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La Guerre Civile syrienne suscite des inquiétudes

 

La Guerre Civile syrienne suscite des inquiétudes (info # 010803/13) [Analyse]

Par Jean Tsadik © Metula News Agency

 

Quatre très fortes explosions – deux ce matin de vendredi et deux cette après-midi – en provenance du Golan syrien ont été clairement entendues dans l’Ongle de la Galilée et dans le village de Kfar Youval où je demeure.

 

Il s’agit probablement de bombardements d’artillerie de très gros calibre, puisque les détonations ont fait trembler les maisons à plus de vingt kilomètres des points d’impact.

 

D’autre part, des chasseurs-bombardiers israéliens de type F-16 ont multiplié aujourd’hui leurs patrouilles dans les ciels syrien et libanais.

 

Huit soldats philippins de la FNUOD, la Force des Nations Unies pour l’Observation du Désengagement sur le Golan, ont préféré quitter la zone dans laquelle ils sont censé opérer. Leur retrait a été réalisé en bon ordre avec l’accord de leur commandement.

 

Ces hommes appartiennent au même contingent que leurs vingt-cinq camarades enlevés et maintenus prisonniers par des combattants de l’Armée Syrienne Libre, groupe des Martyrs du Yarmouk, non loin de la ville de Jamla.

 

Les huit militaires qui ont choisi de quitter leur poste aujourd’hui ont été escortés par Tsahal, à la demande expresse des responsables de la FNUOD, jusqu’en territoire israélien.

 

Quant au Yarmouk, c’est le nom de la rivière délimitant, dans sa partie supérieure, la frontière entre la Syrie et la Jordanie, avant de marquer celle entre l’Etat hébreu et le Royaume Hachémite, pour se jeter ensuite dans le Jourdain en Israël.

 

Cette région, par le passé, avait été le théâtre de nombreuses escarmouches entre Tsahal et les forces jordaniennes, mais surtout, entre celles de Damas et d’Amman.

 

L’OSDH (Observatoire Syrien des Droits de l’Homme) – la principale organisation d’information-propagande au service de l’insurrection, œuvrant depuis Londres et disposant du soutien logistique d’Aljazzera - a diffusé une vidéo montrant six des Philippins enlevés, en uniforme des Casques Bleus. L’un de ces hommes s’exprimant en anglais y affirme, devant la caméra, que les prisonniers sont bien traités et nourris.

 

Récitant certainement un texte qui lui avait été soumis par ses ravisseurs, il a déclaré que ses camarades et lui-même avaient été "sauvés" d’un bombardement loyaliste par des "civils" qui leur offrent leur protection ainsi que leur hospitalité.

 

En fait, les Martyrs du Yarmouk exercent un chantage sur la communauté internationale, conditionnant la remise en liberté de leurs otages au retrait des forces fidèles à Béchar al Assad des environs de la ville de Jamla, dont ils semblent tenir le centre.

 

Jamla est située à 8km de la Jordanie, à deux kilomètres et demi de la frontière israélienne, 20 du lac de Tibériade et à une centaine de Damas.

 

Il est illusoire de s’imaginer que l’Armée régulière abandonne ses positions sans en être délogée par la force ; plus encore lorsque l’on sait que Jamla ne se trouve pas dans le no man’s land placé sous la protection de l’ONU, mais à un kilomètre de celui-ci.

 

Un no man’s land instauré en 1974, à l’issue de la Guerre de Kippour, suite à un accord dit de séparation, négocié à l’époque par Jérusalem et Damas. Son objectif visait à établir une zone démilitarisée entre les armées des deux pays.

 

Cette zone est délimitée par les lignes alpha à l’Ouest (la frontière officieuse entre Israël et la Syrie), et la ligne bêta, du côté de levant. En fonction de l’accord de 74, aucun soldat et, a fortiori, aucun véhicule, ni syrien, ni israélien n’a le droit de franchir ces lignes.

 

Il y a de cela quelques semaines pourtant, des hommes d’al Assad s’étaient aventurés dans la zone interdite, à la poursuite d’éléments insurgés qui l’ont naturellement érigée en sanctuaire. A partir de celui-ci, relativement à l’abri, ils préparent et lancent des attaques contre l’Armée régulière établie à l’est de la ligne bêta.

 

Lors de la dernière incursion des troupes fidèles à Assad, ces dernières avaient provoqué des soldats de Tsahal postés à quelques centaines de mètres seulement d’eux. Les Israéliens avaient riposté par des tirs de blindés, tuant deux adversaires et en blessant un troisième.

 

Depuis cet incident, l’Armée alaouite ne s’aventure plus dans la zone d’exclusion. En revanche, elle a déployé ses canons dans sa lisière, notamment dans les faubourgs de Jamla, depuis laquelle elle canarde presque sans interruptions les combattants sunnites et les agglomérations qu’ils contrôlent.

 

C’est ce qui explique le kidnapping des 21 Philippins et qui va rendre leur libération compliquée. Car l’idée des chefs de la rébellion dans la région est de s’en servir comme de boucliers humains afin de dissuader l’artillerie d’Assad de prendre pour cibles les emplacements de leur détention.

 

D’ailleurs, des amis syriens de la Ména nous ont informés de ce que les prisonniers avaient été divisés en plusieurs petits groupes et envoyés sur divers sites stratégiques.

 

A la lumière de cette information, l’on comprend la raison pour laquelle les Martyrs du Yarmouk ont présenté des requêtes douteuses. Plus ces dernières sont impraticables et plus il y a de chances pour que les négociations s’enlisent, et, partant, pour prolonger le séjour des infortunés boucliers humains.

 

Le problème d’Israël réside en cela que la rébellion, si son plan fonctionne, sera tentée de multiplier les enlèvements de Casques Bleus, exposant la vie de ces militaires venus d’Autriche, de Croatie, d’Inde et des Philippines.

 

Dans leur quartier général établi en territoire israélien, non loin de l’ancienne ville syrienne abandonnée de Kuneitra, on étudie en effet sérieusement un retrait pur et simple du contingent de 1 011 hommes et des quelques 500 civils qui les assistent dans leurs tâches.

 

Or en l’absence d’observateurs, l’armée d’al Assad serait probablement tentée de franchir à nouveau la ligne bêta afin d’essayer de "nettoyer" la zone protégée de sa présence insurrectionnelle.

 

Le danger existe donc de voir les forces alaouites et Tsahal se retrouver face à face, sans aucun espace entre elles. Une hypothèse qui laisse augurer de nouveaux incidents et qui ne plait évidemment pas aux stratèges hébreux.

 

Mais l’hypothèse envisagée démontre également que l’initiative engagée par les Martyrs du Yarmouk en enlevant les observateurs onusiens pourrait leur apporter plus de tracas que de bénéfices. En cas de retrait de la FNUOD, en effet, ils auraient à se confronter directement, en ne jouissant plus alors de leur zone de sécurité, aux soldats de Damas, supérieurement armés dans cette partie de sud-Golan.

 

Ce qui a fait dire au Brigadier Général Hussam al-Din, de l’Armée Syrienne Libre (ASL), que le kidnapping des Casques Bleus est une erreur, et qu’il s’active pour obtenir leur élargissement.

 

La tactique suivie par l’Armée régulière à Jamla et dans la zone de séparation correspond à ce qu’elle fait ailleurs sur le théâtre des opérations lorsqu’elle perd une ville ou une position-clé ; elle pilonne alors férocement le point d’appui qu’elle a perdu, ne faisant aucun cas de la présence de civils sur les lieux.

 

Quand elle en a le loisir – ce qui n’est pas le cas à proximité d’Israël – elle fait appel, en plus de son artillerie, à l’aviation.

 

C’est le cas notamment à Raqa, près de la frontière turque, la première capitale provinciale à choir entre les mains de l’insurrection. De sources concordantes, cette cité, conquise par les brigades djihadistes internationales du Front Al-Nosra, essuie ces derniers jours des assauts meurtriers. A en croire les media gouvernementaux syriens, "de nombreux terroristes gisent sur le bord des routes menant à Raqa".

 

Poursuivant aussi dans sa "Hasbara", qui soutient, depuis le début du soulèvement, que la rébellion a partie liée avec l’ennemi sioniste, la télévision officielle syrienne a fait état d’une découverte concluante. Celle d’une caméra, dont les autorités alaouites prétendent qu’elle est israélienne, ainsi que de six batteries d’alimentation ; le tout dissimulé sous des répliques de rochers en plastique.

 

Ce matériel aurait, à en croire ces sources, été découvert sur la côte syrienne de la Méditerranée, à proximité d’un "site sensible".

 

Même si le contenu de cette info ne peut être écarté par principe, ce genre de sites existant effectivement dans les environs de Tartous et Lattaquié – notamment une base de la Marine russe et des usines d’armements de destruction massive -, elle nous apparaît des plus douteuses. Risquer la vie d’un commando (pour installer cet appareillage) alors que l’Etat hébreu dispose de satellites espions remarquables et que ses avions de surveillance survolent les lieux plusieurs fois par mois, n’est pas très raisonnable.

 

Quant au lien supposé entre l’insurrection et Jérusalem, il impliquerait que les opposants à Assad auraient aidé les agents israéliens à "placer leur caméra" ? Cela signifierait assurément que les rapports avec la rébellion seraient plus étroits que tout ce qui a été envisagé jusqu’à maintenant. Mais au point de confier à ces "alliés" la vie de combattants hébreux ? C’est d’autant plus invraisemblable que s’ils en ont réellement eu l’intention, les commandos de Tsahal n’ont nul besoin d’une quelconque assistance extérieure pour positionner une caméra à l’endroit de leur choix dans toute la Syrie en proie au tohu et au bohu de la guerre. Et cela, ce sont les spécialistes de la Ména qui sont en mesure de l’affirmer sans hésitation.

 

Il est clair que les combats sont plus meurtriers que jamais. Le correspondant à Beyrouth de la Ména, expert reconnu de ce genre de bilans, m’a affirmé tout à l’heure que la Guerre Civile syrienne avait coûté la vie à plus de 100 000 personnes (contre 70 000 selon les autres estimations), et qu’elle avait fait près d’un demi-million de blessés.

 

Ce, toujours selon Michaël Béhé, sans compter 1.2 millions de réfugiés ayant fui leur pays, dont 60 pourcent sont des enfants.

 

Reste que l’implication grandissante d’Al-Nosra – les 20 000 combattants les plus efficaces, les plus impitoyables et les mieux organisés de la rébellion -, dont les membres s’opposent aussi aux Français au Mali et aux Américains en Afghanistan, et l’épisode de l’enlèvement des militaires Philippins embarrassent les Occidentaux.

 

Ces mauvaises nouvelles interviennent alors que les Etats-Unis organisent secrètement l’envoi d’armes lourdes aux insurgés et que l’Union Européenne fait de même. Le risque existe qu’à l’instar de ce qui s’est déroulé dans d’autres Etats arabo-musulmans, dans lesquels les forces anti-régime avaient bénéficié de la bienveillance de l’Ouest avant que d’installer des dictatures islamistes et barbares, le même scénario ne se reproduise en Syrie.

 

On craint en particulier, en cas de dépose de Béchar al Assad, pour la sécurité des minorités non-sunnites ; des alaouites, bien entendu, mais également des chrétiens, des Druzes, des Kurdes, des chiites, etc.

 

Car Al-Nosra ne fait pas mystère de son intention de "nettoyer la Syrie de tous ses éléments impurs", joignant fréquemment le geste à la parole, avec la plus grande sauvagerie imaginable, contre des personnes appartenant aux minorités citées.

 

Ces djihadistes fanatiques sont commandés par un chef cruel répondant au nom d’Abou Mohammed al-Joulani. Au su des Américains et des Européens, Al-Nosra reçoit des fonds et du matériel militaire des Saoudiens, des Qataris (les propriétaires du PSG !) et de la Turquie. Les soi-disant alliés de Washington et du Vieux Continent. Et c’est peut-être là l’aspect le plus inquiétant et révélateur de ce que certains appellent encore le Printemps arabe, l’implication des Arabes dits modérés dans le Djihad derrière des combattants aux méthodes inqualifiables et aux finalités confessionnelles et racistes. 

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