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LA ROSACE DU ROI SALOMON, par David Bensoussan

LA ROSACE DU ROI SALOMON, par David Bensoussan

 

À la soirée du henné qui précède le grand jour, Aïda trône resplendissante dans son costume d'apparat, elksoua elkbira. Le costume familial dont se revêtent les futures épouses depuis plusieurs générations dans la famille d'Alain fait le tour du monde. La jupe en velours émeraude, brodée d'or, se compose de plusieurs lais cousus en éventail. Une large ceinture en tissu lamé d'or ceint sa taille. Au corselet de brocart grenat se rattachent des manches en mousseline garnies de motifs fleuris. Un plastron riche en motifs brodés est fixé par un laçage travaillé. Un diadème duquel pendent des paillettes repose sur son front cerclé par une fine écharpe de soie à liséré d'or. Aïda et sa longue chevelure fauve, issue de quatre générations de Canadiens originaires de Lituanie, évoque chez Alain une reine berbère tout droit venue de l'Atlas majestueux.

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Durant le vol du retour, Alain ne peut s'empêcher de repenser à la conversation avec les érudits qui lui ont permis de jalonner l'histoire de façon précise et condensée. Le rivage atlantique de Mogador où Alain a vu le jour a sûrement été témoin de nombreux épisodes historiques d'une communauté plusieurs fois millénaire. Cette fière communauté juive de Mogador au sein de laquelle il a grandi, doit avoir des racines profondes dans le Sud marocain. Elle est maintenant dispersée aux quatre coins de la planète. L'âme de la ville, s'il en est une, doit s'interroger encore sur le sens d'une telle discontinuité. Depuis la fondation de Mogador, la communauté juive a constitué une composante essentielle de la population de la ville. Elle a marqué de son empreinte son essor économique et culturel. La ville est ancrée dans l’esprit d’Alain. Chaque coin de rue, chaque boutique, éveille en lui le souvenir de visages aimés, des jeux d'enfants, des arômes, des voix et des bruits familiers, des vieux airs langoureux et des légendes sur les anciens sages et érudits de la ville. Il arrive souvent à Alain de penser qu’en son âme se trouvent les trésors d'une symphonie inachevée ; celle d'un tableau aux nombreux plans duquel, qui sait ? Il sera peut-être un jour le seul maître d'œuvre ! En quittant la ville, chacun en a emporté une parcelle de souvenirs, une parcelle de sa propre vision, tout comme une sculpture de sable dont les grains se sont éparpillés aux quatre vents. La sculpture a disparu, mais chaque grain a conservé le souvenir de sa position, de son angle de vision et de son ensoleillement. Et les grains de la nostalgie continuent d'errer dans les esprits tels des fantômes bien vivants. Les multiples facettes colportées par ces grains se remodèleront-elles un jour en une création nouvelle ?

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Élie s’approche de l’eau et Shilo fait de même. Shilo perd l’équilibre, glisse sur une grosse pierre et commence à dériver dans le courant. Alors même que son garde Azer la suit sur la rive orientale, Élie se jette à l’eau pour la ramener sur l’autre rive. L’espace d’un instant, les caméras de télévision ont cessé de filmer les pèlerins pour cadrer la scène du secours. Mais quand leurs objectifs se fixent sur les deux personnes à l’eau, on reconnaît Élie en premier. La foule commence déjà à répandre la rumeur d’un miracle. Mais quand on reconnaît aussi le visage de Shilo, des Alléluias montent de tous les côtés. Les chaînes télévisées du monde entier reprennent cette scène. La coïncidence est trop grande. Personne ne songe même à demander à Shilo de retourner vers la rive orientale. Entre-temps, son accompagnateur Azer a disparu.

C’est seulement alors que les regards d’Élie et de Shilo se croisent. Un grand silence plane tout autour. Une expression d’amour transi, de clairvoyance, de plénitude et de pudeur les enchaîne instantanément l’un à l’autre. La bonté intellectualisée d’Élie et la bonté affective de Shilo s’amalgament dans un nouveau sentiment. Une élévation de l’âme transie par une franchise toute simple anéantit toute hostilité pour se ressourcer dans la sérénité et la plénitude. De ces deux êtres émanent l’expression du bonheur et l’intense chaleur humaine qui accompagne l’éclosion des êtres. Un sentiment de pureté originelle rayonne autour d’eux. La grâce a enrobé de son essence jusqu’à l’air ambiant. Un souffle inspirant semble unir le ciel et le monde ici-bas dans une essence libératrice. L’alpha et l’oméga des grands mystères se sont rejoints, comme si le doigt de Dieu avait mis en contact les humains avec le plus intime désir de leur âme. Les pèlerins en prières se sont mis à genoux. Les larmes jaillissent chez des millions de téléspectateurs regardant ces deux êtres que le destin a réunis. Même les commentateurs n’osent pas prendre la parole pour ne pas interrompre le divin dans le silence. Seul un vague bruissement de feuilles caresse les airs. Une secousse d’amour et de tendresse semble traverser les écrans et ébranler le monde.

La planète entière retient son souffle.

Shilo et Élie gravissent la colline côte à côte.

Les commentateurs ne peuvent pas ne pas faire le rapprochement : Le Messie rejeton de David et le messie rejeton de Joseph se rencontrent enfin. Aurait-on trouvé enfin l’explication de l’ambigu verset 49-10 de la Genèse qui a rendu les exégètes si perplexes ? Il est écrit que le sceptre n’échappera pas à Juda, ni l’autorité à sa descendance, jusqu’à l’avènement de Shilo. Le Messie des temps apocalyptiques n’a-t-il pas investi son énergie pour sauver le Messie de l’ère de paix ? Selon la tradition rabbinique, le Messie rejeton de David viendra dans des temps apocalyptiques marqués par la Guerre mondiale et la misère universelle. Toutefois, le Messie rejeton de Joseph ne se manifestera qu’en temps pacifiques, et seulement si l’humanité le mérite. L’union de l’arbre de Juda et de celui d’Israël en un seul tronc marquera la fin de la discorde millénaire entre les anciens royaumes de Juda et d’Israël. Ce sera le temps de l’ultime réconciliation.

L’humanité est confrontée à son ultime choix.

L’union d’Élie et de Shilo fait renaître l’espoir.

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Tôt le matin, les curieux sont partout. Les foules continuent d’affluer. Cependant, il semble qu’elles réagissent peu aux appels à la prudence lancés par Kujimaki, ou aux théories de Samuel Hinki, aussi fascinantes soient-elles. La foule n’attend rien de moins qu’un miracle !

La première équipe commence à forer un trou là où le roc semble peu épais. La seconde s’attaque à la paroi d’une montagne qui, à peine creusée, laisse tomber un gros pan de rochers. On dispose le grand miroir à l'ouverture. Le directeur de la première équipe utilise une loupe géante pour mieux voir l’intérieur du tunnel. À ce moment précis, le soleil se trouve aligné avec l’axe de la loupe et son rayon concentré vient frapper une roche cristalline rougeâtre. Les rayons concentrés se réfléchissent sur d’autres roches cristallines, s’amplifient et prennent une couleur irisée. Ils traversent le tunnel et viennent heurter le miroir avant de s’élever majestueusement dans les airs devant la foule ébahie.

« Dieu est avec nous ! » entend-t-on de partout ! Très rapidement, la ferveur collective atteint son paroxysme. Des gens tombent à genoux en se signant et en entonnant les Te Deum et les Ave Maria. Les musulmans se mettent face contre terre en entonnant La Ilahin Allah… Les Juifs en châle de prière répètent : Bénie est la gloire de YHWH depuis son lieu. Les pèlerins qui ont transporté avec eux des cloches sur des chariots, se mettent à les faire tinter. Les graves ponctuations des gongs bouddhistes et les tonalités aiguës du schofar juif s’ajoutent aux voix en prière qui vers le ciel s’élèvent.

Il semble que les réflexions lumineuses émanant de la roche reflètent les beautés profondes de l’âme et que l’invisible soit rendu palpable.

Le puissant faisceau lumineux s’élance vers le ciel. Il frappe un des anciens satellites passifs désuets qui gravite en orbite autour de la terre. Le rayon lumineux est réfléchi et vient se poser à Kiryat Anavim, là où les gens cherchent les chérubins de l’Arche de la Loi.

L’enthousiasme enveloppe les esprits, invitant la matière à s’imprégner d’une lumière originelle.

Un grand silence se fait dans la foule au pied du Mont Ararat. Il semble bien que la terre soit secouée et que le sol glisse légèrement. Cette secousse tellurique remplit la foule d’émotion. Le rayon irisé bifurque légèrement. L’entrée de la paroi rocheuse percée par la seconde équipe s’écroule sous les éboulis et le rayon lumineux disparaît.

Les souffles sont suspendus. Le céleste et le terrestre sont à l’unisson.

À Kiryat Anavim, la foule ébahie assiste au déplacement du rayon lumineux en direction de Jérusalem. Il vient se poser au centre même de la mosquée d’Omar, là même où se trouvait le rocher sur lequel était posée l’Arche de la Loi, du temps où le Saint des Saints se trouvait sur le Mont du Temple. Puis le faisceau lumineux s’éteint.

La transcendance divine semble être revenue à son foyer. Les élans du cœur authentiques s’harmonisent avec l’ultime plénitude de l’âme pour retrouver une pureté originelle enfouie dans les étincelles divines que sont les êtres.

Au Mont Ararat, les assistants de toutes confessions tombent dans les bras les uns des autres, et l’amitié simple et sincère qui émane de cette foule étreinte par l’émotion, s’étend à travers des centaines de millions d’écrans télévisés sur la planète.

Dans les cœurs s’allume la lumière de l’espoir.

 

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