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L’ÉQUILIBRE GÉOPOLITIQUE À L’ÈRE DE TRUMP, par DAVID BENSOUSSAN

L’ÉQUILIBRE GÉOPOLITIQUE À L’ÈRE DE TRUMP 

DAVID BENSOUSSAN L’AUTEUR EST PROFESSEUR DE SCIENCES À L’ÉCOLE DE TECHNOLOGIE SUPÉRIEURE DE L’UNIVERSITÉ DU QUÉBEC

Le président Trump a réussi à mettre la planète dans tous ses états.

Ses gazouillis intempestifs, ses déclarations non filtrées par la diplomatie ni même par le ton que l’on attend d’une superpuissance démocratique, la contestation au Congrès et au sein même du Parti républicain tout comme l’enquête sur une possible collusion avec l’ingérence russe dans les élections américaines donnent l’impression d’avoir à la tête des États-Unis un pyromane géopolitique dont la présidence est en sursis et d’une planète qui est à la traîne d’un monde à la dérive. 

Les lendemains de la guerre froide auraient certainement pu être mieux gérés par une collaboration plus étroite avec la Russie, dont la situation interne a empiré sous Eltsine et Poutine : le monde aurait gagné de la présence d’une Russie inscrite dans la mouvance de l’économie libérale. L’économie russe est aujourd’hui en déclin et le président Poutine est devenu un tsar des temps modernes. Qui plus est, les vieux réflexes du temps de la Russie des tsars sont revenus : la Russie gruge des zones périphériques en Géorgie, en Crimée et en Ukraine de l’Est et installe des bases militaires au Proche-Orient. En ce qui touche l’Alliance atlantique, l’Union européenne a été choquée par les remarques crues de Trump en regard de la participation aux coûts de la défense de l’Europe avant d’être rassurée. 

De nouvelles donnes sont apparues dans l’échiquier international : la Chine étend sa mainmise sur le Sud-Ouest du Pacifique. La Corée du Nord déploie des missiles balistiques dont la portée est toujours plus grande. Seule la protection américaine évite la tentation de l’armement nucléaire au Japon et en Corée du Sud. Au Proche-Orient, la lutte contre l’État islamique semble tirer à sa fin, et l’Iran tente d’avancer ses pions par milices chiites interposées. 

Au Proche-Orient, le président Obama avait retiré prématurément ses forces de l’Irak, lançant ainsi les sunnites dans les bras du groupe État islamique. Il avait fort mal interprété la nature du Printemps arabe et mal estimé l’ambition islamiste des Frères musulmans. Aujourd’hui, le Proche-Orient est déchiré par la guerre civile en Irak, en Syrie, au Yémen et en Libye. Le Hezbollah libanais est à la merci de l’Iran et risque de plonger le Liban dans une guerre dévastatrice. Les solutions éculées du conflit au Proche-Orient piétinent et la tension entre l’Arabie et l’Iran est plus que jamais aggravée. Trump mise sur l’alliance avec l’Arabie saoudite et Israël pour faire contrepoids à l’Iran. 

Force est de reconnaître qu’une superpuissance joue un rôle stabilisateur dans l’échiquier géopolitique mondial. Pour assumer ce rôle, elle doit s’imposer par son économie, ses capacités militaires et son influence culturelle. 

À ce jour, le point fort de la Chine est la vente d’objets manufacturés à prix réduit. La force économique de la Chine sera encore plus importante avec les retombées des investissements dans la route de la soie ou celles de la Banque asiatique d’investissement pour les infrastructures qui vise à concurrencer le Fonds monétaire international et la Banque mondiale tout en donnant un poids décisionnel plus fort à la Chine. 

La Russie connaît un déclin économique grave depuis la chute des prix du pétrole et les soupçons de l’interférence russe dans la présidentielle américaine, étayés par des commissions d’enquête, freinent un rapprochement russo-américain souhaitable. 

L’Union européenne est affaiblie par sa démographie décroissante et par le Brexit. Ses 27 pays ne s’accordent pas sur la politique d’immigration ou même sur la politique extérieure. 

Sous la présidence de Trump, les États-Unis remettent en question toute implication internationale qui ne répond pas à la devise America First, quitte à se désister de l’accord de Paris sur le climat. En outre, l’aide américaine à ses alliés ou aux Nations unies sera désormais conditionnée par un retour sur l’investissement.

Pourtant, une meilleure coordination entre les États-Unis et ses alliés traditionnels pourrait stabiliser l’équilibre géopolitique. 

Sur le plan intérieur, la garde proche du président a été remplacée par des militaires. Des questions se posent périodiquement sur le maintien de Tillerson à la tête du département d’État. La réforme de l’Obamacare a échoué. Les conséquences à long terme de la réforme fiscale révolutionnaire qui inclut une réduction d’impôts des sociétés de 35 % à 20 % sont encore inconnues : la reprise économique qui devrait en résulter couvrira-t-elle l’endettement qui l’accompagne ? À ce stade-ci, la Bourse américaine atteint des records inégalés et les investissements étrangers la consolident. 

Il suffit de faire défiler des chaînes de nouvelles américaines pour constater à quel point l’Amérique est divisée. Bien que les sondages montrent une baisse de popularité importante en début de mandat, il n’en demeure pas moins qu’un électorat de droite continue d’appuyer le président Trump. Cet électorat revanchard risquerait de très mal réagir si le président était démis à mi-mandat : il accuserait les élites libérales et le clivage au sein même des États-Unis deviendrait dangereux. 

Pourtant, le gouvernement américain fonctionne en dépit des gazouillis de Trump dont presque plus personne ne fait cas. Il serait utile que les alliés traditionnels que sont l’Union européenne et les États-Unis accordent leurs violons sur le plan de la politique extérieure et consolident une alliance économique forte, ce sans quoi les intérêts respectifs entreront en conflit au détriment de la stabilité géopolitique si nécessaire.

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