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Tweets antisémites contre Miss Provence : la difficile traque des haineux en ligne

Tweets antisémites contre Miss Provence : la difficile traque des haineux en ligne

À la suite de l’élection de Miss France et des insultes antisémites visant Miss Provence, une enquête a été ouverte pour identifier les auteurs des messages. Reste encore à obtenir la collaboration des géants d’Internet, pas toujours évidente.


Un tombereau d'insultes antisémites visant April Benayoum, une Miss dont le seul tort, aux yeux de ses détracteurs, aura été d'expliquer que son père était de nationalité israélienne. La dernière élection de Miss France, le 19 décembre, illustre les ravages causés par la haine en ligne. Deux jours après le concours de beauté, le parquet de Paris a ouvert une enquête des chefs d'injures à caractère raciste et provocation à la haine raciale. Les investigations ont été confiées à la brigade de répression de la délinquance contre la personne (BRDP).

Pour les policiers de la PJ de Paris, le plus dur va être d'identifier les auteurs de ces messages publiés pour la grande majorité anonymement sur le réseau social Twitter. Ces dernières années, nombre de plaintes n'ont ainsi pu aboutir faute d'identification des auteurs de messages haineux. Toutefois, à la suite de l'attentat ayant visé Samuel Paty, les gendarmes du C3N avaient réussi à identifier et à livrer à la justice plusieurs internautes coupables d'apologie du terrorisme.

VIDÉO. Miss Provence visée par des insultes antisémites : « Elle a besoin de soutien », pense Miss France

De fait, sur Twitter, nombre d'internautes portant des discours haineux « ne font pas beaucoup d'effort pour se cacher », souligne un enquêteur habitué à ce type de dossier. Pour remonter jusqu'à eux, les enquêteurs « multiplient les réquisitions auprès de Twitter pour obtenir l'adresse mail ou le numéro de téléphone liés au compte d'une personne ayant tenu un discours de haine. » Si l'internaute ne s'est pas caché derrière un VPN pour brouiller sa trace, « on peut obtenir son nom et le traduire devant la justice ». Mais pour cela, il faut que Twitter joue le jeu. Ce n'est pas toujours le cas.

Soumis à la législation américaine, les réseaux sociaux comme Twitter ou Facebook se montrent parfois réticents à communiquer les informations d'un utilisateur. « Quand cela concerne un risque d'attentat, il n'y a aucun problème, souligne un enquêteur habitué à traiter avec ces géants américains. C'est beaucoup plus dur quand il s'agit de liberté d'expression… » À l'époque du mouvement des Gilets jaunes, Twitter a ainsi refusé aux autorités françaises des informations au sujet de personnes ayant insulté Emmanuel Macron. « Dans notre loi, cela pouvait constituer un outrage au chef de l'Etat, explique un enquêteur. Pour eux, on était dans le domaine de la liberté d'expression. »

Des médiateurs entre Twitter et les enquêteurs

Les insultes antisémites dont a été victime Miss Provence pourraient, selon la législation américaine, entrer dans le même cadre. « Avec Twitter, on est toujours sur la base d'une coopération gracieuse, appuie un spécialiste au sein des forces de l'ordre. La seule manière de les contraindre, c'est une décision de justice et une demande d'entraide internationale qui peut prendre des mois. »


Depuis quelques mois, policiers et gendarmes ont donc mis en place des « médiateurs » entre eux et Twitter. Leur rôle est de faire prendre conscience au géant américain des « spécificités du droit français » et ainsi obtenir des informations essentielles pour renvoyer ceux qui se livrent à la haine en ligne devant la justice. Contacté récemment par Le Figaro, Twitter avait simplement expliqué : « Nous appliquons nos règles de manière judicieuse et impartiale pour tous et prenons des mesures significatives si un compte enfreint nos règles. »

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