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Les Israéliens veulent la victoire mais, de préférence, sans en payer le prix

par Daniel Pipes
Israel Hayom

Selon une enquête d'opinion israélienne, les Israéliens font preuve d'une attitude ambivalente : ils veulent remporter la victoire sur le Hamas mais ne désirent pas en payer le prix. Ce résultat souligne la nécessité d'un leadership intellectuel et politique capable d'éduquer la population sur cette question complexe.

(Auteur du sondage réalisé à la demande du Middle East Forum à la suite du récent conflit avec le Hamas, l'agence Midgam Research & Consulting a, du 27 au 31 mai, interrogé en hébreu ou en russe 503 Juifs israéliens en leur posant 22 questions. Le sondage a une marge d'erreur de 4,4 %.)

En repensant aux onze jours de combats en mai 2021, les Juifs israéliens se sentent frustrés. Malgré les affirmations persistantes de succès de la part de l'armée israélienne, seul un tiers des sondés pense que leur camp a gagné les combats et seul un quart d'entre eux estime que Tsahal a brisé la volonté du Hamas de continuer à se battre. En d'autres termes, la grande majorité s'attend à de nouvelles attaques injustifiées du Hamas contre la population civile du pays.

En considérant l'avenir, 82 % conviennent qu'« il ne peut y avoir de Hamas apaisant. Ce n'est qu'en lui infligeant une défaite sans équivoque que nous pourrons mettre un terme à ce conflit » et le même pourcentage s'accorde plus généralement sur l'importance « pour Israël de vaincre ses ennemis », et pas seulement les Palestiniens. De même, 70 % conviennent qu'« on ne peut pas conclure d'accords avec des organisations terroristes mais seulement les vaincre. Israël doit mettre tous ses moyens militaires, diplomatiques et économiques en œuvre pour écraser la volonté du Hamas de continuer à se battre. »

L'adhésion à ce point de vue se renforce également : depuis janvier 2020, où seulement 54 % des personnes interrogées étaient d'accord avec cette affirmation, on a assisté à une augmentation notable de 16 % en 16 mois. Conformément à ce positionnement, une part impressionnante des Juifs israéliens, 90 %, approuve la tactique consistant à assassiner à volonté des dirigeants du Hamas à la fois à Gaza et dans d'autres endroits du monde.

Prises dans leur ensemble, ces réponses indiquent très clairement un soutien massif, dans l'abstrait, en faveur d'une victoire israélienne et d'une défaite palestinienne. Elles confirment que le projet de victoire d'Israël (Israel Victory Project) dispose d'une marge de manœuvre importante pour convaincre les Israéliens et leurs dirigeants que les guerres se terminent quand un camp abandonne, que la victoire est le préalable nécessaire à la paix et que les Palestiniens laisseront Israël tranquille et ne s'occuperont de leurs propres affaires qu'une fois qu'ils auront définitivement accepté l'État juif. C'est seulement en prenant en compte tous ces aspects, sans en négliger un seul, qu'on pourra arriver à une solution durable.

Mais il y a un revers à la médaille. Les chiffres élevés de 82 et 70 % chutent à 48 % lorsqu'on rappelle aux personnes interrogées que l'anéantissement du Hamas entraînera « une intensité accrue des attaques sur le front intérieur et une perte potentiellement importante de vies israéliennes ». Les chiffres baissent encore pour tomber à 37 % lorsqu'on interroge les personnes sondées sur la conquête israélienne de la Bande de Gaza « pour en extirper le Hamas une fois pour toutes ». Interrogés sur l'objectif principal d'une future série de combats avec le Hamas, seul 21 % voudraient briser la volonté du Hamas de continuer à se battre alors que d'autres personnes sondées se concentrent sur des objectifs moins importants tels que le retour des captifs, le désarmement ou la dissuasion du Hamas.

On observe une réticence similaire par rapport aux combats de mai dernier. Il est vrai que les deux tiers de l'échantillon pensent que l'opération aurait dû se poursuivre plus longtemps, « jusqu'à ce que la capacité et la volonté du Hamas d'attaquer Israël soient détruites et que les otages et les morts à Gaza soient restitués ». Toutefois, une majorité plus grande encore, soit les trois quarts, rejette l'idée d'une autorisation par le gouvernement d'« une opération terrestre dans la Bande de Gaza ».

Cette contradiction apparente montre qu'alors qu'environ 80 % des Juifs israéliens voudraient vaincre le Hamas et d'autres ennemis, environ la moitié d'entre eux seulement est prête à payer le prix en termes de roquettes, de pertes de troupes au sol, de censure internationale, entre autres problèmes.

Plus précisément, un Juif israélien sur cinq rejette l'idée de victoire. Deux sur cinq la souhaitent mais ne veulent pas en payer le prix. Un sondé sur cinq la souhaite, est prêt à en payer le prix mais n'est pas tout à fait conscient de ce que cela implique. Seul un sondé sur cinq la souhaite, est prêt à en payer le prix et comprend l'objectif consistant à briser la volonté de l'ennemi.

Vu sous l'angle de l'Israel Victory Project, ces chiffres montrent que la population est réceptive mais qu'il est grandement nécessaire de l'éduquer quant à la nature de la guerre et au règlement des conflits. Ce sont les trois cinquièmes situés dans un entre-deux qui constituent la part clé de la population dont l'opinion peut être modifiée si on lui explique que le prix à payer pour vaincre définitivement les Palestiniens s'avérera finalement moins douloureux que pour un conflit sans fin. Les intellectuels et les politiques ont du pain sur la planche.

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