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Gaza, les objectifs de l’Iran, la riposte israélienne (info # 012403/19) [Analyse]

Par Guy Millière © Metula News Agency

 

Voici une dizaine de jours, deux roquettes de conception iranienne Fajr M70 [l’aube] ont été tirées depuis Gaza en direction de Tel Aviv. Elles n’ont eu aucune conséquence destructrice. L’Armée israélienne a réagi en opérant une centaine de tirs ciblés sur le territoire de la bande de Gaza, sans faire de victimes parmi la population et les terroristes, et sans toucher les rampes de lancement des projectiles. Le gouvernement israélien a aussitôt été critiqué pour n’avoir pas procédé à une riposte plus sévère. Dans une période durant laquelle des élections vont avoir lieu, il est logique que des opposants au gouvernement fassent entendre leur voix et disent qu’ils feraient mieux à sa place.

 

J’aurais tendance à employer sur le sujet une vieille phrase très connue : la critique est aisée, mais l’art est difficile. Et l’art, en l’occurrence, implique de prendre en compte tous les éléments composant la situation.

 

Le Hamas, qui régit la bande de Gaza (mais ne la régit pas entièrement, car le Djihad islamique palestinien peut agir sans que le Hamas ait apparemment les moyens de l’en empêcher), obéit aux ordres de ceux qui le financent. Aujourd’hui, c’est essentiellement l’Iran et, secondairement, le Qatar. L’Iran a tout intérêt au présent à tenter d’attirer Israël vers une intervention plus lourde à Gaza aux fins qu’Israël se détourne de son objectif prioritaire immédiat, qui consiste à juguler la mainmise de l’Iran sur le territoire syrien, de manière directe ou par le biais du Hezbollah. L’Iran veut aussi, autant que possible, peser sur les élections israéliennes.

 

L’Iran (et le Qatar) voudraient, en supplément, changer la donne régionale et entraîner Israël vers une guerre plus étendue, de façon à ce que les négociations en cours entre les Etats-Unis, Israël, l’Egypte, l’Arabie Saoudite échouent, car, au cœur de ces négociations, il y a précisément l’endiguement de l’Iran et une modification profonde de la donne régionale.

 

La centaine de tirs effectués par l’Armée israélienne à Gaza a été une riposte proportionnée prenant en compte le fait que les deux roquettes tirées ont été soit interceptés, soit qu’elles sont tombées en terrain non habité et n’ont eu aucune conséquence destructrice. Le dôme de fer a montré depuis longtemps son efficacité et a montré aussi que les tirs vers Israël pouvaient être déjoués. La centaine de tirs a rappelé qu’Israël pouvait détruire l’intégralité de la bande de Gaza si telle était la décision du gouvernement israélien. Les tirs israéliens ont été précis. Ils ont touché des installations. Ils n’ont pas tué, car ils n’étaient pas destinés à tuer.

 

La riposte choisie a évité à Israël de se laisser prendre dans l’engrenage que l’Iran aurait voulu provoquer, et permet donc à Israël de rester tourné vers le danger essentiel, la mainmise de l’Iran sur le territoire syrien, et vers l’objectif diplomatique et stratégique lui-même essentiel, les négociations en cours.

 

Il ne fait aucun doute que le Hamas, tout comme le Djihad Islamique palestinien devront être mis hors d’état de nuire, et il ne fait aucun doute aussi que ce sera une priorité pour le gouvernement israélien dans un proche avenir. Il ne fait aucun doute non plus que nombre d’Israéliens souhaiteraient que la mise hors d’état de nuire se fasse beaucoup plus rapidement et de manière drastique. Je suis, en soi, sur cette longueur d’onde, et je souhaite moi-même la destruction totale et irrémédiable du Hamas et du Djihad Islamique palestinien. Mais les choses se feront de la façon dont le gouvernement israélien l’aura décidé et quand il l’aura décidé, et pas quand l’Iran (ou le Qatar) l’auront choisi. Les choses se feront sans hypothéquer le traitement du danger essentiel et l’objectif diplomatique et stratégique lui-même essentiel.

 

Le rôle de dirigeants lucides et responsables est de raisonner en regardant le moyen terme et de poursuivre les buts qu’ils se sont fixés sans en dévier.

 

Les déclarations des dirigeants égyptiens, rendues publiques, qui ont non seulement condamné les tirs du Hamas mais laissé entendre très clairement que si les tirs se reproduisaient (ni les dirigeants égyptiens ni les dirigeants israéliens ne prennent au sérieux, au-delà des formules diplomatiques, l’affirmation des dirigeants du Hamas disant que les tirs de roquettes en direction de Tel Aviv ont été effectués par erreur), l’Egypte ne désapprouverait pas une action de destruction intégrale du Hamas par l’Armée israélienne sont très significatives de ce qui se dessine pour le moyen terme.

 

Le soulèvement populaire qui a lieu en ce moment à Gaza affaiblit le Hamas et montre qu’il n’hésite pas à tirer à balles réelles sur la population qui est sous sa coupe. Laisser ce soulèvement continuer à affaiblir le Hamas, et ne pas donner à ce dernier la possibilité de détourner l’attention de la population de Gaza des motifs de son mécontentement est, en supplément du reste, une attitude pertinente.

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