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Trump a la diplomatie de sa réélection - Par Renaud Girard

Rarement dans l’histoire des Etats-Unis d’Amérique et de la Maison Blanche une politique étrangère aura été aussi méticuleusement orientée vers un seul but : la réélection du président.
Homme pragmatique, Donald Trump ne s’embarrasse pas de grandes idées sur trente-six sujets. Après le résultat mitigé des élections législatives de mi-mandat, le président s’est fixé un objectif prioritaire : il a décidé de ne gaspiller aucune énergie qui ne serve pas la préparation de sa campagne électorale de 2020. Sa stratégie vise à pouvoir remobiliser entièrement sa base électorale de 2016, tout en grapillant quelques voix supplémentaires au centre.

Dans sa tête, son programme électoral est déjà en place. Il repose sur trois concepts simples, qu’il exploitera à l’envi : réélisez-moi car grâce à ma politique intérieure, on n’entre plus sur le territoire américain comme dans un moulin ; grâce à ma politique économique, le taux de chômage n’a jamais été aussi bas ; grâce à ma politique étrangère, le sol américain est sanctuarisé et les intérêts américains sont protégés dans le monde. Sur ces trois sujets, peu importe la vérité des faits : la seule chose qui compte en politique est le ressenti.
Donald Trump tiendra, les 27 et 28 février 2019, un sommet avec le dictateur nord-coréen Kim Jong-un. Le propos du président américain à son nouvel « ami » est simple : renoncez aux armes nucléaires, les sanctions seront levées et vous réussirez aussi bien que les Vietnamiens (que les Américains ne soumettent à aucun embargo d’aucune sorte et qui sont pourtant restés officiellement communistes). Trump a dit qu’il n’était pas pressé.

La seule chose qui compte pour lui est que Pyongyang ne reprenne aucun essai balistique ou atomique. Car le message que veut donner Trump à son électorat tient en une phrase : par mon audacieuse diplomatie, j’ai désamorcé une menace nucléaire qui pesait sur le territoire américain.
C’est d’autant plus crédible que le premier ministre japonais Shinzo Abe s’est mis en tête de proposer Trump pour le prix Nobel de la Paix…

Après avoir soufflé le froid sur les Chinois pendant plus d’un an, Donald Trump a décidé lundi 25 février 2019 de passer à l’air chaud. Il a repoussé aux calendes grecques l’augmentation punitive des droits de douane imposés aux produits chinois de 10 à 25%, qui devait se faire le 1er mars. Il a laissé entendre qu’un accord commercial important pourrait sortir de sa prochaine rencontre en Floride avec Xi Jinping.

Les bourses asiatiques et occidentales sont aussitôt repassées au vert, tant elles sont attentives aux ratés du moteur économique sino-américain. Trump était prêt à se brouiller un long moment avec la Chine, mais pas au prix d’une récession économique aux Etats-Unis, qu’on lui aurait aussitôt imputée.

Appliquant le vieux principe diplomatique qu’on préfère toujours un diable qu’on connaît à un dieu qu’on ignore, Xi Jinping est prêt à jouer la réélection de Trump. Les Chinois sont parfois désorientés par l’imprévisibilité du président américain, mais ils lui reconnaissent un grand mérite : son insensibilité absolue aux questions des droits de l’homme. Pékin est prêt à s’engager à respecter la propriété intellectuelle américaine, et à importer davantage de produits américains, offrant ainsi à Trump une victoire diplomatique qu’il pourra exploiter dans sa campagne.

Les cyberattaques de l’Etat chinois contre les firmes européennes ne s’arrêteront probablement pas pour autant ; mais Trump n’en a que faire. Il n’a jamais conçu l’Amérique comme une protectrice bienveillante et gratuite des Européens.
Le soudain intérêt de Trump pour le Venezuela est motivé par son désir de gagner davantage de voix chez les électeurs latinos, qui sont souvent socialement des conservateurs et qui détestent le castrisme. Trump, qui n’aime pas la guerre, n’enverra pas les Marines « neutraliser » Maduro. Mais il emploiera tous les autres moyens à sa disposition pour le faire partir.

Etant le contraire d’un néoconservateur, Trump estime que les soldats américains n’ont rien à faire dans les bourbiers syrien et afghan, auxquels l’électeur moyen américain ne comprend rien. Il les retirera dès qu’il pourra le faire sans publicité négative pour lui.
Pour ne pas paraître « vendu aux Russes », Trump a renoncé à améliorer les relations Washington-Moscou d’ici la fin de son premier mandat. De toute façon, Poutine ne l’aide pas beaucoup, comme le montre l’embastillement de l’investisseur américain Michael Calvey, signalant le renoncement des « silovikis » (les responsables des « ministères de force » russes) à installer un Etat de droit chez eux.

Tout cela fait-il une grande politique étrangère digne de figurer dans les livres d’histoire ? Sans doute pas. Mais, pour l’heure, Donald Trump n’en a cure…

Renaud Girard
Le Figaro

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