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Casablanca d’antan : Témoignage de Simon Haim Skira

 

 

Casablanca d’antan : Témoignage de Simon Haim Skira

 

 

«Mon père avait un café bien placé au boulevard de Paris, «Le Trésor» qui existe toujours d’ailleurs et tout le monde venait le voir. On avait de bonnes relations avec les musulmans».

Parti en France à l’âge de 15 ans en 1967, Simon Haim Skira est actuellement le secrétaire général de la Fédération française du judaïsme marocain. En parlant de Casablanca, il éprouve beaucoup de nostalgie pour cette ville dont il garde les meilleurs souvenirs. Il se rappelle les heures passées avec ses camarades de classe arpentant les ruelles et les quartiers de sa ville natale Casablanca. Pour lui, Casablanca de l’époque était une ville «organisée».

Casablanca des années 60, «Le petit Paris»

Simon Haim Skira est né à Casablanca d’un père originaire de Marrakech et d’une mère originaire de Beni Mellal. Il confie que «le Casablanca de mon enfance était une grande métropole internationale où vivaient diverses nationalités : des Italiens, Espagnols, énormément de Français vu que c’était la fin du protectorat français et le début des années de l’indépendance, c’est-à-dire les années 1960. Bien évidemment il y avait des juifs qui étaient en très grand nombre. Ils sont arrivés d’un peu partout du Maroc (Marrakech, Fès, Meknès et des villes intérieures). Ils savaient qu’il y avait de grandes opportunités dans cette ville qui était belle. Les gens la qualifiaient de petit Paris parce qu’elle était belle, propre et bien répartie sur le plan urbain. On pouvait distinguer l’ancienne médina et la nouvelle ville. On avait l’impression de passer d’un monde à un autre en quelques minutes. Moi j’habitais du côté du marché central et j’allais de temps à autre à l’ancienne médina avec mes amis de l’époque qui étaient issus de tous les quartiers de Casablanca».

Les juifs marocains occupaient une place importante dans la société

«La vie était organisée sur 300.000 habitants qu’il y avait au début des années 60. Dont une partie importante était des juifs et donc leur place dans la société était assez grande», explique Simon Haim Skira qui se rappelle la générosité qui régnait entre les uns et les autres. «La cité était organisée et les riches donnaient aux pauvres. La ville comptait également des juifs qui venaient des villes de l’intérieur des fois pour un passage de quelques semaines ou moins avant de partir ailleurs. C’était l’époque des départs vers Israël», précise l’ancien habitant de Casablanca ajoutant que la métropole comprenait plusieurs écoles religieuses et les écoles de l’alliance israélite universelle. «D’ailleurs à chaque fois que je visite Casablanca je me rends sur ces lieux. Rien n’a changé du point de vue architecture», se rappelle-t-il. 

Simon Haim Skira évoque ses souvenirs à la rue Lacépède et à la place Verdun où, disait-il, c’était tout le temps la fête. «La Mimouna se fêtait en grande pompe. A l’époque, la plupart des gens n’avaient pas de voiture et ceux qui avaient les moyens prenaient les taxis et on pouvait lire dans les journaux du lendemain des articles sur le va-et-vient des taxis parce que les juifs de Casablanca allaient voir leur famille pendant les périodes des fêtes», confie le Casablancais se souvenant d’une période où le «vivre-ensemble» était un mode de vie. «Mon père avait un café bien placé au boulevard de Paris, «Le Trésor» qui existe toujours d’ailleurs et tout le monde venait le voir. On avait de bonnes relations avec les musulmans», confie Simon Haim Skira.

«Beth El»

L’ancien habitant de Casablanca raconte son attachement à la ville et notamment à certains lieux qui lui tiennent particulièrement à cœur comme celui qu’on appelait à l’époque «Le temple algérien» qui a été construit en 1946.

Aujourd’hui, il porte le nom du temple «Beth El». La synagogue a été rénovée il y a quelques d’années. «Pour moi c’est un lieu spécial parce que j’appartenais à la chorale de cette synagogue et que mon père était un gros donateur de ce lieu de culte. Ma vie tournait autour de cette synagogue. On tenait à y être. D’ailleurs ma Bar Mitzvah s’est tenue là-bas», indique Simon Haim Skira ajoutant qu’il se rendait aussi souvent au centre de l’Alliance à la Rue Lacépède.

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