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Le cimetière juif d’Essaouira, la mémoire d’une communauté disparue - Par Omar Lakhdar

Le cimetière juif d’Essaouira, la mémoire d’une communauté disparue

 

Par Omar Lakhdar

            Le vieux cimetière juif d'Essaouira sis à Bab Doukkala, date des premières  années de l'histoire de la ville. Situé au nord des remparts, le long de l'océan, les tombes présentent un aspect souvent détérioré, car le lieu non clos à l'origine, ouvert aux vents et aux embruns, a favorisé l'érosion des plus vieilles tombes. Les plus vieilles tombes déchiffrées datent de 1769, soit quatre années après la création de la ville.

            En 1874, un nouvel espace d’une superficie d’un hectare et demi environ, fut accordé aux juifs pour enterrer leurs morts. Il a été établi que le cimetière en service destiné aux morts juifs de la ville, était trop petit et ne pourrait plus accueillir d'autres tombes à tel point qu'il ne restait à peine que la place pour une vingtaine de sépultures. Devant cette situation très préoccupante, les personnalités ci-après qui supervisaient les intérêts de la communauté, s’étaient réunies pour débattre de ce problème en vue d’acquérir un nouveau terrain pouvant servir de lieu d’inhumation. A titre de mémoire, ces intervenants étaient :

-           Rabbins Réouben Elmaleh fils du Rabbin Yossef El Maleh,

-          Yaacov Corcos fils de rabbi Haïm Corcos

-          Yaacov de Chmouel Halévy

-          Yaacov Afriat fils de Yossef,

-          Chlomo de Yamin Acoca, et le jeune Homme Chlomo de Yaacov

-          Abraham de Yaacov Lksslassi,

-          Chlomo fils de R.Haim Cabessa

-          Le Rabbin Ytshak fils de Yaacov

-          Afriat

-          Yechoua Loeb fils de Moché Belisha

-          Amram Elmaleh fils du Rabbin Yossef Elmaleh

-          Méir Corcos fils d'Abraham Corcos

 

 

Par chance, la Providence leur avait fait trouver une place auprès de l’ancien cimetière de la ville. Ce fut une parcelle de terrain dénommée Halerassi appartenant à Messaoud Melloul et ses fils, David et Sellam qui avaient bien voulu la céder au prix coûtant au profit de tous les fils de la ville, pauvres comme riches, selon les conditions qui étaient en usage au cimetière. Selon l’accord, cette cession comprenant le terrain avec toutes ses dépendances fut cédé pour la somme de 700 grands douros d'Espagne provenant de la caisse de la communauté.

D’après une 4ème version de l’acte d’acquisition du terrain détenu par la famille Belisha de Mogador, document refait conformément à l'original et ce, par crainte de l’oubli,  la vente fut ratifiée par les rabbins du tribunal rabbinique d’Essaouira en date du 2 tevet 5653 (mercredi 21 décembre 1892). Cet acte est écrit en hébreu (Nass Klam) par le Grand Rabbin de Mogador Rabbi David Knafo, fils de Rabbi Yossef Knafo. Il fut traduit aimablement par son petit-fils Asher Knafo.

Ce nouveau lieu d’inhumation est situé de l'autre côté de la route et à l'Est du vieux cimetière où on avait continué toutefois, d'ensevelir jusqu'en 1878. Exceptionnellement, le corps de l’écrivain Edmon Elmaleh y fut inhumé en 2010. Les sépultures y sont enfouies dans les sables, et sont à la hauteur du sol, les dalles de forme parallélépipède, en grès marin, présentent des gravures et des lettes hébraïques. Contrairement aux autres cimetières juifs où toutes les tombes sont en ligne droite, les tombes ne semblent pas avoir d’orientation particulière : parallèles à la mer, perpendiculaires les unes aux autres, elles donnent une impression de désordre anarchique.

            L'étude des cimetières juifs au Maroc peut fournir de remarquables informations en démographie historique. En effet, contrairement aux tombes musulmanes anciennes qui ne portent que très rarement (souverains et princes) des épitaphes, les pierres tombales juives donnent une série d'informations intéressantes : nom de famille, sexe, date précise du décès (jour, mois, année). Ces indications sont du plus haut intérêt lorsqu'on n'a pas d'autres documents pour connaître les périodes de fort peuplement et de forte mortalité, les migrations (apparition et disparition de certains noms de famille). Lorsque d'autres documents existent, les épitaphes permettent de compléter l'information, et surtout d'offrir un corpus méthodique et statistique puisque l'inhumation est un acte grave, conventionnel et certain. Nul doute qu'une étude systématique de tous les cimetières juifs du Sud marocain apporterait des idées nouvelles et précises sur les épidémies, les fluctuations de population, et la migration des familles. Le déchiffrement systématique des pierres tombales du cimetière juif d’Essaouira, où était inhumée la population d'une communauté ayant joué un rôle important dans le commerce à destination de l’Europe, période comprise entre le milieu du 18è et la fin du 19è, permet de relever les dates extrêmes des décès révélés par les épitaphes. La première tombe est datée de 1769 (5529); il s'agit d'un homme nommée Amar Isaac, puis suit celle d’une femme nommée Sabbah Simha datée de 1771 (5631). Il faut signaler aussi la tombe d’une autre dame du nom de Chapapatraf(?) Hanina qui porte la date de1735 (?), suivi d’un point d’interrogation, probablement un doute dans la datation de la sépulture. Cette personne serait donc inhumée bien avant la fondation de la ville en 1760! Comme cette tombe se trouve dans le nouveau cimetière, mis en service seulement à partir de 1874, la date est sûrement erronée.

Le cimetière d'Essaouira conserve donc la mémoire des inhumations des deux derniers siècles et demi de l'histoire de la communauté juive de Mogador..

Commentaires

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le grand-pere de ma femme,inspecteur des arts et peintre kabyle,A.MAMMERI a peint le cimetiere juif de mogador. je ne sais pas ce qui l'a inspiré j'ai reçu ce tableau en heritage
si cela interesse quelqu'un j'envoie la photo

Bonjour,

Merci d'avoir mis cette information à la connaissance des internautes.

Je suis le premier a être ravi d'avoir une copie de votre document.

Voilà mon email : o.lakhdar@voila.fr

Merci!

Je serai Heureuse d'avoir cet intéressant document; vu que mon père Simon Lahmy est nait à Mogador en 1905,sa mère aussi Freha Afriat, son père ( mon grand père) était le grand Rabbin d'Agadir: Rabbi Yossef Halahmy jusqu'a 1959 avec la permission de Feu Sa MagesteeMohamed V il a quitté Agadir pour aller mourir au pays de ses ayeux en Israël.

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