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La communauté juive de Montréal subit une campagne de terreur

 

Marie-Andrée Chouinard

À Montréal, la terreur a pris le chemin de l’école. Loin des combats qui continuent de faire des morts dans la bande de Gaza et en Israël, la folie destructrice de la guerre s’est faufilée un peu partout, causant une flambée de gestes antisémites que, des quatre coins du monde, on dénonce. À Montréal, la communauté juive ne peut plus envoyer ses enfants à l’école l’âme tranquille depuis que des coups de feu ont été dirigés contre deux écoles, l’une d’entre elles attaquée deux fois en quelques jours. La nouvelle a fait le tour du monde. Des germes de la haine ne fleurit rien de bon.

Depuis cette journée sanglante du 7 octobre, le terrain de l’hostilité et des animosités meurtrières ne fait que s’étendre. Ses frontières ont depuis longtemps dépassé les lignes où se trouve le premier terrain de la haine, entre les autorités d’Israël et du Hamas. Partout sur le globe, des crimes haineux ont été perpétrés, résultats de ce que l’islamophobie et l’antisémitisme ont de pire à offrir. Des deux côtés du camp de cette guerre, les sympathisants extrémistes semblent incapables de s’arrêter à manifester soutien ou solidarité. Ils doivent faire mal eux aussi : quelqu’un, quelque part, doit payer pour les affronts qu’au Proche-Orient des peuples subissent.

Tristement, tragiquement, il faut constater que de toutes les animosités, c’est celle contre les juifs qui s’enflamme le plus au gré des actualités. On note une augmentation des crimes haineux dans plusieurs pays, y compris le Canada, où Montréal se fait championne. Dans le monde, des cocktails Molotov ont été lancés sur des synagogues, des étoiles de David ont été dessinées sur des résidences, des cimetières juifs ont été profanés, des synagogues ont été attaquées. À Montréal, ce sont des douilles et des trous de balle que la police a retrouvés aux abords de deux écoles, ce qui a suscité l’opprobre et l’indignation de toute la classe politique. Il n’est pas chic de voir cela ici, chez nous.

Des dispositifs de sécurité ont évidemment été ajoutés aux abords des écoles, et malgré le courage de la communauté juive, qui a choisi de ne pas céder à cette campagne de terreur et de continuer à envoyer ses enfants dans les écoles visées, l’insécurité règne. Au printemps 2021, après une escalade de tensions israélo-palestiniennes qui avait fait centaines de morts et milliers de blessés, le même scénario s’était produit à Montréal. Les organisations de représentation juives et des familles racontaient combien il ne faisait pas bon vivre à Montréal, prendre la rue pour aller faire les courses, la ruelle pour jouer avec les copains ou même le chemin de l’école. En France, ce dimanche, quelque 182 000 Français sont descendus dans la rue pour dénoncer l’antisémitisme, dont les manifestations se comptent par centaines depuis l’attaque perpétrée par le Hamas contre Israël le 7 octobre.

Chaque fois que le Proche-Orient saigne, des juifs du monde entier paient par centaines de milliers pour la stratégie politique du seul gouvernement d’Israël. Tout cela n’est pas normal.

Comment s’extirper de ce cycle de haine et de détestation, qui traverse les continents et se transmet de génération en génération ? Si vous ne l’avez pas encore lu, il faut aller s’abreuver à la pensée et à la prose du dramaturge libano-québécois Wajdi Mouawad, qui a publié d’abord dans Libération, puis dans Le Devoir, un texte coup-de-poing intitulé « Ils n’auront pas notre haine ». Il y raconte, dans une poésie lucide, le chemin de celui en qui on a planté très tôt « la graine d’une fleur immortelle et indéracinable », la détestation, qui le faisait haïr « par héritage ». « Une des fleurs de détestation qui se déploie le plus aisément en nos contrées et qui dégage le parfum le plus envahissant est la fleur de l’antisémitisme », écrit M. Mouawad, qui invite à ne pas sombrer dans le piège tendu par le Hamas le 7 octobre, soit de « faire en sorte que l’après soit avant tout antisémite ».

Tout comme il ne faut pas céder aux campagnes de terreur, il ne faut pas non plus s’empêcher de voir un monde où la nuance peut trouver son chemin et permettre que cohabitent en une même pensée les condamnations successives de tout discours islamophobe et de toute flambée antisémite ; que puissent vivre dans un même souffle la réaction horrifiée face aux atrocités commises le 7 octobre sur des civils israéliens et la peine immense pour le drame indicible et meurtrier vécu depuis plus d’un mois par le peuple palestinien assiégé à Gaza ; que puissent coexister, sans que la haine n’oblige à choisir un camp, des sentiments d’humanité pour le peuple visé en plein coeur par ce conflit perdu d’avance, qu’il soit juif ou palestinien.

Après des actions concrètes de protection et de prévention, l’éducation et le dialogue demeureront toujours les remparts les plus solides à ériger pour que cette bêtise violente qu’engendre la haine ne se faufile pas jusqu’à un sanctuaire nommé école.

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