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Lattaquié : c’étaient bien les Israéliens

Lattaquié : c’étaient bien les Israéliens (info # 011107/13) [Exclusivité]

Par Michaël Béhé à Beyrouth ©Metula News Agency

 

Qassem Saadedine, porte-parole du Conseil militaire suprême de l’ASL – l’Armée Syrienne Libre -, a corroboré mardi ce que nous avions annoncé samedi en exclusivité dans notre article " Mystérieux raid contre la Syrie". A savoir, à propos de la frappe qui avait touché des positions militaires syriennes dans la nuit de jeudi à vendredi dernier, qu’ "il ne s’est pas agi d’une attaque menée par les rebelles".

 

Confirmant les conclusions tactiques de la Ména, Saadedine a reconnu que "l’ampleur des énormes explosions constatées excède les capacités de feu (de l’insurrection), mais, qu’en revanche", a précisé l’intervenant, "elle est en adéquation avec les moyens militaires modernes dont dispose Israël".

 

Il n’est pas clair, pour l’ASL, si l’attaque a consisté en un raid aérien ou si elle a été diligentée à l’aide de missiles mer-terre tirés depuis des navires croisant dans la Méditerranée. Nous partageons ce doute mais retenons également l’hypothèse d’une action conjuguée de la Marine de guerre et de l’Aviation de Tsahal.

 

De plus, nous avons acquis la conviction, en croisant nombre d’informations concordantes et logiques, que les entrepôts détruits à Lattaquié abritaient des missiles terre-mer de type Yakhonts (rubis) [également connus sous l’appellation domestique russe de P-800 Oniks. Ndlr.] de fabrication russe.

 

Ces engins sont particulièrement redoutables ; ce sont des missiles de croisière supersoniques transportant une charge utiles de 250 kilos d’explosifs jusqu’à une distance de 300 kilomètres.

 

La Russie en a livré 72 au régime de Béchar al Assad durant l’année et demie écoulée, et les a également déployés pour la protection de l’importante base navale qu’elle a établie dans le port syrien de Tartous.

 

Dans les semaines à venir, Moscou s’apprêtait à livrer à Assad des systèmes de radar et de guidage sophistiqués permettant d’améliorer la précision des Yakhonts. A notre avis, ce projet ne revêt plus d’urgence particulière, puisque les cinq entrepôts dans lesquels les précieux missiles étaient stockés ont tous été détruits jusqu’aux fondations.

 

Le site d’information syrien al Haqiqa (la vérité) croit savoir que les projectiles ayant détruit les entrepôts de Yakhonts ont été lancés à partir de sous-marins israéliens de fabrication allemande de type Dolphin (dauphin) 4. 

 

Al Haqiqa annonce également, sur la base du témoignage de médecins de l’hôpital de Lattaquié, qu’une douzaine de soldats de l’Armée régulière auraient été tués ou blessés lors de l’attaque. Les chiffres qui nous ont été communiqués par nos fixeurs [informateurs] dans la région font, quant à eux, état d’une vingtaine de morts et d’une quarantaine de blessés, dont six pour lesquels le pronostic vital est engagé. Ce bilan reste toutefois approximatif, nos correspondants n’ayant pas eu la possibilité de constater cette information sur place de manière visuelle mais uniquement par ouï-dire.

 

A partir de la côte syrienne, en considération de la portée des Yakhonts, Damas faisait peser une menace permanente sur une grande partie du trafic maritime de l’Etat hébreu ainsi que sur ses bâtiments militaires.

 

De plus, Jérusalem craignait qu’une partie de ces équipements soit transférée entre les mains du Hezbollah au Liban, auquel cas l’essentiel des activités maritimes dans le bassin est-méditerranéen, y compris les forages pétroliers et gaziers israéliens et cypriotes, auraient été menacées.

 

En mai dernier, Israël et les Etats-Unis s’étaient plaints de l’envoi par Poutine des missiles terre-mer en Syrie. L’establishment de la Défense hébreu avait clairement inclus les Yakhonts sur sa liste des armements sophistiqués dont Israël entend empêcher le transfert au Hezbollah.

 

Les forces de Jérusalem sont déjà intervenues au moins à trois reprises contre des objectifs de cette catégorie en Syrie depuis le début 2013.

 

Interrogé au sujet des explosions de Lattaquié, le ministre hébreu de la Défense, Moshé Yaalon, n’a pas exclu la participation de son pays au raid ; il a répondu aux journalistes : "Nous avons défini des lignes rouges à propos de nos intérêts et nous les conservons. Il y a une attaque ici, une explosion là et les versions divergent – dans chacun de ces évènements se déroulant au Moyen-Orient, c’est habituellement nous qui sommes blâmés dans la plupart des cas".  

 

D’autres hauts fonctionnaires hiérosolymitains ont partagé des insinuations encore plus précises avec les oreilles de nos camarades de la Ména israélienne. Deux d’entre les officiels confirmant la présence des Yakhonts dans la région de Lattaquié ainsi que l’impossibilité pour leur pays d’accepter cette épée de Damoclès à proximité de son cou.

 

Ce que le ministre Yaalon exprime ne participe pas d’une crise de schizophrénie inopinée ; en effet, tous les avatars que subissent les pays arabo-musulmans sont presque systématiquement portés au passif d’Israël. Et pas uniquement les explosions. On a ainsi appris de media et de sources officielles égyptiennes qu’Hosni Moubarak était un agent du Mossad, que Mohammed Morsi était israélite, de même que le nouveau président par intérim, Adli Mansour. En Turquie, des sources autorisées du parti AK de Recep Erdogan, nommément, son vice-ministre Besir Atalay, ont accusé les Juifs d’être coupables du déclenchement des émeutes du parc Gezi.

 

Plus près de moi encore, de nombreux hommes politiques, et pas uniquement parmi les proches du Hezbollah ou ses coreligionnaires, ont accusé Israël d’être à l’origine de l’explosion d’une voiture piégée, mardi, dans la banlieue chiite de Beir el Abed, au sud de Beyrouth. La déflagration a blessé cinquante-trois personnes et creusé un cratère de deux mètres de profondeur.

 

Tous les Libanais savent pertinemment que cet attentat n’est pas l’œuvre des Hébreux, qui visent toujours des objectifs stratégiques et tentent toujours d’épargner les innocents. Lors, certains de mes compatriotes incriminent les Juifs en posant "ingénument" la question : "A qui profite le crime ?".

 

Ils font mine d’ignorer la guerre civile à peine larvée qui oppose les sunnites aux chiites dans mon pays, et qui fait plusieurs morts par semaine. Ces personnalités feignent de ne pas savoir que les communautés sunnite, chrétienne et druze sont proprement terrifiées, ces jours, en constatant la mainmise du Hezb sur l’Armée nationale et, par procuration, des ayatollahs perses sur le Liban.

 

Ils ont oublié les huit morts et soixante-dix-huit blessés de l’attentat de la place Sassine, dans la Beyrouth chrétienne, en octobre 2012, ou ils pensent que tout le monde a déjà pardonné aux chiites cet assassinat collectif d’innocents absolus.

 

A Homs, en Syrie, des combattants de l’opposition ont vu lundi des chasseurs-bombardiers à l’étoile bleue pulvériser un dépôt de missiles antiaériens S-300.

 

Cela figurait dans un message sur Facebook, dans lequel il était précisé que les Israéliens avaient réalisé cette opération par peur que les insurgés ne s’emparent des fusées russes et ne les utilisent contre leurs appareils.

 

Bon. Sauf qu’aucune fusée du système S-300 n’a encore rejoint la Syrie, qu’il faudrait à la piétaille d’al Assad au moins un an pour apprendre à le faire fonctionner, et que les rebelles ne sont pas, à Homs, actuellement en position de s’emparer d’une quelconque base de l’Armée régulière, puisqu’ils battent en retraite.

 

Cela ne signifie pas pour autant que l’aviation israélienne n’est pas intervenue ponctuellement aux alentours de Homs ou ailleurs en Syrie. Car il semble que Jérusalem, profitant du chaos ambiant dans ce pays et de l’invulnérabilité de ses pilotes que lui procure son écrasante avance technologique, ait décidé de faire respecter ses intérêts sécuritaires et n’hésite plus à frapper lorsqu’elle le juge opportun.

 

La multiplication de ces interventions, de même que l’existence d’autres foyers d’actualité très actifs, et aussi l’image de tyran exécrable qui colle aux basques de Béchar al Assad, entraînent la banalisation des activités militaires israéliennes. A cela, il convient d’ajouter le rapprochement certain entre l’Etat hébreu et les grandes capitales arabes sunnites, sur la base de l’antienne "les ennemis de mes ennemis sont mes amis". En matière d’ennemis, il s’agit d’Assad et des Iraniens, prenons la peine de le préciser.

 

L’action israélienne de jeudi à vendredi derniers est un succès à la fois militaire et politique, puisqu’elle donne à tous les ennemis de l’axe Téhéran-Damas-Hezbollah-Moscou, à savoir et dans le désordre, à l’Armée Syrienne Libre, à Israël, à Washington, au Courant libanais du 14 mars, aux Etats arabes, et même aux Européens l’occasion de se réjouir.

 

Et quand une entreprise compte beaucoup de bénéficiaires satisfaits, elle a tendance à se renouveler et à s’étendre. Que personne n’en soit surpris.   

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