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TOLÉRANCE ET RÉCIPROCITÉ par Thérèse Zrihen-Dvir

 

Chers lecteurs et lectrices, cher amis (es)

En ce jour Ô combien pénible du 9 av, pour nous les juifs, nous sommes tous appelés à faire un repli sur nous-même, une introspection, un examen profond de notre conscience et notre attitude envers le Créateur et toute Sa magnifique création mise à notre disposition. Je vous propose donc un extrait de l’étude de Mme Hind Lahmami sur la Tolérance auquel j’ai modestement pris part :

PAROLE AUX ÉCRIVAINS JUDÉO-MAROCAINS CONTEMPORAINS

Thérèse nous dit :

Texte inédit sur la notion de tolérance

Tolérance et Réciprocité

Les deux clefs principales ayant joué un rôle crucial dans l’entente entre les communautés, les cultures et les religions au Maroc sont : La Tolérance et la réciprocité.

Viennent ensuite, la nécessité, la survivance et les intérêts communs. Il faut aussi préciser que cela rappelait par moment un équilibriste s’aventurant sur une corde ténue tant la fragilité de ces rapports pouvait en un rien de temps, être compromise.

Il fallait beaucoup de patience, de sagesse et de savoir pour permettre à deux ou trois cultures de se côtoyer sans provoquer de graves remous. Au Maroc, sous protectorat, la proximité d’éléments français a magistralement contribué au polissage des angles. La proximité et présence de sa culture et de sa permissivité avaient ouvert au sein des jeunes autochtones des notions différentes, des manières et un style nouveau de vie – apport indéniable, qui a contribué à la fruition des communautés locales.

Néanmoins, nul d’entre nous ne peut ignorer que la tolérance et le respect trouvent leurs racines dans la sainte Bible : Dans l’exode, lorsque Moïse et Aaron convoquent l’assemblée face au rocher. « Puis Moïse leva la main et frappa deux fois le rocher avec son bâton. Il sortit de l’eau en abondance. L’Éternel leur dit en ces mots : Parce que vous n’avez pas cru en moi… vous ne ferez pas entrer cette assemblée dans le pays que je lui donne ». La punition infligée à Moïse et Aaron vient du fait qu’au lieu de solliciter le rocher pour qu’il donne de l’eau, comme le Seigneur leur avait ordonné, ils le frappèrent avec le fameux bâton. « Mais pourquoi avoir frappé ce rocher au lieu de lui parler ? » Reprocha l’Éternel.

Respect au rocher…Respect à la nature entière… Respect à toute la Création. C’est ce que nous sommes tous appelés à déduire des « Lois de l’Éternel ».

La Bible aussi nous dit que nous avons tous été créé à l’Image de D.ieu. D.ieu n’a pas d’image – c’est donc une métaphore. Par contre D.ieu est en nous tous. Nous faisons tous, sans aucune exception, partie de l’immense création divine. Nous nous rapprochons du Créateur lorsque nous réussissons à voir en l’autre le reflet de Son image, lorsque nous sommes capables de nous rehausser à ce niveau tant convoité d’être aussi tolérant et respectueux que l’est l’Éternel envers Sa propre création.

L’Éternel nous a dotés de certains aspects qui nous permettent de nous reconnaître en LUI. Il nous a accordé le libre-arbitre afin de faire le choix entre ce que nous définissons et/ou est défini par le Créateur dans Ses lois, comme le Bien ou le Mal… mais aussi et surtout la capacité de choisir la voie que nous voulons adopter pour nous et nos descendants…

« Deutéronome 30:19 … « J’en prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j’ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie, afin que tu vives, toi et ta postérité…

Si D.ieu, béni-soit-Il est capable de tolérance, de respect, de pardon et de miséricorde, comment nous les humains – faits d’une simple poignée de sable, n’en sommes pas en mesure de suivre Son exemple, Sa voie ? Et surtout, comment pouvons-nous demander au Créateur de nous pardonner nos méfaits, nos erreurs, si nous ne sommes pas capables de le faire envers nos semblables ?

Posons-nous la question banale : Qu’est-ce la vie ?

Nous réalisons d’un coup, que nous ne sommes que des passagers éphémères sur cette planète appelée « Terre ». Nous sommes tous périssables… Nous naissons du ventre de notre mère aussi nus qu’un vers et retournons à la terre dont nous sommes faits, aussi nus qu’à notre naissance… Qu’emportons-nous avec nous ? L’or, les possessions, les richesses, la gloire, la célébrité, le glamour ??? Rien. Nous n’emportons avec nous que ce que nous avons fait en ce bas-monde : NOS ACTES, qu’ils soient bons et honorables, mauvais ou exécrables. Et cette âme que l’Éternel nous a insufflée regagnera le Créateur, purifiée ou avilie… pour être jugée.

La tolérance c’est d’abord accepter l’autre, accepter le partage, accepter la proximité… comprendre que la terre sur laquelle nous vivons n’appartient à personne… Elle appartient au Créateur. Comprendre aussi l’absurdité de s’entretuer pour des possessions que nous ne garderons jamais éternellement, puisque l’éternité n’appartient qu’au Créateur. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas essayer de défendre notre petit coin de paradis afin d’empêcher des envahisseurs, cupides, ambitieux, envieux, malfaiteurs, de nous les usurper… Non, nous devons défendre notre vie, notre espace, notre foi et protéger notre descendance contre tous ceux qui n’ont pas encore assimilé leur temporalité… et qui dans leur erreur tragique mènent leurs semblables vers le crime, la destruction et la mort.

Je ne manque évidemment pas d’exemple de tolérance et de respect ayant vécu de nombreuses années au Maroc. Mon meilleur souvenir, je le dois à son excellence feu le Gouverneur de Marrakech, Monsieur Tahar Ou Assou pour lequel j’avais travaillé :

« Nous étions en tournée à Safi, lors d’une enquête. J’étais la seule jeune femme dans toute cette grandiose équipée. Le soir venu, après de longues heures de travail, nous nous sommes tous rendus à la salle de réception pour dîner. N’étant qu’une employée régulière, notamment, dactylographe, je pris un siège autour de la table des chauffeurs et des factotums. Soudain, le majordome, dépêché apparemment par Monsieur Assou, vint me demander de m’asseoir à la droite du gouverneur autour de la grande table d’honneur, cerclée des personnalités impliquées dans cette enquête. De surprise en surprise, le gouverneur, qui n’ignorait pas ma judéité, demanda au chef cuisinier s’il y a des aliments cashers dans le menu. Devant leur absence, il reçut l’ordre de m’offrir un menu qui n’enfreint pas mon code de religion. Je reçus un poisson en barbecue et de la salade verte sans aucun assaisonnement. Je fus aussi la première à être servie, selon les exigences du gouverneur. Je n’oublierai jamais le respect que Monsieur Assou, m’avait démontré.

« Je garde encore de mon enfance, la magistrale leçon reçue de feue ma grand-mère Juive et pratiquante, qui employait une famille musulmane, comprenant l’époux, la femme et leur fillette dans sa grande maison. L’époux était responsable des emplettes au souk tandis que sa femme devenait l’aide à ma grand-mère dans la cuisine et le nettoyage des lieux. Quant à leur fillette, elle m’aidait à mettre de l’ordre dans ma chambre et jouait avec moi, une fois mes devoirs terminés. Je me rappelle qu’au Ramadan, ma grand-mère évitait d’imposer aux musulmans qu’elle employait un travail épuisant, mais aussi, elle leur préparait la fameuse soupe Hrira pour la fin du jeûne. Un jour, je m’étais approchée d’elle pour lui demander les raisons de son étrange attitude envers ses employés musulmans… elle baissa les yeux, surprise par ma question, puis de sa voix douce et calme, elle me répondit ceci : « Ma fille, nous faisons tous partie de la Création Divine et sommes aussi frères. Nous glorifions le même D.ieu, sous différents noms… Pour les musulmans c’est Allah, pour nous les juifs c’est HaShem, pour d’autres c’est le Saint-Esprit… et chacun de nous est libre de le glorifier comme il l’entend. L’essentiel c’est de ne jamais oublier, que nous tous faisons partie de la création divine ».

Je n’avais qu’une dizaine d’années. Ces paroles restèrent depuis gravées dans mon esprit. J’avais cessé de voir le Musulman et le Chrétien comme des étrangers, mais bien comme des Frères.

Thérèse Zrihen-Dvir

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