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Rabbi Raphael Encaoua Grand Rabbin du Maroc (1848-1935)

 

Rabbi Raphael Encaoua Grand Rabbin du Maroc (1848-1935)

 

 

En 1912, le Maroc fut placé sous protectorat français, et c’était les Français, avec à leur tête le maréchal Lyautey, qui étaient les véritables dirigeants. Ils exigèrent que les juifs nomment un comité représentatif de leur communauté, et à sa première session, il fut décidé de demander au maréchal Lyautey d’établir un poste de Grand Rabbin du Maroc qui représenterait les juifs vis-à-vis du nouveau gouvernement. De plus, on décida que ce poste serait confié à Rabbi Raphaël Encaoua zatsoukal, qui était alors à la tête du tribunal rabbinique de Salé.

Les autorités acquiescèrent à cette demande, et des représentants de la communauté vinrent annoncer sa nomination au Rav Encaoua. Quand il entendit cela, Rabbi Raphaël sursauta et s’écria avec colère : « Et qui donc m’a nommé Grand Rabbin de la communauté, alors qu’il y a Rabbi Chelomo Ben Danan à Fès, et à Marrakech il y a le gaon Untel, et à Meknès le Grand Rabbin Untel, et à Sefrou etc., etc... comment avez-vous osé me choisir de préférence à tous ces grands ? »

Les membres du comité essayèrent de se justifier en disant que c’était le maréchal Lyautey qui l’avait nommé. Mais il se mit à les gronder : « Comment un non-juif peut-il me choisir entre tous ces grands sages ? Seuls des rabbanim sont qualifiés pour choisir le plus éminent d’entre eux, c’est pourquoi dites au maréchal Lyautey que je ne conviens pas », conclut-il avec humilité.

Ils revinrent trouver le maréchal Lyautey pour lui annoncer que le Rav Encaoua n’acceptait pas le poste, et qu’il fallait choisir quelqu’un d’autre. Quand le maréchal entendit ce qu’avait dit Rabbi Raphaël Encaoua, il décida que lui et lui seul serait le grand rabbin qui convenait pour ce poste. Et s’il refusait absolument, il n’y aurait pas de grand rabbinat du Maroc.

Le comité revint trouver Rabbi Raphaël pour lui faire part de la décision du gouverneur, en lui expliquant que ce poste était très important pour les juifs du Maroc et qu’on n’avait pas le droit d’y renoncer. Le Rav demanda quelques jours de réflexion, et au bout d’une semaine il se rendit à Fès pour rencontrer Rabbi Chelomo Ben Danan zatsoukal, qui était à la tête du tribunal rabbinique. Rabbi Chelomo était un décisionnaire extrêmement érudit, et avait rédigé plusieurs ouvrages de halakhah : les responsa « Bikech Chelomo », les responsa « Acher LiChelomo », et d’autres.

Rabbi Raphaël lui raconta qu’on lui avait donné un poste qui ne lui revenait pas, mais qui était plutôt fait pour lui, Rabbi Chelomo, c’est pourquoi il venait le convaincre d’accepter d’être grand rabbin. Il proposait que Rabbi Chelomo soit le premier à signer toutes les décisions qui sortiraient du Grand Tribunal rabbinique. La différence de salaire entre le titre qu’il détenait et celui de grand rabbin lui revenait également, c’est pourquoi tous les mois Rabbi Raphaël lui remettrait cette différence, qu’il recevrait du gouvernement. Vis-à-vis de l’extérieur, Rabbi Raphaël serait le grand rabbin, dans les comptes-rendus des décisions du Tribunal rabbinique qui seraient traduites en français, il signerait donc le premier, et Rabbi Chelomo après lui.

Après des heures de discussion, chacun essayant de convaincre l’autre que lui-même n’était pas le plus grand  et que le poste de grand rabbin revenait à son ami, l’avis de Rabbi Raphaël l’emporta à condition que la différence de salaires serve à assumer les dépenses supplémentaires qui seraient causées par le déménagement de Fès à Rabat et autres frais du même genre. C’est ce qui fut conclu.

Au bout de quelques années, on s’aperçut que toutes les décisions qui provenaient de ces deux tsaddikim ne portaient aucune signature. Apparemment, il y avait à chaque fois une discussion pour décider qui devait signer le premier. Quant à l’argent que Rabbi Raphaël apportait à Rabbi Chelomo, celui-ci protestait qu’en réalité, il revenait à Rabbi Raphaël, mais qu’à cause des frais de déménagement etc., il se trouvait obligé de le prendre...

Un témoin oculaire a raconté qu’un jour, Rabbi Raphaël Encaoua zatsoukal alla prier dans une autre synagogue pour honorer de cette façon une famille importante. Naturellement, son arrivée dans cette synagogue représentait un grand honneur, et quand on arriva à la lecture de la Torah, le ‘hazan appela : « Que se lève notre maître et notre Rav, couronne de nos têtes, le gaon et impeccable dayan, l’homme humble et juste... » et autres nombreux qualificatifs.

Le Rav Encaoua ne bougea pas de sa place pour monter à la Torah. Tout le monde crut qu’il n’avait pas entendu l’invitation du ‘hazan, et on lui dit qu’on l’avait appelé à la Torah. Il répondit doucement qu’il avait entendu ce qu’avait dit le ‘hazan, mais qu’il ne s’agissait pas de lui, car le ‘hazan avait parlé de quelqu’un d’autre, et il refusa de monter jusqu’à ce que le ‘hazan revienne sur son appel et invite à monter à la Torah le Rav Raphaël Encaoua, sans qualificatifs.

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