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Violences à Washington : Quelle part joue l’antisémitisme dans l’extrême droite américaine ?

 

 

Violences à Washington : Quelle part joue l’antisémitisme dans l’extrême droite américaine ?

ETATS-UNIS De très nombreux signes antisémites ont été vus sur les partisans radicaux de Donald Trump ayant envahi le Capitole à Washington mercredi

Jean-Loup Delmas

 

 

De nombreux signes antisémites ont été aperçus chez  les partisans radicaux de Donald Trump qui ont envahi le Capitole ce mercredi : tee-shirt « Camp Auschwitz », tatouages et symboles  néonazi, ou membres connus de groupuscules néonazis américains comme Matthew Heimbach ou Jason Tankersley.

Rien de bien surprenant pour Tristan Mendès France, maître de conférences associé à l’université de Paris ​en cultures numériques et qui étudie depuis longtemps les extrêmes. Pour lui, le constat est sans appel : « Le cœur nucléaire de la "trumposphère" radicale est biberonné à l’antisémitisme, même si bien sûr toute la base trumpienne ne l’est pas. »

Qanon et complotisme, des terreaux fertiles à l’antisémitisme

La raison vient principalement du rapprochement avec la mouvance Qanon, aux nombreux messages antisémites, qui abreuve depuis longtemps la branche la plus radicale des supporteurs de Donald Trump, faisant croire entre autres en une grande théorie du complot visant à faire élire illégalement Joe Biden. « C’est sans surprise que l’on retrouve au Capitole à la fois des signaux Qanon et des marqueurs antisémites, tee-shirt, slogan très clair », constate le maître de conférences.

Pour résumer, Qanon véhicule la thèse d’un complot venant d’élite pédo-sanatiques dominant le monde et plus encore les Etats-Unis. Or, « dès qu’on mélange le fantasme des élites mondiales et du complotisme, on ouvre quasi systématiquement la porte à l’antisémitisme », note Tristan Mendès France. Conséquence fatale, les thèses complotistes ayant explosé avec le coronavirus, l’antisémitisme « est de plus en plus visible, de plus en plus à visage découvert, et a de plus en plus de toxicité. »

L’antisémitisme dans l’histoire des Etats-Unis

Au-delà des circonstances exceptionnelles du coronavirus, l’antisémitisme « est un élément central dans l’idéologie de l’extrême droite américaine même s’il ne revêt pas la même importance selon les mouvements concernés », renseigne Alexis Pichard, chercheur en civilisation américaine, auteur de l’ouvrage Trump et les médias, l’illusion d’une guerre ? : « On le retrouve très naturellement dans les groupes néonazis, qui ont prospéré sous Barack Obama et ont été légitimés par Donald Trump tout au long de sa campagne de 2016 et même au-delà. Il faut se souvenir notamment des manifestations "Unite the Right" de Charlottesville à l’été 2017 durant lesquelles les militants d’extrême droite scandaient aussi bien "You will not replace us" que "Jews will not replace us". »

 

Pour le chercheur en civilisation, la tradition antisémite de l’extrême droite américaine remonte à minima aux années 1940, lorsqu’émerge le mouvement populiste America First, caractérisé par son opposition ferme à l’administration Roosevelt et sa haine des juifs. « Bien que l’adhésion des fascistes et des nazis soit officiellement proscrite par le mouvement, ses rangs sont pourtant peuplés de partisans d’Hitler, de sympathisants de l’Allemagne nazie », souligne-t-il.

Donald Trump, jamais désolidarisé

Voilà pour les raisons structurelles et conjoncturelles. Reste une dernière chose, l’influence de Donald Trump lui-même là-dedans. Pour Tristan Mendes France, le président américain surfe sur une ligne de crête depuis longtemps : il ne s’est jamais affilé à Qanon, mais ne s’en est jamais départi non plus. Le maître de conférences recense ainsi plus de 200 fois où le chef d’Etat a relayé ds comptes twitter Qanons sur son propre compte.

Donald Trump a également souvent fait des références plus ou moins directes à l’extrême droite. Alexis Pichard : « Aussi, quand durant sa campagne de 2016, il choisit comme slogan-phare "America First", sous l’influence de Steve Bannon, idéologue de l’extrême droite, il noue un lien de filiation avec le mouvement populiste des années 1940 même si la sémantique qu’il encode dans l’expression lui permet de nier tout rapprochement idéologique. »

Une stratégie dite du clien d’oeil, dont le chercheur en histoire recense encore bien des exemples : « après les heurts à Charlottesville, il avait déclaré qu’il y avait de « très bonnes personnes » parmi les manifestants d’extrême droite, donc parmi les néonazis. Trump a aussi adopté des emblèmes de l’extrême droite antisémite durant sa campagne de 2016 à l’instar de Pepe the frog, personnage de fiction détourné en icone de la fachosphère. »

Une stratégie qui semble désormais se retourner contre lui, dans une Amérique choquée les évènements du Capitole et qui ne pourrait bien jamais pardonner Donald Trump cette crise, même en 2024 au moment où il pourrait avoir l’ambition de se représ

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