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Souvenirs

J’empruntais l’impasse Bouhenna et marchais bien au milieu de la ruelle puisqu’il n’y avait pas de trottoir, esquivais pierres et quolibets de quelques arabes, aidais à freiner quelques forcenés à bicyclette, essuyais des remarques dans le style de “ sale porc” et “ sale juif ” et débouchais gaiement sur le boulevard Moulay Youssef

Et quelles sont-elles? Par ordre de leur apprentissage au cours des années:Le Français, l’Arabe, (ال عربي) l’Espagnol( español),  l’Hébreu,( עברית) l’Anglais (English)  et l’Italien ( italiano).

Synonyme de ghetto pour juifs marocains pour les uns, de tolérance et de dialogue interreligieux pour d’autres, ces quartiers très riches par l’histoire et les leçons de vie sont de plus en plus délaissés, à en croire les témoignages de leurs anciens et actuels habitants.

Une vidéo rare des Archives de l'United Jewish Appeal montre cette harmonie et fraternité que les anciens marocains nos parents partageient dans une cohabitation et respect mutuel qui a malheureusement disparu.

Etymologiquement, le mot « melh » signifie en arabe « sel » tandis que « mellah » désigne le lieu où l’on conserve les produits avec le sel des « saloirs ». D’une façon générale au Maroc, le Mellah signifie surtout le quartier réservé aux habitants de confession juive.

Tout Casablancais vous le dira : «à voir l'état  du Bd Mohammed V, j'ai l'impression qu'une partie de mon enfance m'a été dérobée». Bien sûr, nous parlons de ceux qui ont connu cette artère du temps de sa superbe, à l'époque où cette voie était digne de porter un nom aussi chargé de sens et d'histoire.

Parmi les histoires presque oubliées de la période de la Shoa il y a celle d’Hélène Cazes-Benattar qui durant la Seconde Guerre mondiale devint à elle-seule une véritable institution de sauvetage de ses frères juifs européens réfugiés au Maroc. Née Cazes en 1900 à Tanger, elle « émigra » à Casablanca et épousa Moshé Benattar.

Cinq heures, la cloche a sonné, l’école vient de finir. -Caliente ! Caliente ! Le marchand de jaban, celui des beignets, la charrette du marchand de cacahuètes ; tout le monde est au rendez-vous.

Charly était l’homme de toutes les heures. Petit de taille, les oreilles en ailes papillon, il avait le sourire facile et franc. Durant nos voyages scouts dans l’Atlas ou en Europe, ce Marrakchi relevait tous les défis avec brio et réglait en un rien de temps tous les imprévisibles.

Une porte, au bout de cette rue, raconte une histoire de trahison et de vocation, de séduction et de résistance, de grandeur et de bassesse. Nous sommes au milieu du XIXe siècle, les grands négociants juifs étendent leur commerce extérieur avec l'Angleterre. 

Une génération qui envoyait des lettres...
Qui dansait les slow.
Une génération qui est allée à l'école et est revenue à pied.
Une génération qui a fait ses devoirs seule pour sortir le plus vite possible jouer dans la rue.

Avant sa mort, Albert avait fait en la présence de Georges et de Joseph, le fils d'Henri, un accord avec ce dernier, qui disait, que si l’un d’eux devait mourir, le survivant serait responsable pour l’enfant de l’autre et devrait faire de son mieux pour le marier avec une fille sérieuse et de bonne famille.

A tour de rôle, nous avons fréquenté la garderie voisine, de l'école Charcot, avant d'user nos culottes sur les bancs de l'école d'Anfa, toute proche. Les nombreux souvenirs que j'ai conservés de cette école, des instituteurs et de son directeur Mr Lebouté

Marrakech Cité éternelleraconte la ville ocre du Sud du Maroc grâce à des photos de particuliers et à des cartes postales signées Maillet, Félix ou encore LL. Elles témoignent d’une ville agréable à vivre, une ville-jardin riche de monuments anciens d’une grande beauté architecturale et qui pour ceux qui les recevaient permettaient de découvrir un monde ignoré, exotique et dépaysant.

J’habite au Maroc après un demi-siècle d’absence à Los Angeles. Pourquoi ? Le soleil, la menthe, la Loubia ? Oui.

J’ouvre l’œil ce 24 Mai 1944 à Casablanca et j’estime être né sous de bons auspices, en tout cas sous des auspices très particuliers. L’Allemagne nazie recule sur tous les fronts. Un vent de renouveau flotte dans l’air et particulièrement pour les juifs. 

Chaque famille avait son tour, jour où la terrasse lui appartenait en propre. Personne d’autre ne pouvait  laver, étendre, sécher son linge, à part celui qui en avait  le droit exclusif ce jour là et ce jour-là seulement!

Ah ! Mes’ouda ! la Bienheureuse ! de mémoire bénie, celle-là même qui tenait l’Atlantic Hôtel ! Dans l’impasse de l’ancienne église franciscaine, en vieille casbah, du côté de la scala, dans les années 50 et 60, à une époque où un riad passait pour un palace et où l’on en comptait une petite poignée. 

Ma mère, de son prénom, Habiba, est née à l‘avant dernier siècle, dans une forteresse, un ksar altier au sein d’une nature en majesté dans la région de Marrakech. Elle n’a pas connu l’école, encore moins l’écriture et la lecture. Pas plus que ses trois premières filles nées dans le village en pisé de Oulad Moumen.
 

Près de Mogador, devant la ville, près des remparts et du port, se trouve une île: l’île-aux-faucons. Ce n’est pas vraiment une île, c’est un rocher que la mer fracasse, érode ou caresse suivant le temps et son humeur.

Ma grand-mère vivait au Mellah comme presque tous les Juifs. Promise à sept ans, mariée à treize à un homme de grande sagesse, Abraham, qui allait devenir sa raison d’être, elle s’organisait.

Une romancière israélienne livre l’histoire de sa mère, juive marocaine qui a émigré en Israël, où elle a épousé un Ashkénaze. Un récit autobiographique, publié dans Ha’Aretz, qui met en avant le clivage tenace entre Juifs orientaux et occidentaux dans ce pays et les injustices subies par les Mizrahim et autres Juifs considérés comme “d’Orient”.

Ouverte en 1913 d’abord comme un théâtre, Ciné Alcazar est devenue l’une des premières salles de projections de films au Maroc, au début du XXe siècle. En 1993, elle baisse le rideau pendant près de 20 ans, rendue obsolète par la nouvelle génération des salles de cinéma. Mais à partir de 2020, elle renaît de ses cendres grâce à un grand projet de réhabilitation.

Ne plus rien gérer, ne plus rien prévoir, ne plus rien contrôler et juste regarder la vie défiler à travers l'éventail de nos doigts de pieds. En somme : “kiffer.”

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