dieu. Rouah' aurait tendance à voleter et à souffler comme le vent.

"Néshamah" est le souffle ou la brise d'en Haut. Il faut se référer à Genèse 2/7 où on parle de "nishmat h'ayim", le souffle des deux vies, laissant entendre qu'il y a une autre vie ailleurs. Cet aspect de l'âme est celui qui rapproche le plus l'homme de son créateur et facilite le passage vers le monde intermédiaire. Néshamah est la brise odoriférante de l'aube qui caractérise le côté "lumineux" ou "numineux" de l'être.

Les trois aspects de l'âme ne sont que des "couleurs" donnant à l'être humain créé son identité et sa spécificité, l'âme étant une et indivisible. En fait, il y a des liens étroits entre ces trois nuances. Néfesh supporte et nourrit le corps, comme une mère porte son bébé: elle constitue un piédestal, un trône sur lequel s'appuie rouah', l'esprit inférieur, qui, lui-même, reçoit l'esprit supérieur néshamah. Inversement si néshamah qui est destinée à briller et à resplendir au Paradis, n'y parvient pas, rouah' reste terne et ne peut animer sa base, qui à son tour, erre sans but.

Le jugement divin, sanction ou rétribution, ne concerne que les deux aspects inférieurs de l'âme, nefesh et rouah'. A la mort, néshamah rejoint sa demeure d'origine, mais ne commence à briller que lorsque les autres aspects ont terminé leur parcours, migration, purification ou châtiment…

Ces trois aspects de l'âme trouvent leur image à travers les attributs divins (séfirot) rassemblés sur l'Arbre de Vie. Néfesh se situe dans le Royaume ou malkhout qui est le monde actuel (o'lam hazé), rouah' dans l'attribut central Beauté ou tifeéret qui est le cœur du monde intermédiaire, néshamah est dans l'attribut du Discernement ou binah, qui est le monde à venir (o'lam haba).

Il y a deux autres niveaux supérieurs de l'âme qui sont attachés à des attributs supérieurs et qui ne prennent leur coloration qu'après la mort: "h'ayah", la vivante, appartient à la Sagesse ou h'okhmah et "yéh'idah", l'âme unitaire, qui est déjà dans Couronne ou kéter, antichambre du monde divin.

Ces nuances de l'âme sont parallèles aux catégories d'anges qui surgissent dans la vision d'Ezéchiel (chap 1): les roues ou "galgalim" en bas, les créatures saintes ou "haïot haqodesh" au centre, les archanges qui se déploient autour du "Trône de Gloire", vers le haut.

Métempsychose, transmigration et réincarnation sont des termes semblables pour signifier qu'une âme qui a déjà fait une vie dans un corps passe à un autre corps pour recommencer. 
Métempsychose est le terme savant, transmigration est le terme courant, réincarnation est le mot populaire et magique qui étend des notions liées à la spiritualité, particulières et élitistes, à tout et à n'importe quoi.

Douze principes de base ressortant du Zohar

1. L'âme de tous les êtres humains est unique et vient de l'Adam Primordial ou Adam Qadmon (le monde qui précède l'émanation), appelé aussi plérôme divin. Après la transgression d'Adam, elle s'est divisée en une myriade de racines et d'étincelles. L'ensemble reviendra à sa source in fine.
2. L'homme est créé à l'image du divin et il est l'objectif de la création, puisque c'est par lui et par son âme que la transgression d'Adam sera réparée et que l'âme de l'Adam primordial sera reconstituée.
3. L'âme naît androgyne puis se sépare en ses deux aspects masculin et féminin, avant de s'incarner.
4. L'âme a différents aspects qui grandissent avec le corps. Le perfectionnement de l'âme n'a lieu que dans ce monde-ci.
5. Le corps est une enveloppe ou une coquille de l'âme qu'il faut briser pour libérer l'âme. Le vêtement céleste qu'il reçoit est à l'image de son enveloppe terrestre. L'homme juste ou l'homme repenti quitte son vêtement terrestre (matière) pour se revêtir de son vêtement céleste (lumière) et il est accompagné par les anges jusqu'à sa demeure au Gan E'den. L'homme non repenti part et reste nu, accompagné par les démons jusqu'au "purgatoire", appelé géhenne.
6. Il y a coïncidence entre le monde des âmes et celui des anges. Ainsi l'âme d'un Juste peut être assimilée à un ange. Selon le niveau de droiture et de pureté atteint par le Juste dans ce monde-ci, son âme accède à une catégorie d'anges plus ou moins élevée dans le monde intermédiaire. Le Juste devient ainsi un ange messager auprès des êtres humains. De même, l'âme d'un être voué au mal, sans repentir ni intention de le faire dans ce monde-ci, devient un esprit "malin" appartenant aux "écorces" de l'au-delà (ou qlipot) qui erre dans l'univers pour nuire.
7. La métempsychose est un châtiment lié principalement au fait de ne pas procréer et elle offre l'occasion d'une réparation ou rédemption. Elle concerne également les âmes sœurs qui n'ont pu se retrouver, dans une première vie. Elle offre ainsi l'opportunité d'une rencontre et d'un accomplissement.
8. La femme n'est pas responsable de ne pas procréer et ne subit la métempsychose que si elle n'a pas trouvé d'âme sœur lors de sa première vie.
9. La géhenne est un châtiment plus sévère qui est assimilé à l'Autre Côté, où sévissent Satan et les démons, pour punir l'âme de ses transgressions importantes. On purge une peine maximale de douze mois dans la géhenne. Mais le châtiment le plus grave reste la disparition de l'âme au Shéol quand on refuse de se repentir. L'âme est dite retranchée ou "kharet".
Sur le plan sémiologique, "géhinam" est un mouvement vers le sommeil des facultés de discernement du bien, une pulsion vers l'obscurcissement des possibilités de faire le bien, un penchant au mal, contrairement à Gan E'den (jardin d'Eden) qui est un mouvement vers la lumière et la connaissance du bien. Ainsi, dans son parcours dans ce monde-ci, l'âme attachée à l'Autre Côté, si elle ne s'est pas repentie, lui reste attachée après la mort. Son châtiment est de ne pas pouvoir jouir de la lumière de Gan E'den.
10. Les temps messianiques ne pourront survenir que si le Réservoir des âmes, ou l'Adam Primordial ou le plérôme divin, est vidé de son contenu. Après son (ou ses) parcours terrestres, après sa purification par "la rivière de feu ou de lumière" et après son passage éventuel par la géhenne l'âme est destinée à briller près du Trône de Gloire, en attendant la résurrection, ou à disparaître (kharet) en cas de non-repentir.
11. Aux temps messianiques, seuls les Justes ressusciteront. Au Jugement dernier, qui inaugure la fin des temps et le monde à venir, tous les corps ressusciteront et les âmes seront jugées définitivement avant de rejoindre leur corps initial. Si plusieurs corps ont partagé la même âme, seul le corps qui a procréé se relève, les autres corps restant poussière.
12. Le Monde à venir (o'lam haba) est un monde de paix et de tranquillité éternelle où toutes les âmes jouiront du spectacle de la splendeur divine. Le Monde à venir suit, ou se confond avec les temps messianiques et le Jugement dernier.

L'âme est unique

Toutes les âmes de l'univers sont "une" sur le plan mystique et proviennent de l'Adam primordial (Rivière céleste, Résevoir des âmes…). L'âme d'Adam vient du Temple d'en Haut.

L'âme est prédestinée

L'âme naît dans la Rivière céleste et elle est stockée dans le "Réservoir" (gouph), appartenant au 7ème ciel (a'rabot). Dans la littérature des Palais (Hékhalot), les âmes ont pour demeure un rideau céleste qui sépare le Trône de Gloire des mondes créés, appelé "pargod" (cf pare Dieu, ou pare feu). Elles y naissent et y reviennent après leur parcours; leur histoire et leur destin y sont tissés.

L'âme attend le corps auquel elle est assignée, car elle est prédestinée.

Parfois elle se rebiffe et descend sans son gré, notamment quand elle sait qu'elle sera souillée dans le corps assigné. Avant de descendre l'âme passe nue devant le Créateur, à travers la "chambre d'amour" et jure devant lui de réaliser sa mission sur terre et d'atteindre les mystères de la Connaissance et de la Foi.

Les âmes "neuves" descendent de l'Arbre de Vie, le shabat, les jours de fêtes et les néoménies, puis elles remontent. Elles donnent ainsi "un supplément d'âme" aux êtres créés sur terre, lors de ces journées.

L'âme est androgyne

L'âme est créée androgyne. Quand elle quitte le Réservoir, l'âme circule pendant 33 jours avant de se fixer et elle est guidée successivement vers le "Gan E'den", où lui est montrée la lumière des Justes, et vers "Géhinam" où lui est montré le feu de la rigueur. Puis l'âme se sépare en ses deux aspects féminin et masculin, qui se fixent dans les corps désignés, dès la conception de l'embryon.

Chaque aspect de l'âme est assigné à un corps du même sexe; sinon il y a stérilité ou homosexualité de l'être créé.

Si un être est méritant, il va retrouver lors du mariage, sa contrepartie, masculine ou féminine dont il s'est séparé. Il y a alors une union parfaite des corps et de l'âme. Dans le cas contraire, il y a des divorces fréquents jusqu'à la rencontre des deux aspects de l'âme. Si cette rencontre ne se fait pas dans une vie, il y a transmigration des deux aspects de l'âme jusqu'à ce que la rencontre ait lieu. Il s'agit de la première circonstance de transmigration des âmes dans le Zohar, aussi bien pour l'homme que pour la femme.

Cette "non rencontre" dans une seule vie est le signe d'un accomplissement inachevé des êtres portant chacun un aspect de l'âme à reconstituer.

L'âme est une "perle"

L'âme est comparée à une "perle" qui est donnée au corps de l'être humain gratuitement. Il doit en faire un "bon usage" et l'élever progressivement, pour qu'à la fin de son parcours sur terre, cette âme puisse percevoir immédiatement les splendeurs et la lumière du Paradis d'en Haut d'où elle provient.

La circoncision facilite l'accès à l'aspect "rouah'" de l'âme, c'est à dire l'esprit, car elle arrache l'impureté qui a pu "coller" à l'âme pendant les 33 jours de descente. L'étude la libère totalement de la sphère d'impureté, pendant sa croissance.

Une fois dans le corps, l'âme reste dans un coin pendant 12/13 ans, car elle cherche son objectif pour se déployer. Ensuite elle prend une expansion, une vigueur et de l'énergie et grandit avec le corps. Elle a besoin de nourriture autant que le corps. On doit "nourrir" son âme.

L'âme qui a réalisé un parcours "sans faute" ici-bas est "archivée avec un nom", pour qu'elle puisse retrouver le corps auquel elle était attachée, au moment de la "résurrection des corps". Si pendant qu'elle était dans le corps, l'âme s'est repentie, au décès, elle quitte le vêtement terrestre (le corps) et elle reçoit un autre vêtement, un vêtement céleste "protecteur", à l'image du premier, et l'ange préposé Yéhoudiam l'accompagne à sa demeure du paradis où elle est archivée.

Si elle avait l'intention de se repentir, mais n'a pu le faire pendant son parcours terrestre, elle subit un séjour limité dans la géhenne. Sinon, elle est acheminée par les "anges de la destruction" jusqu'à la géhenne où elle accomplit le jugement qui lui aura été infligé, puis elle sombre dans le shéol.

Le feu de la géhenne est alimenté par les mauvaises actions, les pulsions et les passions de l'être humain.

Sommeil et extase, rêve et vision

La nuit, l'âme "nefesh" quitte le corps, laissant seulement son empreinte, qui permet au cœur de continuer à battre. Le sommeil est le 1/60ème de la mort comme le rêve est le 1/60ème de la prophétie. L'âme monte de niveau en niveau et rencontre des "essences" brillantes mais impures. Si pendant la journée, l'âme est restée pure, elle arrive à s'élever au-dessus de ces essences impures. Elle s'élève alors vers l'entrée des Palais et languit pour visiter le "sanctuaire du Roi", la demeure d'où elle vient, où elle est née.

Sinon, l'âme colle aux essences impures, et reste toute la nuit à leur niveau: ces essences lui montrent l'avenir, tout en mélangeant la réalité et les illusions.

Après avoir erré, l'âme "nefesh" retourne à sa place à la fin de la nuit. Le jour, dès l'aube, l'aspect "rouah'" prédomine.

Pendant le jour, pour un être pur et préparé, l'âme rouah' cherche à retrouver la demeure qui lui est destinée (gan E'den). Grâce à diverses stimulations qui facilitent cette randonnée, l'âme rouah' s'élève alors vers sa demeure et en route elle rencontre une série d'obstacles qu'elle ne peut franchir que si elle a reçu une préparation et un enseignement adéquat. Elle jouit alors de visions de clarté et de splendeur (et c'est le sens de l'esprit saint ou prophétique) et elle reçoit des informations concernant l'avenir des vivants. Après cette randonnée, l'âme revient dans son corps. Si elle n'est pas suffisamment pure ni préparée, l'âme peut errer indéfiniment hors de son corps jusqu'à la résurrection des corps. Elle peut aussi disparaître (kharet). On connaît le sort des quatre maîtres qui ont tenté de pénétrer dans le "pardes", le jardin ésotérique. Seul Rabbi Aqiva est sorti indemne de l'aventure extatique. Il existe une prière particulière qu'on récite avant de partir, qui implore l'Eternel de ramener l'âme à son corps, à l'issue du voyage.

Colère et impatience

Eloigne toi d'un homme dont l'âme est "dans les narines" car cet homme s'est attaché à l'impureté de l'Autre Côté, il est tombé dans "l'étrange adoration" et il est devenu esclave d'un dieu étranger.

Quand l'homme est impatient, notamment dans l'accouplement avec une femme, c'est comme s'il reproduisait la transgression d'Adam qui a coupé un fruit non mûr de l'Arbre de la connaissance du bien et du mal et qui a introduit le mal au Gan E'den. L'âme impatiente introduit les écorces dans ce monde et éloigne la Shékhinah, ou Présence divine.

Le Juste et le Repenti

D. éprouve le Juste et afflige son corps pour libérer son âme plus vite, afin qu'elle jouisse des splendeurs de sa demeure. Descendance, richesses et honneurs ne dépendent pas du mérite de l'être mais du sort appelé "mazal", notamment de l'état de la lune. La compensation des Justes est le "monde à venir", appelé "monde des consolations".

Selon ses mérites, son action et sa "durée" dans ce monde-ci, le Juste a une demeure plus ou moins proche du divin, dans le monde qui vient. Un Repenti aurait plus de mérite et trouve la porte ouverte et un accès direct à la Gloire du divin.

Le monde ne se maintient et ne se renouvelle que grâce au Juste qui en est le fondement. La mission du Juste est accomplie aux temps messianiques, ou au Jugement dernier, dans l'hypothèse où les temps messianiques sont confondus avec le Monde à venir.

A chaque génération, il y a trente six Justes cachés, ou non révélés, dont l'un d'eux est potentiellement le Messie. Il se révélera en fonction de la qualité des actions humaines, ou sinon au temps assigné. L'âme du Juste a accès au Trône de Gloire et elle intercède auprès de lui, après avoir traversé la Makhpélah (caverne où sont enterrés les couples Adam-Eve et les patriarches) à H'ébron et les deux Paradis, celui d'en Bas et celui d'en Haut.

A la mort

L'âme quitte le corps avec violence et souffrance et le "vêtement terrestre" est enlevé par l'Ange de la Mort. Pendant sept jours après le décès, l'âme va et vient entre la tombe et le domicile du défunt (période de deuil appelée "shiva'h"). En effet l'âme s'est "attachée" à la sensualité du corps et cette difficulté de détachement la retient au-dessus de la tombe où elle perçoit avec douleur et angoisse la dégradation de son ancien corps (état appelé h'ibout haqever). Pour éviter que cette situation ne se prolonge certains h'assidim se préparent de leur vivant à détacher leur âme de leur corps par une ascèse, le jeûne, la méditation ou la prière.

Après la "shiva'h", l'âme rend visite à Adam et Eve et aux couples de patriarches et matriarches enterrés dans la Makhpélah. Puis, selon ses mérites et le jugement reçu, l'âme se couvre de son vêtement céleste pour rejoindre sa demeure dans le monde intermédiaire. Dans tous les cas, avant de rejoindre sa demeure, elle est purifiée pendant trente jours dans la "nehar di nura", la rivière de feu ou de lumière, alimentée par la rosée qui tombe des lettres de feu et d'eau de la Torah ésotérique. Cette immersion a pour but de purger toute âme des séquelles des émotions et des désirs terrestres et de la préparer à la prodigieuse lumière qui l'attend dans sa demeure du Gan E'den.

Le dernier jour de Souccot, ou fête des Tabernacles, un officier de l'armée céleste, Yéhoudiam, descend avec ses myriades et vient soulever l'ombre de ceux qui vont bientôt mourir. Si le mourant est un Juste, les âmes d'en Haut se réjouissent de la venue d'une nouvelle âme qui va directement resplendir au Paradis d'en Haut, accompagnée par Yéhoudiam. Dans les autres cas, l'âme est livrée à l'ange instructeur Métatron (H'énokh) qui va la placer en son lieu dans l'attente que tous les aspects de l'âme soient réunis en une seule unité et resplendissent ainsi.

En effet, les trois aspects de l'âme prennent des chemins apparemment différents. Néfesh reste dans la tombe, jusqu'à ce que le corps soit décomposé en poussière. Elle volète alors dans ce monde-ci, en se mêlant des soucis des vivants afin d'intercéder pour eux le moment opportun. Ainsi entre les jours de Rosh Hashana (Nouvel An) et de Kipour (Grand Pardon), au moment du jugement annuel, elle informe les vivants des décisions du tribunal divin dans un rêve ou dans une vision.

Rouah' rejoint sa demeure Gan E'den (Paradis d'en Bas) où elle se revêt d'un vêtement lui donnant l'apparence de ce que l'être vivant était sur terre. Lors des shabat, des fêtes et des néoménies, rouah' remonte s'imbiber de la splendeur des régions supérieures et revient à sa place.

Néshamah remonte dans la demeure d'où elle vient, le Paradis d'en Haut, et retrouve sa radiance, c'est à dire l'unité du Haut et du Bas et ne redescend plus jamais sur terre. Mais tant qu'elle n'est pas unie au "Trône de Gloire", les deux autres aspects néfesh et rouah' ne trouvent ni repos ni paix et errent chacun dans son monde. Rouah' trouve la porte du Gan fermée et néfesh erre au-dessus de la tombe d'une manière désordonnée, puis elle est lancée à travers l'univers comme du fond d'une fronde.

Lors de l'union de néshamah avec sa source divine, néfesh trouve enfin le repos et suit l'ange Yéhoudiam qui, après lui avoir montré la Makhpélah à Hébron, lui montre successivement la splendeur des demeures de rouah' et de néshamah. Quand rouah' est unie à néshamah, l'ensemble retrouve une unité et constitue un lien mystique qui illumine le monde. En effet, l'union de néshamah (mot qui commence par la lettre noun) et de rouah' (commençant par resh) donne "ner"(noun-resh), la lumière.

Un esprit impur s'attache au corps qui passe la nuit sans être enterré. En cas de transmigration, une âme ne peut pas réaliser le passage dans un autre corps, tant que son ancien corps n'est pas enterré. Le retard à l'enterrement affaiblit le "char divin" qui doit prendre une décision quant à l'avenir de l'âme.

Engendrements

La Shékhinah ou la Présence divine ne s'attache qu'à des "champs labourés, semés et cultivés" (âmes jointes ayant procréé).

La Shékhinah n'habite pas la maison d'un homme si celui-ci n'est pas marié et si celui-ci n'est pas uni avec sa femme dans le but de procréer.

Dieu a créé l'homme à son image. Toute action de l'homme ici-bas a des répercussions là Haut. En vidant le Réservoir de son contenu, l'objectif est de reconstituer l'âme de l'Adam primordial et d'accélérer la venue du Messie. Pour cela, il faut que des âmes soient appelées par les accouplements terrestres, de préférence entre les aspects masculin et féminin d'âmes prédestinées, afin de ne pas retarder le retour.

"Celui qui déracine l'arbre volontairement, jetant ses feuilles, gâchant ses fruits", est chassé du monde d'en Haut. Il est destiné à errer indéfiniment jusqu'à la résurrection des corps et à disparaître, à moins de trouver un "rédempteur", ou à moins de réparer ce manque lors d'une révolution.

Ainsi le deuxième cas de transmigration de l'âme est celui de l'homme qui refuse de procréer ou qui meurt sans avoir procréer. La femme n'étant pas tenue de procréer, son âme ne transmigre pas en cas de stérilité naturelle ou forcée.

Lors des transmigrations, les âmes "roulent" comme une pierre lancée du fond d'une fronde. La néshamah venant d'un défunt qui n'a pas procréé doit trouver un "rédempteur" qui la ramène dans le "vase" initial d'où elle vient, le vase étant l'image du réceptacle de l'âme dans sa globalité. Lorsqu'il engendre, le rédempteur reconstruit l'âme errante ou perdue. S'il n'y a pas de rédempteur, l'âme est amenée à transmigrer, puis à errer jusqu'à sa disparition.

Pour l'âme de celui qui meurt sans descendance vivante, même involontairement (stérilité, enfants décédés..), sa femme est néanmoins invitée à suivre le même processus appelé lévirat: l'âme du rédempteur viendra alors racheter non plus l'âme du mari mais celle d'un autre, peut-être un Juste, qui n'a pu bénéficier du lévirat qui apparaît alors comme une véritable rédemption.

Deux âmes sœurs qui se rencontrent et ne peuvent procréer pour des raisons indépendantes de leur volonté, se rencontrent à nouveau lors d'une révolution suivante pour engendrer.

Un garçon naît du "côté droit", une fille du "côté gauche". Quand il y a inversion dans la conception, le garçon naît efféminé et la fille "garçon manqué"!

Le lévirat

Pour jouir de la vision du Trône de gloire, la néshamah a besoin d'avoir un vêtement: elle se revêt de rouah' comme on l'a vu plus haut à propos de la lumière "ner" ou de l'âme d'un prosélyte. En effet la néshamah qui circule ou qui se promène en certaines occasions veut déjà jouir des délices du "Gan E'den". Là elle rencontre l'âme rouah' d'un prosélyte. Elle s'en revêt aussitôt, car cette âme est "parfumée" et permet de jouir pleinement de la splendeur de ce Paradis. La néshamah s'en revêt aussi comme d'une armure pour se prémunir contre les essences impures. Elle redescend avec ce vêtement dans son enveloppe terrestre et s'affiche avec lui car il attire le bien. La néshamah profite ainsi de son vêtement "prosélyte".

Dans le cas d'un lévirat, l'âme rouah' du Rédempteur (frère ou père du défunt) vient couvrir la néshamah nue du défunt. L'âme du défunt est en effet nue, car ayant péché en ne procréant pas, elle ne s'est pas repentie. Ses différents aspects vont errer chacun en son lieu. Mais le Rédempteur peut avoir revêtu l'âme d'un prosélyte. En attendant la reconstruction de l'âme du défunt, c'est à dire un engendrement, le Rédempteur quitte le vêtement du prosélyte. Quand cela est réalisé, l'âme du défunt reconstruite revient alors au Réservoir, dans l'attente de la résurrection des corps. Et le rédempteur récupère son vêtement prosélyte.

Celui qui refuse de procréer quitte son univers, c'est à dire "l'univers du masculin" (configuration séfirotique regroupant six séphirot ou partsouf appelé "tséi'r anpin", petit visage ou l'Impatient). Ne dominant plus le féminin, il rejoint ainsi "l'univers du féminin" (configuration de la séfira malkhout ou Royaume, appelée aussi "nouqvah"), où il est permis de ne pas procréer. Par substitution, sa femme devient sa mère et le rédempteur récupère sa place dans l'univers du masculin. Par la même substitution, il devient aussi son père: après avoir été déraciné, l'arbre est ainsi "renversé".

S'il n'y a pas de rédempteur, si l'âme du défunt a transmigré six fois, après être passée entre les mains de Métatron, préposé à l'enseignement, et si le refus de réparer persiste, l'âme bascule de l'Autre Côté, car il y a à la fois séparation du masculin et du féminin et refus de réparer. Au Jubilé, l'âme est libérée de l'Autre Côté et recommence une nouvelle transmigration. S'il y a repentir, la progéniture est du côté féminin (malkhout). Si à la résurrection des corps, il n'y a pas eu de réparation, l'âme est retranchée. Elle disparaît!

Veuvage, divorce et remariage

Si une veuve avec des enfants ne se remarie pas, le défunt ayant été son "âme sœur", l'esprit rouah' de celui-ci reste en elle pendant 12 mois, visitant sa base néfesh, errant au-dessus de la tombe tous les soirs. Le jour, il remonte aux portes du Paradis, visitant à l'occasion le vase de lumière d'où il provient. Quand la veuve décède, son esprit va alors à la rencontre de sa contrepartie masculine et, ensemble, ils brillent dans le Paradis.

Si une veuve avec des enfants se remarie, il y a lutte entre l'esprit du défunt et celui du mari vivant. Si l'esprit du vivant est vainqueur, l'esprit du défunt quitte la femme, qui ne se révèle plus comme ayant été son âme sœur et l'esprit va visiter sa base néfesh, sur sa tombe et apparaît dans les rêves de sa femme. Le jour, il erre jusqu'à rencontrer sa contrepartie féminine et former avec elle l'unité qui monte et brille dans le Réservoir d'origine.

Si l'esprit du défunt est vainqueur, la veuve finira par divorcer.

Quand il y a divorce, l'autel de la Shékhinah verse des larmes, car il est comme détérioré.

Jugements de l'âme

Il y aurait quatre jugements: chaque nuit, entre le nouvel an et kippour, à la mort de l'être humain, à la résurrection des corps.

Chaque nuit, l'âme quitte le corps pour être jugée devant le tribunal divin, qui examine les actions bonnes et mauvaises de la journée. Pour les bonnes actions, le tribunal tient compte des actions futures. Pour les mauvaises, il n'est tenu compte que des actions de la journée. La décision concerne la poursuite du séjour ici-bas.

A la mort de l'homme, la décision qui est prise concerne l'avenir de l'âme: retour au réservoir, transmigration, errance, géhenne, disparition. Le jugement le plus important concerne la procréation.

En effet, rappelons que, pour ne pas affaiblir l'image du divin et pour ne pas assécher son flux, l'homme doit contribuer à sa permanence. Car le puits et sa source ne font qu'un et, s'il n'est pas alimenté par une source, le puits n'en est pas un. Pour que le flux d'en Haut continue à s'épancher, il faut qu'ici bas le flux de l'homme soit fructueux et attire les âmes en attente dans le Réservoir.

Evolution des notions de transmigration

On a vu que les idées de transmigration ont lentement cheminé dans la Tradition juive entre le Moyen Âge provençal (Bahir) et la Renaissance de la qabalah à Safed, traversant un Zohar peu prolixe sur le sujet, limitant la transmigration aux difficultés de rencontrer une âme sœur et à celles de se reproduire, et discret sur la réincarnation dans un animal ou sur la perfectibilité de l'âme par des réapparitions successives sur terre. Les idées se développent au 15ème siècle et trouvent leur aboutissement dans l'enseignement de Louria. Hayim Vital en est l'interprète dans son livre "Shaa'ré gilgoulim", véritable et complexe anatomie de l'âme.

Certains pensent qu'il s'agit d'une façon commode d'expliquer rationnellement les injustices subies par les juifs dans l'exil, mais aussi certains commandements comme le lévirat ou l'abattage rituel. En fait la théorie de Louria sur les âmes découle naturellement de celle sur l'Arbre de Vie (é'ts h'ayim) expliquée par le double mouvement de contraction et d'émanation du divin, appelé "tsimtsoum", et par la brisure des vases (shévirat hakélim) et leur restauration (tiqoun).

Le but de la création est de restaurer l'Adam Qadmon ou primordial. Adam Qadmon est la source des âmes dans le monde. Adam aurait un nombre limité de "grandes racines" d'âmes, soit 613 membres, correspondant à celui des commandements, qui prennent ici une signification particulière. Chaque grande racine se subdivise successivement en petites racines (613 ou six cent mille grandes âmes) puis en six cent mille étincelles, qui seraient les âmes individuelles. Selon cette structure généalogique, toute âme peut appartenir à plusieurs familles, ce qui expliquerait les rencontres heureuses et fortuites. Le Zohar ne prévoyait que des rencontres d'âmes sœurs pour reconstituer les paires androgynes. La théorie de Louria, développée ultérieurement, étend ces rencontres d'étincelles à tous les composants de la nature, parents, amis ou lieux et paysages qu'on aime, voire animaux domestiques ou objets familiers auxquels on s'attache plus qu'à d'autres. Selon cette théorie il faut élever toutes ces étincelles après les avoir libérées de l'emprise des écorces du mal ou "qlipot". Ce travail est réalisé par chaque individu ou par un groupe d'individus. Une fois qu'on a libéré toutes les étincelles de lumière prisonnières des "écorces" et qu'on a élevé les âmes progressivement de "néfesh", niveau le plus animal et le plus instinctif de l'âme, à "yéh'idah", niveau le plus parfait, le plus unitaire de l'âme, on aura reconstitué l'Adam qadmon ou primordial. Cet Adam restauré serait alors la figure du Messie! Cette élévation se fait à travers cinq mondes (depuis celui de la fabrication jusqu'à celui de l'Adam Qadmon, en passant par la formation, la création et l'émanation), à travers cinq agencements particuliers des attributs divins appelés partsoufim: le plus bas est "nouqva" correspondant à Malkhout, puis le microprosope, "tséi'r anpin", correspondant aux six séfirot suivantes, suivi de "ima" et "aba", les séfirot supérieures Binah et H'okhmah, elles-mêmes suivies du macroprosope "arikh" anpin ou longanime, correspondant à la séfira Kéter. Ainsi les étincelles libérées et rassemblées sont progressivement élevées en âmes de plus en plus parfaites, selon 125 niveaux (cinq puissance trois).

Mais l'âme d'un défunt ne peut se perfectionner là où elle est, quelle que soit sa demeure au gan E'den. Il faut qu'elle transmigre sur terre pour le faire ou aider à le faire, à travers l'accomplissement des commandements. Cet accomplissement terrestre est l'image de la restauration des 613 limbes de l'Adam primordial.

Ainsi la transmigration n'est plus un châtiment mais une opportunité offerte soit de se racheter, en se réincarnant autant de fois que nécessaire, soit d'aider les plus faibles ou les plus imprégnés par les écorces du mal à s'élever par la pratique des commandements, l'étude et la prière. Selon Hayim Vital, on peut transmigrer à travers tous les éléments de l'univers, qu'ils soient d'ordre animal, végétal ou minéral. Ainsi un violeur migre dans un animal d'abord, pour maîtriser son âme de base, néfesh; un assassin migre dans un rocher afin d'éprouver le "désir minimal".

Par la prière on peut aider l'âme d'un défunt afin qu'elle puisse supporter l'épreuve de la géhenne ou à élever sa demeure dans le paradis. A l'inverse l'âme d'un défunt peut aider un vivant dans certaines circonstances difficiles, en le conseillant dans un rêve ou une vision, comme on l'a vu plus haut.

Jusqu'ici la transmigration concernait seulement une âme dans un nouveau corps à naître. Le "i'bour" est une superposition d'âmes dans le même corps ou "engrossement". L'âme d'un défunt peut aussi s'incarner dans un être déjà vivant, pendant un certain temps, pour l'aider à s'élever, d'un niveau bas où il serait tombé, ou pour lui faire franchir une dernière étape dans le perfectionnement, et lui éviter une transmigration de plus. Par contre le "dibouk" est une incarnation d'une âme frustrée, à qui un tort a été causé pendant son parcours terrestre sans réparation, et qui s'attaque à tout vivant. Son départ peut être négocié ou, à défaut, il peut être extirpé par un exorcisme.

Soulageant la détresse de la mort d'un jeune enfant, cette théorie explique que son âme aurait péché dans une vie précédente. L'âme est alors arrachée et emportée par Lilit.

Après la venue du Messie et au Jugement dernier, la résurrection des corps aura lieu avec la même âme qu'avant la mort, mais avec son niveau de perfectionnement, après les différentes transmigrations. Elle peut continuer à se parfaire lors de la résurrection générale, dans un monde spirituel libéré de la mort et du mal.

Devenue populaire, cette théorie est similaire à celle des autres traditions. Elle n'est pas toujours acceptée par certains milieux orthodoxes ou traditionnels juifs qui se limitent aux principes généraux du Zohar.

Albert SOUED 

-- 

Sources

Zohar 1/83-84a-85b-91b-122-181-186-187-188a-205b

Zohar 2/94 à 112- 141-142-182

Zohar 3/43ab-44ab-45- 46- 67 à 72- 88b - 89- 90-165b-166b-170b-194b-209a- 213

Raa'ya Méhemna -Tiqouné Hazohar

Contenu Correspondant