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Septembre noir : les conséquences des attentats aux Jeux Olympiques de Munich en 1972

Septembre noir : les conséquences des attentats aux Jeux Olympiques de Munich en 1972

 

 

Pour la première fois un cadre de haut niveau se dévoile et raconte de l'intérieur les opérations les plus secrètes d’un service mythique : le Mossad. Pour ce faire, il a choisi de rédiger la biographie d’une femme exceptionnelle, qui a marqué tous ceux qui ont travaillé avec elle : Sylvia Rafael. Après l’attentat contre les athlètes israéliens aux JO de Munich, elle participe notamment à la traque des terroristes et de leur "cerveau", Ali Hassan Salameh. Extrait de "Sylvia, une vie au coeur du Mossad" (2/2).

Sur l’écran de télévision de son petit appartement parisien, Sylvia avait suivi avec attention les événements de Munich. Ces scènes terribles la hantaient : des terroristes masqués dans la véranda du quartier des athlètes israéliens en train de négocier avec les officiers de sécurité allemands, les otages arrivant avec leurs ravisseurs à la base militaire, en train de sortir du bus et s’avançant vers l’avion sous la menace des mitrailleuses des terroristes. Puis, soudain, les forces allemandes qui cernaient la base ouvrirent le feu.

Un avion partit en flammes. L’un des lampadaires s’éteignit à cause d’un coup de feu. Pendant quelques instants, on n’avait vu que les échanges de tirs entre les terroristes et les Allemands avant le silence. Le journaliste était réapparu à l’écran et avait annoncé que la liaison avec l’Allemagne avait été interrompue et qu’il ne savait pas quand elle reprendrait.

Sylvia ne pouvait en croire ses yeux. Les attaques terroristes en Israël et ailleurs s’étaient multipliées à un rythme infernal mais c’était la première fois que les assaillants faisaient preuve d’autant d’audace. Ils n’avaient pas hésité à utiliser la visibilité internationale d’un événement sportif mondial et à prendre des athlètes israéliens en otage. Sylvia se demanda où étaient les agents de sécurité israéliens et allemands au moment où les terroristes avaient pénétré dans le village olympique. Elle ne savait pas si le personnel de sécurité israélien avait tenté d’arrêter les terroristes sur le chemin de la base militaire aérienne. Elle avait beaucoup de questions et le reportage télévisé ne lui apportait aucune réponse.

Le lendemain matin, elle se leva tôt et sortit acheter les journaux anglophones. Elle lut avec horreur que les sportifs israéliens avaient été tués lors de l’assaut allemand à l’encontre des ravisseurs. Cela lui fit penser au massacre perpétré par les nazis sur sa famille ukrainienne. Cela s’était à nouveau produit : des innocents avaient été assassinés seulement parce qu’ils étaient juifs.

 

Un titre plus petit du Herald Tribune affirmait que Septembre noir, dirigé par Ali Salameh, avait revendiqué l’opération. L’article présentait les activités de l’organisation et une biographie de son leader. Ce dernier était décrit comme « un terroriste expérimenté et déterminé, qui ne craignait pas la mort »..

Sylvia lut différents articles et cela lui laissa un goût amer. Elle imaginait Israël plongé dans le deuil. Le haut commandement du Mossad devait sûrement être en train d’organiser des réunions de crise dans une atmosphère de tension et de vigilance accrues.

Elle avait désespérément besoin de parler à quelqu’un, d’exprimer ses sentiments et d’être réconfortée. Elle ne pouvait se confier à son amant, Hans, puisqu’il lui était interdit de lui révéler ses liens avec Israël, même s’il était son seul véritable ami à Paris. À part avec son officier traitant, elle n’avait aucun contact avec des agents du Mossad dans la capitale française, et Abraham était actuellement occupé à organiser son retour en Israël après avoir terminé sa période de service à Paris. Son prochain officier traitant, qui portait le surnom de David, était déjà arrivé pour prendre le relais.

Trop bouleversée pour rester seule à broyer du noir, elle téléphona à David pour lui demander un rendez-vous. Lorsqu’ils se rejoignirent, il remarqua qu’elle avait les yeux rouges d’avoir tant pleuré. Il devinait aisément quelle en était la raison : lui aussi était profondément peiné par la terrible tragédie.

Sylvia lui montra l’article du Herald Tribune sur Ali Salameh et lui dit :– Oui, je suppose, lui répondit son nouvel officier traitant, même si personne ne l’en avait informé. – J’espère que lorsque cela arrivera, je ferai partie de la mission, ajouta-t-elle. – Tu sais bien que ça ne relève pas de moi, Sylvia. Si une telle mission est en préparation, elle aura sûrement lieu dans un pays arabe, et non ici. – Je suis déjà allée dans un pays arabe. Cette idée ne me fait pas peur. » Il chercha une réponse susceptible de la satisfaire et finit par dire : « J’espère qu’ils envisageront de faire appel à toi. – Ce n’est pas assez, David. Tu as des relations, tu connais les patrons du Mossad. Parle-leur de notre conversation. » D’après ce que lui avait dit son prédécesseur, David savait que malgré sa personnalité extravertie, Sylvia était très disciplinée et ne demandait jamais rien. « Tu n’as peut-être pas l’habitude qu’un membre de l’organisation demande quelque chose pour lui-même, dit-elle, comme lisant dans ses pensées. Mais une grande partie de ma famille paternelle a péri dans la Shoah. Les Allemands n’auraient pas réussi à exterminer tant de Juifs si leurs victimes avaient pu se défendre. Si je suis venue en Israël et que j’ai fini par rejoindre le Mossad, c’est principalement parce que j’ai décidé de défendre les Juifs, d’empêcher qu’une chose telle que le génocide ne se reproduise. Salameh tue des Juifs. Il continuera à moins que quelqu’un ne l’en empêche. Je veux être cette personne. – Tu es courageuse, lui répondit David. Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour que, le temps venu, ta demande soit prise au sérieux. » L’évaluation psychologique dans le dossier de Sylvia disait : « L’agitation qui règne en Sylvia exprime un grand besoin d’action… Elle sait qu’elle est spéciale et qu’elle a des capacités aussi inhabituelles que variées. »

Pour le gouvernement israélien, il était clair qu’il devait réagir rapidement et fermement au massacre des onze athlètes à Munich. On fit appel à l’Air Force. Des avions israéliens bombardèrent les camps terroristes du Liban et de la Syrie, provoquant la mort d’un grand nombre de combattants qui s’entraînaient là-bas. Cependant, il était évident que cela ne suffirait pas à dissuader les organisations terroristes. Entre-temps, le Mossad reçut une information disant que Septembre noir avait déserté ses quartiers généraux de Beyrouth, craignant une attaque israélienne. La plupart des leaders du Fatah et des dirigeants d’autres organisations avaient décidé de faire profil bas jusqu’à ce que les choses se calment. Arafat lui-même était hautement protégé, il y avait donc pour l’instant peu d’espoir de réduire les rangs des terroristes arabes. Israël était dans une impasse. Il était évident qu’il fallait désormais frapper fort pour porter un coup fatal aux terroristes. Mais, en même temps, il était nécessaire de réagir immédiatement, même si cette action n’avait pas beaucoup d’effets ou n’était pas assez intimidante. On fit de nouveau appel à l’Air Force : ses avions s’envolèrent en direction du Liban, élargissant la portée des bombardements à différentes infrastructures et installations. Cela provoqua beaucoup de victimes et de blessés, mais il y eut très peu de gros titres dans les journaux. La presse israélienne fut cependant très critique vis-à-vis de telles opérations et le consensus général trouvait qu’elles n’atteignaient pas l’objectif visé.

 Hassan Salameh nageait dans le bonheur, plus victorieux et confiant que jamais, interprétant la réaction des Israéliens comme un signe clair de leur confusion et de leur position de faiblesse. Il sentait qu’il était plus que temps de lancer une nouvelle attaque contre Israël, qui assènerait un coup fatal au moral du pays. Quelque temps après les bombardements israéliens, il revint dans ses quartiers généraux. Il étudia plusieurs stratégies, il plaça ses agents localisés en Europe en état d’alerte et leur ordonna d’effectuer plusieurs missions.

Quelques jours plus tard, une unité de terroristes détourna un avion de passagers allemands, déclarant que si l’Allemagne ne relâchait pas les trois criminels qui avaient survécu au massacre de Munich, ils tueraient les otages. Les Allemands cédèrent. Les prisonniers furent libérés et embarquèrent dans un avion pour la Libye, où ils furent chaleureusement accueillis par une grande manifestation. Des gens furent piétinés à mort en essayant de toucher la main des trois criminels, comme s’ils étaient des envoyés de Dieu sur Terre. Ce succès encouragea Septembre noir à frapper une nouvelle fois quelques jours plus tard à différents endroits. Ami Schori, l’attaché à l’Agriculture de l’ambassade israélienne à Londres, était en train d’ouvrir son courrier du matin, comme à son habitude, quand dans ses mains explosa une lettre piégée envoyée à son bureau par une institution académique. Schori fut tué sur le coup. Zadok Ophir, un agent du Mossad basé à Bruxelles, était dans un café du centre-ville et attendait un Arabe qui lui avait promis de lui vendre des informations sur les gangs terroristes en Europe. Ce qu’il ignorait c’était que l’homme qu’il était sur le point de rencontrer était un agent double (et un agent de Septembre noir), qui lui avait préparé une mauvaise surprise. L’Arabe s’approcha d’Ophir et sortit un revolver. Il tira sur l’Israélien et le blessa gravement. Celui-ci resta entre la vie et la mort pendant plusieurs mois à l’hôpital de Bruxelles, avant de finalement s’en remettre et de reprendre du service.

À la suite de ces attaques, les Israéliens et Juifs du monde entier finirent par se sentir constamment menacés et en sécurité nulle part. Des mesures de sécurité contre le terrorisme furent instaurées dans tous les lieux où les populations juives étaient en nombre. Des règles de sécurité particulièrement strictes furent établies dans les synagogues et les écoles et établissements juifs. Pour Israël et le monde juif, il apparaissait évident qu’une réaction israélienne adéquate devait venir faire obstacle aux organisations terroristes.

C’est dans ce contexte que Mme le Premier ministre Golda Meir convoqua une réunion de crise dans son cabinet. Son visage triste traduisait sa peine. « Cette situation est intolérable », déclara-t-elle avant de demander aux ministres de prendre une décision sans équivoque pour intensifier la guerre contre le terrorisme, recruter davantage de combattants clandestins et lancer de nouvelles opérations. Elle promit au directeur du Mossad de lui attribuer un budget illimité à ces fins et elle exprima son désir de le voir faire tout ce qui était en son pouvoir pour ne pas exposer ses combattants à des risques inutiles.

Aux quartiers généraux du Mossad, un plan d’urgence fut élaboré pour éliminer les personnes impliquées dans l’attaque de Munich, où qu’elles se trouvent. Les directeurs de l’unité opérationnelle reçurent l’ordre de se tenir prêts à agir, puisqu’on leur demanderait d’un instant à l’autre de lancer l’opération.

Extrait "Sylvia, une vie au coeur du Mossad", Moti Kfir et Ram Oren, (Nouveau Monde Editions), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici

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