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Les '' autres'' Pourim

Les '' autres'' Pourim

 

« Et ce fut au temps d'Assuérus, cet Assuérus qui régnait de l'Inde à l'Ethiopie... » : ce récit du Pourim de Suze (Chouchan), tout le monde le connaît. Mais au cours de l'histoire du peuple juif, d'autres communautés juives à travers le monde ont décidé d'instaurer leur propre '' Pourim '' pour célébrer des sauvetages miraculeux qui se sont produits à différentes époques.

Pourim d'Oran
Nous sommes à Oran, en juillet 1830, au début du mois d'av 5590. Quelques semaines auparavant, les Français ont conquis Alger et ils se dirigent vers Oran, où la communauté juive est sous la menace d'une attaque imminente de ses voisins musulmans. Car s'il est un fait immuable dans l'histoire de l'humanité, c'est que lorsque les non-Juifs se sentent menacés, ce sont immédiatement les Juifs qui paient les pots cassés. Et quand le Bey d'Oran décide de quitter la ville, s'estimant dans l'impossibilité de la défendre, Oran et ses Juifs sont livrés à eux-mêmes.
Les Juifs sentent la tension et l'animosité de la population musulmane monte crescendo. Ils ont vent de projets de pillage et d'attaques de la part de leurs voisins. Réaction immuable elle aussi, face aux menaces, et au danger : la communauté juive se réfugie dans la prière. Durant toute une nuit, le 6 av, les Juifs d'Oran prient, supplient et réclament l'aide d'Hachem.
Le matin arrive, et là, c'est le silence total dans les rues d'Oran. Pas un Musulman dans les rues.
Il n'y aura pas de pogrom à Oran parce que ceux qui, hier encore, appelaient au massacre, se sont enfuis précipitamment lorsqu'ils ont entendu que l'armée française avait débarqué à Mers-El-Kébir le 29 juillet 1830, bien plus tôt que prévu.
Pour commémorer cet événement miraculeux, les milliers de Juifs d'Oran décident alors de célébrer leur propre Pourim, dont la date est donc fixée au 6 Av. À cette occasion, chaque rabbin d'Oran composa un poème et les dirigeants spirituels de la communauté décrétèrent que désormais, on ne lirait pas Ta'hanoun ce jour-là et que l'on instaurerait une cérémonie de Pidyon Néfech (rachat de l'âme). Le Dayan rav Messaoud Darmon rédigea à cette occasion un poème, le '' Mi Kamo'ha '', dont la structure rappelle un des plus célèbres chants liturgiques de Rabbi Yéhouda Halévy. Ce poème est lu jusqu'à aujourd'hui dans les synagogues de rite oranais le Chabbat qui précède le 6 av. Il est imprimé dans le Sidour Bet Ménou'ha.
Pourim d'Alger
Le Pourim d'Alger est également appelé Pourim chrétien ou Pourim Edom. En 1492, les Juifs sont expulsés d'Espagne. Certains trouvent refuge en Afrique du Nord mais voici que la menace de nouvelles persécutions pèse à nouveau sur la communauté. Le roi d'Espagne et représentant de la chrétienté Charles-Quint, lui-même petit-fils d'Isabelle la Catholique et de Ferdinand II d'Aragon, décide de mener une lutte sans merci contre l'Empire Ottoman.
En 1535, il s'empare de Tunis et la livre au pillage durant 3 jours. On dénombre 70 000 victimes, parmi lesquels de nombreux Juifs. D'autres sont capturés pour être vendus comme esclaves. La même année, les Juifs de Tripoli fuient la ville, chassés eux aussi par l'armée espagnole. Et lorsqu'en octobre 1541, la flotte de Charles-Quint se présente devant Alger, les Juifs de la ville craignent le pire. Ils se réunissent dans les synagogues et s'imposent un jeûne. Mais alors que le débarquement de l'armée de Charles Quint semble imminent, durant la nuit du 23 octobre 1541 se déclenche une énorme tempête. La flotte du roi d'Espagne perd plus de 150 bateaux.
Cette issue miraculeuse a été fêtée durant des siècles, les 3 et 4 ‘Hechvan, par un jour de jeûne à l'image du jeûne d'Esther, suivi d'un jour de joie et de fête. De nombreux poèmes ont été écrits pour célébrer cette occasion. Ils font partie du rituel algérois et sont lus à chaque anniversaire de cette délivrance.
Une des synagogues de la ville, la synagogue Abentoua, possédait une téba (pupitre de l'officiant) bien particulière, puisqu'elle était faite du bois des épaves de ces bateaux.

Pourim de Narbonne
Nous sommes en 4996 (1236). Une rixe éclate entre un Juif et un Chrétien, qui se conclut par la mort de ce dernier. De terribles représailles sont organisées contre la communauté juive toute entière.
Des milliers de Chrétiens font interruption dans le quartier juif, connu sous le nom de Ville-Neuve, y mettent le feu et saccagent les biens des Juifs. L'une des maisons attaquées par la foule est celle de Rabbi Méïr ben Its'hak. Tous ses précieux manuscrits sont brûlés. Il ne reste plus rien. Mais au plus fort du pogrom, arrive Don Aymeric, le gouverneur de la ville, à la tête d'un grand nombre de soldats armés. Il rétablit l'ordre, disperse les assaillants et les contraint même à restituer tout ce qu'ils avaient dérobés. Depuis, le 21 Adar est célébré chaque année par les Juifs de la ville sous le nom de Pourim de Narbonne.

Pourim de Tunis
L'histoire que nous allons raconter ne parle pas de méchants vizirs ni de pogroms sanglants. C'est l'histoire d'une tempête de neige, qui s'est abattue sur la ville de Tunis le 19 janvier 1891, soit le 24 Tévet du calendrier juif. De très lourds dégâts sont enregistrés dans toute la ville. À l'instar des dix plaies qui touchèrent les Égyptiens mais pas le peuple d'Israël, l'histoire raconte que le quartier juif, la 'Hara, fut épargné, et que les Juifs n’eurent pas à souffrir de ces intempéries. C'est pour remercier Hachem de ce « miracle météorologique » que la communauté de Tunis décida de fêter ce Pourim un peu spécial...

Pourim de Basrah
La ville de Basrah (Bassore) est située en Perse antique à 120 kilomètres au nord du Golfe Persique, et à environ 160 km au sud de l'ancienne ville de Suze.
L'histoire du Pourim de Basrah se conclut par une délivrance si miraculeuse que les Juifs instituèrent une journée spéciale, un Pourim qu'ils observent chaque année, le second jour du mois de Nissan, l'appelant « le Jour du Miracle ». Une Méguila spéciale (la Méguilat Parass) composée en l'honneur de ce jour en fait le récit.
L'histoire se déroule à l'époque de Soliman Pacha, le gouverneur de Basrah, connu pour son honnêteté et sa droiture, qui aimait les Juifs et qui lui rendaient bien cet amour. Le chef spirituel de la communauté juive de la ville était le Nassi Rabbi Yaakov ben Aharon.
Mais, un jour du mois de Nissan 5531, tout s'effondre. Karim Khan, vizir du Chah de Perse, à la tête d'une puissante armée, impose un siège à la ville de Basrah. Soliman Pacha tente bien de résister mais la famine a raison de ses soldats et de ses habitants et le 27 Nissan, la ville tombe aux mains du vizir. Les pires abus sont commis et le premier jour du mois d’Iyar, Basrah se rend officiellement. Le vizir réclame des sommes énormes aux habitants de la ville et plus particulièrement à la communauté juive. Pour s'assurer que ses ordres sont exécutés, Karim Khan prend Rabbi Yaakov ben Aharon, sa femme et ses enfants en otage ; ils sont emprisonnés dans les geôles du Chah à Chiraz, en même temps que Soliman et sa famille. Et pendant que Karim Khan et ses hommes célèbrent leur victoire, les Juifs de la ville se rassemblent dans la synagogue et proclament un jeûne de repentance. Mais rien ne change et la famille du rav Ben Aharon reste derrière les barreaux.
Quelques années plus tard, Karim Khan décide que la conquête de Basrah ne lui suffit pas. Il lui faut davantage de gloire. Il s'en va combattre les tribus arabes voisines, mais essuie une sanglante défaite. Il bat en retraite, tente une nouvelle approche mais est à nouveau vaincu. Et alors qu'il projette de retourner sur le champ de bataille une troisième fois, ses soldats le trahissent et le tuent, le 27 Adar. Quelques jours après, le 2 Nissan 5535, les troupes du Chah quittent la ville, la famille Ben Aharon est libérée et les Juifs décident de rendre grâce à Hachem en célébrant chaque année ce jour comme « le Jour du Miracle ».

Le Pourim de Sébastien
Tout au long de l'histoire juive, nous avons appris que l'allié d'hier pouvait se transformer en l'ennemi de demain. C'est un peu cette histoire que vient raconter le Pourim de Sébastien ou Pourim de Los Cristianos. En 1415, la communauté juive de Ceuta (Maroc) institua un Pourim pour commémorer la conquête de la ville par les Portugais. Mais, un siècle et demi plus tard, les festivités ne sont plus de mise. Car, dès 1497, le Portugal suit l'exemple de son voisin espagnol et décide de chasser les Juifs de son territoire ou de les convertir par la force. Aussi, lorsque les troupes portugaises débarquent à Tanger en 1578 sous la conduite du roi Don Sébastien, les Juifs craignent de devoir à nouveau tout quitter. Mais la déroute des Portugais près d'El Ksar au cours de la célèbre bataille des Trois Rois est accueillie comme un miracle. On institue donc le 6 du mois d’Eloul comme journée de réjouissances, qui fut appelée « le Pourim de Los Cristianos » (des Chrétiens) ou « Pourim de Sébastien ».
À cette date, les Juifs de Tétouan et Tanger lisent une Méguila écrite comme il se doit sur parchemin en ces termes : « Un grand miracle s'est produit en l'an 5338 au bénéfice des Juifs qui habitaient les diverses contrées du Maroc. La grandeur de ce miracle vient de ce que le Roi du Portugal, dont le nom était Sébastien, que son nom et sa mémoire soient effacés, arriva plein d'arrogance, après de sournoises machinations et prétendit conquérir le territoire du Maroc. Et alors ce fut un grand moment d'angoisse pour Yaacov parce que le méchant avait fait le vœu dans la maison de son dieu de bois et de pierre, de faire administrer l'eau baptismale à tous ceux qui s'appelleraient du nom d'Israël et de faire passer par le fil de l'épée tous les récalcitrants... Et nous priâmes le Saint béni soit-Il et Il se souvint de nous. Louange à D.ieu, béni soit-Il, qui fit cette journée, égayons-nous et réjouissons nous en elle... ».

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