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L’accord de Paris et ses failles(info # 011412/15) [Analyse économique]

ParSébastien Castellion© MetulaNewsAgency

 

L’émotion qui remplissait la salle présidée par Laurent Fabius, samedi soir, n’était pas feinte. L’adoption de l’accord de Paris sur le climat a été un véritable succès diplomatique : faire en sorte que 195 pays acceptent le même texte exige beaucoup de patience, de finesse et de talents de négociation. Les diplomates – ceux de la présidence française en premier lieu– ont bien travaillé.

 

Il est peu probable, en revanche, que cet accord permettra (comme on l’a beaucoup entendu) de « sauver la planète ». Il souffre de plusieurs failles fondamentales, que les négociateurs ont dû accepter pour obtenir l’unanimité. Tous les diplomates le savent : il est souvent indispensable de rendre un texte ambigu ou contradictoire pour obtenir l’accord de plusieurs parties ; mais cela rend aussi plus difficile la mise en pratique de ses mesures d’application.

 

La première difficulté est que les mesures adoptées ne permettront pas d’atteindre l’objectif de l’accord, si l’on en croit le modèle scientifique qui sert de référence aux négociateurs eux-mêmes.

 

Les pays du monde se sont donnés pour objectif de « contenir l’élévation de la température moyenne de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et de poursuivre l’action menée pour limiter l’élévation des températures à 1,5 °C ».

 

Nous sommes déjà à un peu moins de 1 °C au-dessus des températures moyennes de 1850 à 1870, donc l’augmentation future des températures devrait être limitée à un demi-degré. D’après un expert consulté pour cet article – et qui s’appuie lui-même sur l’analyse d’Alden Meyer de l’Union of Concerned Scientists – (l’union des scientifiques impliqués) le modèle utilisé par les négociateurs (celui du Groupe Intergouvernemental pour l’Etude du Climat des Nations-Unies, ou GIEC) permet de calculer que, pour limiter le réchauffement total à 0,5 °C supplémentaires, il faudra que le montant total des émissions de CO2 de la planète atteigne son maximum en 2020, et qu’à partir de 2050, les émissions nettes de la planète soient devenues nulles (c’est-à-dire que les émissions de CO2 soient entièrement compensées par des « pièges à carbone » qui retiennent le CO2 et l’empêchent de se répandre dans l’atmosphère).

 

L’accord de Paris ne permettra pas d’atteindre ce résultat. Il ne prévoit aucune mesure technologique ou fiscale qui pourrait entraîner une baisse des émissions dès 2020.

 

L’idée d’une tarification obligatoire du carbone – qui aurait donné à chacun une incitation directe à consommer moins d’énergies fossiles – a été abandonnée pour obtenir l’accord des producteurs de pétrole. Aucun prix n’a été fixé, aucun mécanisme mis en place ; il ne reste dans le texte qu’un hommage abstrait au principe de tarification.

 

Pour ne froisser personne et obtenir l’unanimité, les diplomates négociateurs ont désigné les objectifs à atteindre sans jamais désigner de pays chargé de leur application – ce qui permet à chaque pays ou groupe de pays d’attendre des autres qu’ils fassent l’effort à leur place.

 

Il est ainsi indiqué que les pays industrialisés doivent aider les pays en développement à réduire leurs émissions (article 54), mais aucun document ne prévoit comment l’objectif d’une aide de 100 milliards de dollars sera réparti entre les contributeurs. La probabilité pour que ces fonds puissent être distribués et investis et produire leurs effets sur les émissions de CO2 d’ici 2020 est nulle.

 

L’accord prévoit, en revanche, que les pays signataires fixeront de nouveaux objectifs nationaux de réduction tous les 5 ans à partir de 2020 (article 23) et que le GIEC fera un rapport sur les conséquences d’un réchauffement supérieur à 1,5 °C en 2018 (article 21). Tous ces rapports conduiront presque certainement à un durcissement progressif des objectifs. En revanche, les contraintes techniques sont trop fortes pour que les engagements déjà publiés par les pays et transmis aux Nations Unies, puissent être fondamentalement modifiés d’ici 2020.

 

En application de ces engagements, l’Inde va connaître une forte augmentation de ses émissions de CO2, qui passeront de 3 milliards de tonne en 2015 à 5,2 milliards en 2030. La Chine prévoit que ses émissions augmenteront de 11 milliards de tonnes de CO2 en 2015 à un total situé entre 13,7 et 14,2 milliards de tonnes en 2030.

 

Ces deux pays font déjà des efforts ; ils ont (la Chine surtout) réduit l’intensité en carbone de leur économie. Mais ils prévoient que leur économie va beaucoup augmenter en volume, ce qui exigera de brûler, au total, davantage de carbone.

 

Sur la même période 2015-2030, dans l’hypothèse moyenne, les Etats-Unis devraient avoir réduit leurs émissions de 6,5 à 6,1 milliards de tonnes et l’Union Européenne de 4,6 à 4,0 milliards. Là encore, si de nouvelles améliorations sont apportées, elles ne peuvent pas techniquement être telles qu’elles annulent l’augmentation des émissions indiennes et chinoises.

 

A l’échelle mondiale, selon les projections actuelles, les émissions de CO2 devraient donc augmenter encore de 20% dans les quinze prochaines années, après quoi elles pourraient commencer à baisser. La baisse totale des émissions est déjà constatée aux Etats-Unis et en Europe. Elle finira par se produire à l’échelle mondiale. Des efforts supplémentaires sont sans doute possibles, mais il n’existe pas d’hypothèse réaliste dans laquelle le pic mondial puisse être atteint dès 2020.

 

L’autre condition pour que le réchauffement soit limité à 1,5 °C est encore plus problématique. Il faudrait, selon les modèles du GIEC, qu’à partir de 2050, la planète soit en situation d’« émissions zéro » ; autrement dit, tout le nouveau CO2 produit devrait être capturé.

 

La plus grande partie du CO2 émis sur la planète est capturée par deux pièges naturels : les forêts et les océans. Mais depuis les années 1950, ces pièges naturels ne suffisent plus et la concentration de CO2 dans l’atmosphère augmente progressivement.

 

Il existe bien des pièges à carbone artificiels : systèmes de captation du carbone intégrés aux centrales à charbon, déchetteries équipées. Mais comment développer suffisamment les systèmes artificiels pour qu’ils parviennent à compenser les limites d’un système naturel qui inclut – excusez du peu – toutes les forêts et tous les océans de notre planète ? Il n’existe, à ce jour, aucune réponse technologique à cette question. Personne ne peut affirmer qu’il sera possible d’en trouver une d’ici 2050. Voilà qui rend assez peu plausible, selon les termes même du modèle GIEC, l’objectif fixé par l’accord de Paris.

 

Tout cela signifie-t-il que, faute d’une application rigoureuse de l’accord de Paris, nous sommes condamnés à voir la planète se réchauffer au-delà du supportable et que nous verrons se multiplier les cataclysmes naturels, l’exode des populations, l’inondation de pays entiers ?

 

La vérité est que cela n’est pas, aujourd’hui, le principal risque. Les modèles du GIEC ont une longue et embarrassante histoire de surestimation des effets du CO2 sur les températures.

 

Les premiers rapports du GIEC, écrits pendant la phase de réchauffement relativement rapide des années 1975-1998, n’ont jamais prédit la stabilisation des températures que le monde a connue depuis 1998 jusqu’au temps présent (la « pause » dans le réchauffement, selon le jargon du GIEC).

 

Dans son rapport de 2001, le GIEC annonçait que les tempêtes de neige allaient devenir des événements exceptionnels dans les prochaines années. Rien de tel ne s’est produit.

 

En 2005, l’ONU prédisait que la montée du niveau des mers entraînerait la fuite de 50 millions d’habitants des régions côtières vers 2010.

 

En 2007, le GIEC annonçait la décrue de la calotte glacière Antarctique ; celle-ci a atteint à l’été 2015 sa plus grande étendue jamais mesurée. Le même rapport estimait que le réchauffement climatique allait multiplier les ouragans – dont le nombre a régulièrement décru depuis.

 

En 2012, un document du GIEC indiquait que le monde avait atteint sa température la plus élevée depuis 1300 ans ; les documents plus récents reconnaissent qu’entre les années 950 et 1250 de l’ère courante, la température était comparable à celle d’aujourd’hui.

 

Rien de tout cela ne signifie que la concentration de CO2 dans l’atmosphère, qui continue à augmenter, ne provoquerait pas un certain réchauffement. Après tout, l’effet carbone est parfaitement confirmé en laboratoire (on ajoute délibérément du CO2 dans l’air des serres pour y augmenter la chaleur). Mais ces erreurs répétées sont le signe d’un biais systématique dans le modèle du GIEC : il donne à l’effet carbone plus d’importance qu’il n’en a en réalité et sous-estime d’autres facteurs d’évolution du climat, tels que les cycles solaires.

 

Une fois pris en compte le biais intrinsèque du modèle, la perspective d’une augmentation des concentrations de CO2 jusqu’à 2030 et non 2020, et d’un probable échec dans la poursuite de l’objectif « émissions zéro » en 2050, n’est pas si effrayante. Oui, il y aura probablement un effet de réchauffement ; mais cet effet sera presque certainement bien plus faible, une fois de plus, que ne le voudraient les rapports du GIEC. Notre planète y survivra.

 

Le principal risque qui pourrait résulter de l’accord du 12 décembre est ailleurs. Il réside dans une application inégale de l’accord selon les zones géographiques. En Occident, l’obsession quasi-religieuse du réchauffement climatique pourrait, dans les prochaines décennies, conduire les Etats-Unis et l’Europe à renoncer à des projets de développement qui auraient profité à leur économie, et à investir dans la seule réduction des émissions des centaines de milliards qui n’ajouteront pas grand-chose à la croissance. En Chine, en Russie, en Inde et dans les pays en développement, où la baisse des émissions de CO2 ne suscite pas la même ferveur religieuse qu’en Occident, les investissements se concentreront davantage sur la croissance et les dépenses destinées à la baisse des émissions seront plus limitées. L’accord de Paris risque donc d’aggraver encore l’écart de croissance entre les économies occidentales, vieillies et fatiguées, et leurs concurrentes plus agressives d’Asie et des pays émergents.

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