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Réhabilitation du patrimoine juif, une politique portée au plus haut sommet de l’état

Qu’il soit culturel, historique ou religieux, le patrimoine israélite du royaume vit, depuis plus d’une décennie, à l’heure de la réhabilitation. celle-ci concerne autant la dimension matérielle qu’immatérielle. une politique portée au plus haut sommet de l’état.

Les images sont encore présentes dans les esprits des habitants de l’ancienne médina de Casablanca. Nous sommes le 16 décembre 2016, SM le Roi Mohammed VI visite la synagogue Ettedgui après sa restauration, tout près du Musée El Mellah. Deux hauts lieux du judaïsme marocain en plein cœur de la ville blanche qui abrite la plus importante communauté juive marocaine: environ 2.000 personnes, selon certaines estimations.

La dimension territoriale de la réhabilitation…

Si ce projet s’inscrit dans le cadre de la réhabilitation de l’ancienne médina, il n’en est pas moins l’expression de la forte détermination du Souverain de faire de ces lieux des espaces de dialogue culturel et de cohabitation, pour reprendre les termes du Secrétaire général du Conseil des communautés israélites du Maroc, Serge Berdugo. Le constat est d’autant plus significatif que ces deux lieux se trouvent non loin de la mosquée Jamaâ Al Hamra et de l’église San Buenaventura.

Trois lieux symboliques, trois cultes, qui en disent long sur cette singularité, celle d’un Maroc pluriel. C’est également la démonstration, s’il en faut, de l’attachement du Royaume à la préservation des différents affluents de son identité ainsi que la promotion de sa diversité. Qu’on se le dise, son héritage hébraïque est une composante intégrante de son identité nationale. Et Casablanca, malgré sa forte symbolique, n’est qu’un exemple, puisque ces efforts sont également déployés dans d’autres villes du Royaume.

Au cours du même mois de 2016, SM le Roi Mohammed VI, après une visite au quartier Esalam, ex-Hay El Mellah, à Marrakech, donne ses instructions pour rebaptiser ses ruelles et ses places de leur nom d’origine. L’objectif étant de préserver la mémoire historique de ces lieux. Un communiqué du ministère de l’Intérieur précise alors que ces instructions royales «émanent du souci du Souverain (…) de sauvegarder le patrimoine civilisationnel du Royaume ainsi que le patrimoine culturel de l’ensemble des composantes de la société marocaine».

La synagogue Al Fassiyine (ou Slat Al Fassiyine), située à Fès El-Jdid dans la nouvelle médina de la capitale spirituelle du Royaume, est un autre exemple édifiant de l’intérêt porté au patrimoine judéo-marocain. Après une fermeture qui a duré quelques années, la synagogue a été restaurée en 2013 et rouverte pour des services religieux en 2016.

Une réhabilitation, s’ajoutant à celle de la synagogue d’Aben Danan, adossée dans les semaines qui viennent à un nouveau musée consacré à la culture juive à Fès. En effet, les travaux de ce projet, initié par SM le Roi Mohammed VI, et entrant dans le cadre de la réhabilitation de la Médina de la cité millénaire, ont été achevés. Construit par l’Agence pour le développement et la réhabilitation de la ville de Fès (ADER) sur un terrain appartenant à la communauté juive, ce projet a nécessité une enveloppe de 10 MDH entièrement supportée par le budget d’état. Et à la faveur d’un accord bipartite, il sera géré par la Fondation nationale des musées du Maroc et la Fondation du patrimoine culturel judéo-marocain.

Un peu plus loin vers le nord du Royaume, d’autres actions de rénovation ont été entreprises ou sont en chantier. Il s’agit, notamment, des synagogues Assayag et Nahon à Tanger où il est également question de mettre sur pied un musée juif, consacré à la communauté sépharade originaire d’Espagne et qui vivait dans la ville du Détroit, à Tétouan, qui vient de voir le lancement d’un grand chantier, et dans la région du Nord de manière générale.

La ville d’Essaouira n’est pas en reste, puisqu’en janvier 2020, le Souverain a visité «Bayt Dakira» (La Maison de la Mémoire). Un autre espace, initié par l’association Essaouira-Mogador, aux multiples dimensions : historique, spirituelle, culturelle. Et qui, après des travaux de restauration, abrite aussi la Synagogue «Slat Attia». Mais aussi, le Centre international de recherches Haim et Célia Zafrani, dédié à l’histoire des relations entre le Judaïsme et l’Islam.

Les sites funéraires ne sont pas en reste

Tous ces sites, et d’autres, sont le témoignage d’une appropriation de l’identité plurielle du Maroc à travers ses diverses expressions : costumes, documents, bijoux et autres éléments constituant l’histoire de la communauté marocaine de confession juive. Tout un symbole d’une continuité historique ancrée dans le passé, vivace dans le présent et porteuse pour le futur. C’est que la réhabilitation de ces lieux participe d’un chantier encore plus vaste. Qui de plus, au cours des dernières années, a connu la restauration de pas moins d’une douzaine de synagogues, de sanctuaires et autres sites funéraires.

Et rien que pour ces derniers, on fait état de 167 cimetières restaurés. Un effort colossal et unique en son genre de par le monde, rendu possible suite à une décision royale dont la mise en œuvre a été actée, à partir de 2010, par la Fondation du patrimoine culturel judéo-marocain. Un ensemble de sites choisis sur plus de 200 répertoriés au départ et qui concerne une quarantaine de provinces dans les quatre coins du Maroc.

LES CHERCHEURS aussi se METTENT AU travail…

Toujours est-il que cet intérêt porté au patrimoine judéo-marocain ne s’arrête pas qu’à ce niveau. En effet, il y a tout un travail de fouille qui se fait sur cette part de la mémoire collective. D’ailleurs, il y a quelques semaines, on apprenait la découverte d’un morceau d’un manuscrit religieux juif écrit en hébreu au cœur d’une synagogue, du côté de la palmeraie d’Akka dans le Sud, dans le village de Tagadirt.

Une trouvaille qui va mettre à l’actif deux archéologues, un Marocain, Saghir Mabrouk de l’INSAP, et un Israélien, Yuval Yekutieli, de l’Université Ben Gourion du Néguev. Et ce n’est pas le fruit du hasard. C’est que cette découverte fait partie d’un grand projet qui tend à l’exploration et, partant, la réhabilitation du patrimoine judéo-marocain oasien. Un projet, mobilisant plusieurs chercheurs, qui entre dans un cadre de recherche plus large devant permettre de lever le voile sur des pans de l’histoire du patrimoine judéo-marocain en particulier et de l’Histoire du pays en général.

Ce sont là les pierres d’un grand édifice. Celui de la réhabilitation du patrimoine matériel et immatériel judéo-marocain. Les intervenants, lors de la Semaine judéo-marocaine à Créteil, organisée en mars dernier, ne s’y sont d’ailleurs pas trompés lorsqu’ils évoquaient l’exception marocaine en la matière.

Un ensemble de mesures qui ravissent les descendants des Juifs originaires du Royaume. Preuve en est, les multiples pèlerinages qui connaissent, d’année en année, de plus en plus d’affluence…

Au fronton de la Loi Fondamentale

«état musulman souverain, attaché à son unité nationale et à son intégrité territoriale, le Maroc entend préserver, dans sa plénitude et sa diversité, son identité nationale une et indivisible. Son unité, forgée par la convergence de ses composantes arabo-islamique, amazighe et saharo-hassanie, s’est nourrie et enrichie de ses affluents africain, andalou, hébraïque et méditerranéen». Le préambule de la Constitution de 2011, à lui seul, résume le caractère pluriel d’une identité singulière. Celle d’un Royaume qui revendique et défend sa pluralité qui constitue le fondement de son unité. Raison pour laquelle le Maroc s’est investi dans un grand chantier qui consiste, justement, à promouvoir et à préserver son patrimoine. D’où cet intérêt particulier pour la préservation de la part de mémoire portée par le judaïsme marocain. Une part indissociable de son Histoire, de son présent et de son avenir.

Source: La Vie économique(article diffusé le 13 Avril 2023).

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