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Le mauvais oeil dans la tradition juive

Le mauvais oeil dans la tradition juive

Guershon Nduwa

Protection contre le mauvais oeil

Ce phénomène créé par le regard, a été analysé par les Sages de la Mishna.

Quand les choses que nous voulons faire sont obstruées par des causes irrationnelles, on peut sentir l’influence d’une intrusion externe, d’un désir avide d’empêcher notre progrès, fut-il minime.

On se sent être observés depuis nos traits physiques, jusqu’à nos aptitudes psychologiques ou sociales. Nos biens matériels, notre manière d’exprimer notre joie, même nos enfants peuvent devenir victimes de ce regard externe qui ne les aime pas, et veut voir leur progrès ralenti par l’énergie ambiante de cette malveillance environnante.

Rabban Yohanan dit a ses disciples : « sortez et allez vous enquérir du mauvais chemin duquel l’homme doit se détourner. »
⁃ Rabbi Eliezer répondit : « avoir un œil malveillant. »
⁃ Rabbi Yehoshua : « se faire un mauvais compagnon. »
⁃ Rabbi Yossi : « se faire un mauvais voisin. » Rabbi Shimon : « emprunter et ne pas rembourser, car emprunter à l’homme, c’est emprunter à Dieu, ainsi qu’il est écrit : ‘‘L’inique emprunte et ne paye pas, mais le juste est gratifiant et donne avec générosité’’ » (Ps. 37,21).
⁃ Rabbi Elazar fils d’Arakh dit : « avoir un mauvais cœur. »
⁃ Je préfère l’opinion d’Elâzar fils d’Arakh, répliqua le maître, car les vôtres sont contenues dans la sienne. »

Le mauvais chemin, qui conduit par toutes ces étapes, ou peut être défini en ces quelques idées, est celui qui conduit a la fracture sociale et à l’inimitié.

La meilleure manière de nommer le Mauvais Œil, le mauvais voisinage, la convoitise, c’est « Mauvais cœur », pour le replacer dans son origine purement émotionnelle.

Mauvais cœur est un cœur qui ne voit que l’extérieur, et qui oublie ou même nie sa propre nature intérieure.

Mauvais cœur croit à la couleur peau, au vêtement plus qu’au corps, à l’apparence plus qu’au caractère, au pouvoir plus qu’aux qualités humaines, au transitoire plus qu’au permanent, et finit par devenir ‘mauvais œil’ parce qu’il ne voit pas bien, et insiste à manifester son erreur de regard.

Le chemin dont on doit se détourner, est celui qui commence dans l’oubli du cœur.
Le racisme est le langage, le raisonnement, la philosophie, de l’oubli du cœur.

Emprunter pour ne pas rendre, est la véritable cause consciente derrière cet oubli. On veut déposséder l’autre des biens que la vie lui a donné. En faisant ceci, on détourne le regard du cœur vers l’extérieur, ou être affamé devient sa réalité quotidienne.

Car rien dans la réalité extérieure ne peut rassasier le cœur.
Ce phénomène de vampirisation des cœurs et des rapports humains est réel pour ceux qui en sont victimes.
Les Sages de la Mishna nous enseignent l’importance de la recherche de la désignation de ce que nous vivons. Il faut selon eux remonter à la source, et renommer les choses pour qu’elles correspondent au lieu duquel elles émanent.

Les victimes du racisme savent que les excuses pour justifier leur oppression n’émanent que d’un mauvais cœur.
Le mauvais œil qui accompagne le mauvais cœur voit tous les atouts de l’autre comme une menace, et s’empresse de les dévaluer.
Tout devient une preuve d’infériorité.
Mauvais-cœur est capable de mesurer votre crâne, vos narines, la couleur de vos yeux, de votre peau, et faire des calculs pour prouver votre infériorité afin de satisfaire son insécurité.

Mauvais-cœur voit en mal le bien des autres.
Il veut aller jusqu’à chez eux pour les déposséder, dans leurs pays de leurs propres ressources, sans les rembourser, sans même les remercier, mais en faisant une propagande constante d’infantilisation, et de justification des violences et des pillages.
Se protéger de ce mauvais œil veut dire être conscients d’où et de comment il frappe.

Le racisme est une maladie contagieuse du cœur.
Être conscient qu’elle existe, et tirer les conséquences morales justes de cette réalisation, est ce qui peut nous en protéger.
Si le racisme existe en nous, le mauvais œil existe en nous.
Si le mauvais œil existe en nous, nous ne pouvons pas être protégés.

Sachant ceci, on peut comprendre pourquoi dans la Torah quand Jacob craignait le mauvais œil de son frère Esau, il a adressé toutes ses prières pour que le cœur de son frère soit transformé.
Esau dit a Jacob : tiens prend, j’ai beaucoup.
Jacob lui répond : merci, j’ai tout.
Esau lui dit: viens, courrons au sommet de la montagne
Jacob lui répond : quand à moi, je vais à la vitesse des femmes et leurs enfants.

Lire ce passage, en tirer des leçons, ils nous concerne tous dans notre engagement vers un regard plus inclusif, un regard qui bénit et fait prospérer nos semblables, et les protège des jugements insensibles et inhumains.

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