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Al Sissi a neutralisé le Hamas

Al Sissi a neutralisé le Hamas (info # 010910/13) [Analyse]

Par Sami El Soudi ©Metula News Agency

                       

Le risque d’une nouvelle confrontation entre le Hamas et l’Armée israélienne est devenu quasi nul ; sur le terrain, les provocations de la branche palestinienne des Frères Musulmans contre les Hébreux, qui consistaient à lancer par surprise des roquettes contre des zones habitées, ont pratiquement cessé.

 

La raison de cette accalmie est simple : les Egyptiens sont parvenus à détruire 95% des tunnels de contrebande qui menaient de la péninsule du Sinaï à Gaza. Si à l’époque de Morsi, on comptait jusqu’à 300 de ces conduits souterrains en activité, le Bureau de Coordination des Affaires Humanitaires de l’ONU, l’OCHA, indique dans son dernier rapport qu’il n’y en a plus que dix qui continuent de fonctionner. Et même ce nombre est en constante diminution.

 

A partir de Rafah la gazaouie, on tente de rallonger les boyaux encore sauvegardés afin d’échapper à la vigilance des soldats d’al Sissi. On leur rajoute mille mètres pour dépasser la zone que les Egyptiens ratissent, mais ils les découvrent tout de même et ils les rasent au bulldozer, les font exploser à la dynamite ou les noient.

 

De plus, depuis le 3 juillet dernier, l’Armée qui a repris le pouvoir au Caire s’emploie également à se réapproprier le contrôle des voies de communication, notamment de la région frontalière avec le Soudan, des points de passage sur et sous le canal de Suez et des routes du Sinaï.

 

Et elle n’hésite pas, pour ce faire, à coopérer sur une large échelle avec Tsahal, après avoir établi comme doctrine que ce qui est bon pour Israël est aussi bon pour l’Egypte, au moins au niveau de la lutte contre le terrorisme islamiste.

 

Cela n’a guère été facile, car les journalistes, les étrangers et les Palestiniens en particulier ne sont pas les bienvenus dans le nord du Sinaï, mais j’ai pu me rendre sur les lieux. En dépit de l’autorisation écrite dont je bénéficiais, j’ai tout de même été interpelé cinq fois en 48 heures. J’ai reçu une gifle qui a cassé mes lunettes, et ai été traité de "Palestinien, fils de 10 000 prostituées" (c’est de cette façon qu’Hosni Moubarak évoquait le plus souvent Yasser Arafat), parmi d’autres aménités dénotant de la même cordialité.

 

J’ai aussi connu un épisode amusant : amené devant un jeune officier à lunettes, genre intello des années soixante, je fus prié de déclamer ma profession. Après avoir répondu "journaliste", le capitaine en question me demanda pour quel journal. Je lui rétorquai qu’il y avait peu de chances pour qu’il connaisse mon agence de presse mais il insista en élevant la voix.

 

"La Métula News Agency, je connais très bien, je vous lis chaque jour et je vous apprécie", entonna-t-il triomphal dans un français sûrement excellent. Mais les choses faillirent se gâter pour moi lorsque je lui précisai que je ne pratique pas la langue de Molière et que mes articles sont traduits de l’anglais. C’était probablement une explication trop poussée pour le QI de mon gardien, et je me rendis compte qu’il ne crut pas une minute que j’étais Sami El Soudi. Il continua de me toiser d’un œil suspicieux : comment pouvais-je être El Soudi et ne pas parler français ?

 

La tension est extrême dans toute la région. C’est la haine et la défiance qui prédominent. Des militaires m’ont raconté comment une vingtaine de leurs camarades qui circulaient à bord d’un bus ont été interceptés par des miliciens djihadistes et obligés de descendre du véhicule et de se coucher la face dans le sable. Ils ont été ensuite massacrés au fusil-mitrailleur.

 

Celui qui me narre l’incident affirme avoir été l’un des premiers à être arrivés sur les lieux du guet-apens ; il raconte que les hommes avaient subi, en plus de la mort, des outrages difficilement descriptibles et qu’il a fallu plusieurs heures pour identifier certains corps complètement mutilés.

 

Le témoin précise à mon intention que les coupables de ce crime ont été retrouvés vingt-quatre heures plus tard et que "nous les avons tous zigouillés avec la même attention que celle utilisée pour éliminer nos camarades". Plus de la moitié étaient des mercenaires djihadistes venus de divers pays, les autres, des Palestiniens de Gaza.

 

"On meurt pour un rien dans le Sinaï", me confie un autre soldat apparemment plus calme. "Ici, c’est vraiment la guerre, avec d’un côté l’Armée, et de l’autre, tout ce que l’islam sunnite compte de radicaux exaltés. Vous prenez la route au volant d’une Jeep à un poste de contrôle et un sniper vous tire une balle dans la tête", précise mon interlocuteur, "cela advient plusieurs fois par semaine".

 

Le bruit du moteur d’un drone israélien interrompt notre conversation. Je sors la tête de la petite baraque de briques blanches pour m’apercevoir que l’appareil se trouve profondément à l’intérieur du territoire égyptien. "On s’entraide", me fait le seul officier présent, lisant ma relative surprise, "pourquoi, on ne devrait pas ?".

 

Le Hamas est clairement sur la défensive. Je parviens à interpeler l’un de ses responsables, à distance, au point de passage quasi désert avec l’Egypte : "Ils nous assèchent, mon frère, me crie-t-il, ils étendent le blocus avec les Juifs, tout ce qui rentre est passé au peigne fin et transite par le site de transbordement officiel de Kerem Shalom".

 

Vrai, mais dans la bande de Gaza, il ne manque que les armes. Tout ce dont les habitants ont besoin arrive d’Israël. Ce sont des dizaines de semi-remorques israéliens qui nourrissent la population palestinienne chaque jour avec de moins en moins de produits interdits. Ce qui transitait par les tunnels, c’était surtout des roquettes et des fusils mitrailleurs, des explosifs, des miliciens étrangers, des instructeurs iraniens, de l’argent et même des esclaves au service de la cause djihadiste qui justifie et blanchit tout. On faisait aussi la contrebande de carburant, beaucoup moins cher en Egypte qu’en Israël et de certaines denrées de base, produites dans le pays des pyramides.  

 

Ismaïl Hanya, le calife de la bande côtière, n’a pas uniquement perdu la capacité de lancer des bombes sur les civils israéliens, il est également à court d’argent ; octobre va être le troisième mois d’affilée durant lequel les 40 000 fonctionnaires de Gaza (sur 1.2 millions d’habitants) ne percevront que la moitié de leur salaire.

 

Pour attendrir la rue arabe, déjà fort sollicitée par les images en provenance de Syrie, sans pour autant irriter al Sissi, on pousse les ex-"employés" des tunnels à geindre au micro des télévisions étrangères. Pure méthode Hamas, voir la "prison à ciel ouvert, la pénurie d’énergie, la famine, le manque de médicaments, l’empoisonnement des puits", et j’ai encore des pages entières d’exemples à proposer. Cela fait des mois que nous voyons sur nos écrans des hommes en pleurs expliquer qu’ils n’ont plus de quoi nourrir leur famille et qu’ils ont envie de se laisser mourir de honte. On essaie de nous faire croire que la contrebande d’armes est un commerce bénéfique, mais le public fatigue, il est de plus en plus averti.

 

Et les menaces en provenance du Caire ne tarissent pas. Chaque fois que des miliciens défilent à Gaza en faisant le signe de ralliement caractéristique des pro-Morsi, Abou Marzouk, le no.2 du Hamas, qui est établi au Caire, se voit convoqué par les généraux et vivement sermonné. Ensuite, il va à la télévision présenter ses excuses au "peuple égyptien" pour les "fautes commises par les gens de son organisation".

 

Tous les chefs du Ḥarakat al-Muqāwamah al-ʾIslāmiyyah, le Mouvement de la Résistance Islamique, le Hamas, se succèdent dans les media pour affirmer qu’ils n’ont rien contre le pays des pharaons, ni contre son gouvernement, son armée, ses partis et pour garantir qu’ils n’entendent aucunement s’immiscer dans les affaires intérieures du pays du delta du Nil.

 

Ils n’ont pas vraiment le choix de dire autre chose. Dans al Hayat (la vie) paraissant à Londres et noyauté par les princes saoudiens, Nabil Fahmy, le ministre des Affaires Etrangères égyptien, a prévenu que le Caire riposterait très violemment en cas de tentatives d’ingérence du Hamas dans les affaires nationales, et il tenu à préciser qu "il existait à ce sujet de nombreux indicateurs négatifs".

 

Juste après être revenu en Israël-Palestine en étant obligé de faire un détour considérable et d’expliquer en long et en large les raisons de ma visite, s’est ouvert au Caire le procès de Mohamed Morsi et de 14 autres responsables de son gouvernement. On leur reproche, l’hiver dernier, d’avoir donné l’ordre de tirer dans la foule et d’avoir ainsi provoqué la mort de manifestants pacifiques.

 

Aujourd’hui, dire simplement "Printemps", au Caire et dans le Sinaï, peut vous valoir de très mauvais moments. Mais la paix va mieux et l’obscurantisme religieux a subi un revers radical. Qu’Allah en soit remercié (tentative d’humour, je ne suis pas pratiquant) et qu’il aide à boucher les tunnels de mort qui opèrent encore. Que tous ceux qui plaignent les islamistes soient obligés de vivre une semaine parmi eux. Ce sont des monstres, non pas des victimes et ils se moquent de la démocratie comme moi de la charia.    

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