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Velléités antilibérales en Orient, par Dr. David Bensoussan

Velléités antilibérales en Orient, par Dr. David Bensoussan

Bien que les enfants de plus de 2000 officiels iraniens fassent leurs études aux États-Unis, le discours officiel rejetant l’Occident se perpétue en Iran. Pour le Guide suprême iranien, il faut islamiser les sciences humaines, brûler les livres de philosophie des infidèles et créer des sciences sociales islamiques. On retrouve des propos similaires au Moyen-Orient. Ils touchent à la culture et aux libertés.

Effacer les influences culturelles

Le cheikh saoudien Muhammad Al-Munajid qui fut diplomate à Washington a décrété que Mickey Mouse est un agent de Satan et devrait être tué au même titre que les rongeurs dans une maison. Le télévangéliste turc Ahmet Mahmut Ünlü a déclaré que le jeu d’échecs est plus dangereux que les jeux du hasard et a conseillé aux joueurs d’échecs d’égrener leur chapelet. Selon le regroupement d’érudits islamistes Ahl Al-Hadith, l’usage des émoticons est interdit dans l’islam.

Le journal saoudien Al Watan a incité de ne pas jouer au soccer avec des équipes de 11 personnes comme les Juifs et les Chrétiens, d’éliminer la barre transversale du gardien de but, soulignant que les shorts et les T-shirts numérotés n’étaient pas des tenues islamiques.

Une cacophonie d’interdits

En 2013, le Grand mufti du Cachemire a décrété que le chant n’est pas islamique et a obligé un groupe féminin de rock de dissoudre leur bande. Les prêches d’un imam égyptien ont été suspendues après qu’il ait chanté dans un show télévisé.

En Arabie saoudite, le conseil de la Shura a défini 45 offenses antisociales relatives à l’indécence, punissant jusqu’à 5 mois d’emprisonnement et d’amende pécuniaire les personnes fautives : elles couvrent entre autres la nudité, la musique près des mosquées ou la prise de photos d’un véhicule en collision. Les shorts sont interdits pour les hommes et il est interdit de dévisager une personne plus de cinq secondes. La prise de selfies est interdite dans les lieux saints.

Au Maroc, le cheikh Abderahman Sekkach a déclenché la controverse en affirmant sur les ondes de la station radio Chaada FM que l’acte sexuel illicite cause le cancer de l’utérus…

L’épée de Damoclès du blasphème

L’accusation – subjective – de blasphème plane sur tous ceux qui osent interroger les vérités communément acceptées avec des conséquences parfois funestes…

En Algérie, la loi stipule que quiconque offense le prophète ou dénigre le dogme et les préceptes de l’Islam, que ce soit par voie d’écrit, de dessin, de déclaration ou tout autre moyen est passible d’un emprisonnement de trois (3) ans à cinq (5) ans et d’une amende importante.

En Mauritanie, le discours blasphématoire est passible de peine de mort.
En Arabie, le prince saoudien Abdel Aziz bin Saud bin Mohammed Al Saud a publié dans le journal Sabq, un poème appelant à la crucifixion des dissidents. Le blogueur Raif Baddawi a été condamné à sept ans de prison et des douzaines de coups de fouet pour ses écrits considérés comme blasphématoires. Un autre blogueur, Shamri, a été condamné à mort pour insulte à Dieu et au prophète.

Des fatwas appelant à la mise à mort ont été émises contre le politicien hollandais Geert Wilders par des clercs en Australie. En Iran, une autre fatwa appelant à la mise à mort a été émise contre le pasteur baptiste Jerry Farwell qui a affirmé que le prophète Mohamed était un homme de guerre violent. Rappelons que l’auteur des Versets sataniques Salman Rushdie a été condamné à mort en Iran en 1988. Le traducteur japonais des Versets sataniques Hitoshi Igarashi a été tué. En février 2016, des agences médiatiques iraniennes ont ajouté 300,000 dollars à la mise à prix de la tête de Rushdie estimée à 3,3 millions de dollars.

Au Pakistan, Asia Bibi qui est mère de famille chrétienne a été accusée de blasphème par des tierces personnes. Elle a été dénoncée par un mullah et condamnée à mort par pendaison. Acquittée par la Cour suprême, les foules ont décrié leur haine dans des manifestations publiques. Sa tête a été mise à prix par des fanatiques. Elle a trouvé asile au Canada.

Ingérences politiques

Au Qatar, le prédicateur des Frères musulmans Youssef al-Qaradawi a prédit la fin de l’Égypte si les Égyptiens allaient voter et a donc interdit la participation au vote qui a renversé feu le président Morsi.

Bien que le président de Dyanet ait affirmé que son organisation n’est pas politique, il a néanmoins admis en commission parlementaire que les imams turcs à l’étranger cherchent à identifier pour le gouvernement turc les sympathisants de la mouvance Fetullah Gulen dans 38 pays. Notons également l’interdiction de se teindre les moustaches et de nourrir des chiens à l’intérieur d’une résidence.

La mosquée d’Al-Azhar a décidé de mette de l’ordre dans les fatwas et a mandaté 50 érudits islamiques pour les décréter. En effet, des centaines de cheikhs au CV plus ou moins fourni débitent des fatwas à longueur de journée. Il n’en demeure pas moins que le président de l’université le Sheikh Ahmad Hosni Taha a accusé l’intellectuel Islam Al Baheiri d’apostasie après que ce dernier ait qualifié l’institution de bastion d’une pensée religieuse arriérée et obscurantiste.

Toutes ces idiosyncrasies ne vont pas sans une certaine dose de paranoïa conspirationniste. Pour le président turc Erdogan responsable du recul de la démocratie EN Turquie cette dernière décennie, le concept d’islam modéré est occidental et vise à affaiblir l’islam. S’adressant en 2011 aux Turcs vivant en Allemagne, il les a incités à faire 3 et 5 enfants, car « vous êtes le futur de l’Europe. » Lors de la réunion de l’organisation des états islamiques en 2012, le Premier ministre turc Erdogan avait déclaré : nous ne pouvons accepter des insultes contre l’islam en guise de liberté de la pensée. Le Premier ministre malaisien a quant à lui avancé que les droits de la personne, l’humanisme et la laïcité constituent des menaces pour l’islam.

Une péroraison incompréhensible

Il est difficile de comprendre la motivation derrière ces décrets, interdits et mises au pilori. Ces rejets de l’Occident touchent rarement à la violence ou à la permissivité hollywoodienne. Il semblerait que la pénétration de la culture occidentale menace le confort d’une société régie par une coutume moyenâgeuse et qui craint sa remise en question (1).

Pourtant, les grands penseurs de l’islam dont Averroès n’ont pas fait cas de tabous et des préjugés qui heurtaient la raison.

En ne se manifestant que très rarement, les modérés de l’islam laissent le champ libre aux radicaux. Comment comprendre qu’ils acceptent l’absence d’autocritique les maintenant dans la stagnation ? Leur silence est généralement attribué aux régimes autoritaires auxquels ils sont soumis. Ces derniers qui ne permettent qu’à la voix des radicaux de s’exprimer, s’appuieraient-ils sur les discours intolérants pour renforcer leur mainmise sur la société ?

Est-il possible d’ignorer cette réalité parce qu’elle est voilée derrière les discours de relations publiques aseptisés auxquels l’Occident a droit ?

1. L’Organisation de la coopération islamique regroupant 57 états membres tente depuis plus d’une décennie de faire adopter des lois anti-diffamatoires dans les institutions internationales. Néanmoins, la Cour européenne des droits de l’homme a réaffirmé le droit du respect des sentiments religieux d’autrui en 2018 (article 9). Une loi anti-blasphème a été adoptée en Russie en 2013.

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