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M, film documentaire de Yolande Zauberman

M, film documentaire de Yolande Zauberman

 

L’Israélien Menahem retourne dans la communauté juive orthodoxe où il fut violé durant toute son enfance. Un documentaire puissant.

Dans le monde le plus secret qui soit, un homme confie le plus terrible secret qui soit… A Bnei Brak, ville israélienne où les juifs ultraorthodoxes vivent à l’écart du reste de la société, Menahem Lang fut violé enfant, puis pendant toute sa jeunesse. Les rues où il revient, quinze ans après avoir fui sa communauté, sont le lieu d’un crime qui s’était répété partout, jusque dans un cimetière, où un rabbin abusait de lui, sur la tombe d’un rabbin, et où il était revenu se cacher, dormant dans un cercueil…

A l’heure où les victimes d’abus sexuels déchirent le silence, prisé dans les milieux religieux, la confession de Menahem Lang appuie avec force l’importance vitale d’une parole libérée. Cette parole ne résonne pourtant pas, ici, comme dans un procès, mais d’une manière intime : comme dans une séance de psychanalyse. M est un documentaire presque uniquement tourné de nuit, manière de suggérer que son ambition n’est pas de faire toute la ­lumière sur un cas extrême de pédophilie. Le récit livré devant la caméra fait surgir des visions d’effroi gothique, charrie blessures et rage pour nous ­précipiter dans une réalité démente, le cauchemar d’un possédé. Nous entrons dans les ténèbres où l’enfant ­violé s’est débattu, où il a aussi trouvé un espoir auquel s’accrocher : celui d’une étreinte enfin tendre, heureuse.

Incroyablement proche de lui, ­Yolande Zauberman filme Menahem Lang en lui offrant la douceur perdue, en lui permettant, dans un élan fusionnel à donner le vertige, de dire ce qu’il ressent, de le crier ou de le chanter, car il a une voix en or qui faisait merveille à la synagogue. En prise avec la vérité brute d’un être blessé, que personne n’a protégé, le film résonne de phrases d’un dépouillement déchirant, com­me : « Je ne veux plus vivre une vie sans père ni mère. » Ce besoin de réparation s’exprime au fil d’un cheminement qui balaie l’anecdotique au point d’être parfois mystérieux — le livre L’Histoire de M (au Seuil) le reconstitue sous un angle plus informatif. Mais la réalisatrice voit juste : avec ce documentaire où elle s’aventure en noctambule, elle retrouve son grand sujet depuis Classified People (1988) et Moi Ivan, toi Abraham (1993). Les récits d’épreuves inhumaines — apartheid, pogroms — d’où jaillit une humanité extraordinaire.

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