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Le boulevard Mohammed V a Casablanca : La plus jolie promenade de notre enfance

Le boulevard Mohammed V : La plus jolie promenade de notre enfance 

Tout Casablancais vous le dira : «à voir l'état  du Bd Mohammed V, j'ai l'impression qu'une partie de mon enfance m'a été dérobée». Bien sûr, nous parlons de ceux qui ont connu cette artère du temps de sa superbe, à l'époque où cette voie était digne de porter un nom aussi chargé de sens et d'histoire.

Le boulevard Mohammed V, initialement dénommé boulevard de la Gare, relie la place des Nations-Unies (place de France), à la station Casa-Voyageurs, sur trois kilomètres. Avant son ouverture, le premier axe commerçant de Casablanca, fut la rue de l'Horloge (Allal Ben Abdallah) axée sur la tour de l'horloge (1er geste symbolique des militaires français pour introduire une heure unique dans la ville). Avant son traçage, ce boulevard de la Gare fut durement négocié sur des parcelles déjà occupées. C'est ce qui explique, qu'il ne débouche pas de façon triomphale sur la place deFrance (il y accède par un coude). Henri Prost souhaitait organiser le centre-ville en le structurant par deux axes : celui du bd Houphouët Boigny (ancien Bd du 4e zouave), vers le port; et celui du bd Mohammed V. Celui-ci fut donc ouvert vers 1915, vers la gare Casa-Voyageurs, qui restait à créer. L'articulation urbaine autour de ces 2 axes, prenait le pas sur l'anarchie des constructions, qui commençaient à se développer le long de la rue de Strabourg, vers la Route de Médiouna. Elle obéissait à un souci de rationalisation de l'espace, selon des critères d'activité commerciale. M. C. Favrot, représentant à l'époque des intérêts français au Maroc, avait écrit: “le boulevard de la Gare sera la grande voie de la cité du commerce, de l'échange et du transit. Ce sera l'épine dorsale de la ville commerciale”.
 

Le boulevard Mohammed V
Le Boulevard Mohammed V respire l'histoire. Bordée d'édifices datant des années 1930 où se mêlent inspirations européennes et orientales, cette artère commerçante rassemble les plus beaux immeubles de la ville. Elle comporte à elle seule un nombre impressionnant de bâtiments art- déco et chaque façade permet d'entrevoir la richesse et l'étendue du patrimoine moderne de la métropole. Des angelots, des corbeilles de fruits, ou des têtes de lions se mélangent aux frises en zellige, en stuc ou aux balcons en bois de cèdre. La diversité décorative des façades est incroyable. Voulu par le protectorat, ce style mélange harmonieusement modernité des lignes, aux références décoratives traditionnelles (zellige, tuiles vertes, arcades, ferronneries…). L'immeuble Bessonneau est communément appelé “hôtel Lincoln”, par référence à l'hôtel qu'il abritait. Il fut le premier résultat de l'hybridation d'une construction monumentale, solennelle et massive, de type européen, avec l'architecture délicate et les ornements d'inspiration marocaine. L'élargissement du Boulevard Mohamed V (25 m entre les deux édifices), devant le marché Central, était destiné à donner du recul à cet endroit. Henri Prost suivit lui-même sa construction. Le cinéma ABC, telle une caverne magique, fut aménagé sous un immeuble. La Bourse du commerce, l'immeuble Maroc-Soir (ancienne Vigie marocaine) sont de toute beauté. On les remarque par leur tour ou forme arrondie. L'arcade linéaire qui se prolonge par bonds successifs, rappelle la rue de Rivoli (à Paris), dont elle fut d'ailleurs inspirée. Ces passages qui prolongent le boulevard renouent avec l'origine orientale des souks Cairotes. L'immeuble Glaoui marque sa présence avec ses superbes tourelles couvertes de zelliges. Le passage du Grand Socco constitue une seule entité avec le passage Sumica. Des miroirs placés à des endroits stratégiques accentuent la profondeur. Le passage Tazi est une oasis de fraîcheur. Mais les magasins ont fermé et des graffitis cachent les marbres splendides et les zelliges d'époque. Et c'est à l'entrée du Marché Central que l'on retrouve le langage des portes monumentales de Fès ou de Meknès. Le rond-point Patton nous ramène au débarquement américain en 1942. L'immeuble Shell de Marius Boyer a des accents presque berlinois… Quelle voie, peut égaler un tel foisonnement architectural et une telle qualité d'ouvrage ? Malheureusement, depuis de nombreuses années, ces artères issues de la colonisation ont été délaissées pour diverses raisons. Les édifices du boulevard Mohammed V souffrent aujourd'hui, d'un manque évident d'entretien. Des constructions prestigieuses qui avaient été réalisées en toute conformité avec les règles les plus rigoureuses, se sont retrouvées en quelques décennies, dans un état de dégradation sérieux. Les façades sont délabrées, les logements peu entretenus. L'immeuble Bessonneau, conçu par l'architecte Hubert Bride, sur un terrain de 2800m2, a de graves problèmes de stabilité.

Les trottoirs sont en piteux état, sales, recevant des marchands à la sauvette, tels de vulgaires rues sans intérêt. Où est notre beau boulevard où il faisait si bon flâner, à l'ombre des arcades ?

Publié par Bouchra Bensaberdans La Gazette du Maroc.

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