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Maroc, Tunisie, Egypte : la peur du tourisme

Maroc, Tunisie, Egypte : la peur du tourisme

 

 

 

 

Les touristes français peinent à se rendre au Maroc, en Tunisie ou encore en Egypte, des destinations pourtant familières. Risque d’attentat, conflit et crise politique ont semé la peur du tourisme. Les risques sont-ils surévalués ? Analyse.

 

Les consignes de sécurité du Quai d’Orsay sont strictes. Même si elles le sont beaucoup moins pour le Maroc et la Tunisie, Paris déconseille vigoureusement à ses touristes de visiter l’Egypte « jusqu’à nouvel ordre, sauf raison impérative ». La France qui figurait parmi le top 5 des pays exportateurs de touristes vers l’Egypte ne figure désormais qu’à la 11e place. Une chute libre de 30% en un an. La crise politique qui sévit au pays du Nil s’est accrue depuis la destitution du Président Mohamed Morsi, le 3 juillet dernier, à l’issue d’un ultimatum imposé par l’armée, rejeté par les Frères musulmans. Les observateurs craignent une guerre civile entre pro et anti-Morsi. Plus d’une centaine de morts est à déplorer depuis le début du conflit.

Est-ce vraiment le moment de visiter l’Egypte ? Selon le Quai d’Orsay, non. Il déconseille à ses ressortissants de se rendre à la célèbre place Tahrir, à la mosquée de Rabea Al Adaweya à Medinat Nasr, le quartier de l’Université du Caire et aux abords des bâtiments officiels, y compris autour de la présidence de la République, à Héliopolis. Paris informe également qu’il est « impératif de se tenir à l’écart des manifestations et rassemblements ». Quant au Sinaï, « il est formellement déconseillé de circuler à l’intérieur de la péninsule où des cas d’enlèvements crapuleux ont été signalés à plusieurs reprises », informe le Quai d’Orsay.

Les professionnels du voyage déconseillent mais vendent

Même son de cloche du côté de Look Voyage, un des leaders des voyages à forfait en France. Un interlocuteur du groupe nous indique qu’ « il n’y a pas d’interdiction formelle de la part du ministère des Affaires étrangères ». Toutefois, Look Voyage aussi déconseille les touristes de se rendre en Egypte. « Ceux qui souhaitent y aller resteront enfermés dans leur hôtel car aucune excursion n’est au programme », affirme l’employé de Look Voyage. Il fait allusion au « risque de guerre civile ». En revanche, cela n’empêche pas Look Voyage, comme beaucoup d’autres tours opérateurs de continuer à vendre des forfaits et des circuits aux clients souhaitant se rendre en Egypte. Le site Internet de la marque propose d’ailleurs une formule de huit jours à 897 euros par personne. Mais aucune information sur les risques actuels ne figure dans l’annonce. Bien au contraire, Look Voyage met en avant l’avantage de cette formule « tout-inclus » et invite les touristes à visiter les mosquées et les célèbres places du Caire, pourtant déconseillées par le Quai d’Orsay. Cette formule à 897 euros ne dispose plus que de quelques places, selon Look Voyage.

« Donc si vous avez d’autres destinations en vue, n’hésitez pas », poursuit le conseiller de Look Voyage, pensant que nous sommes de simples clients. Nous profitons alors de l’occasion pour soustraire les informations dont dispose Look Voyage à propos des « risques » actuels au Maroc et en Tunisie, deux autres pays touristiques en Afrique du Nord.

Paris « exagère », les tours opérateurs encouragent

« En Tunisie, c’est nettement moins grave », lance Thomas, l’employé de Look Voyage. « Le pays traverse une crise politique, mais cela n’affecte pas le tourisme », selon lui. Il déballe plusieurs forfaits pour visiter l’île de Djerba. Et pour visiter Tunis ? « Je vous conseille vraiment les stations balnéaires tels que Djerba, vous allez apprécier cette région ». Ce dernier nous propose une formule à 1393 euros pour deux personnes dans un hôtel 4 étoiles rénové. Pas de formule pour Tunis donc. La capitale tunisienne ne se vend pas très bien en ce moment. Et de fait, la forte médiatisation des meurtres des opposants Chokri Belaïd et Mohamed Brahmi ainsi que les nombreuses manifestations sur fond de terreur, retransmises par les chaînes françaises, ont dissuadé les touristes. Sans compter les conseils de sécurité édités par le Quai d’Orsay à propos de la Tunisie : « Dans la situation actuelle, après l’assassinat du Député Mohamed Brahmi à Tunis, les ressortissants français sont appelés à une vigilance renforcée ». La France proscrit « tout déplacement dans le Grand Sud saharien et dans la zone frontalière tuniso-algérienne du centre ouest ».

Ces recommandations, les autorités tunisiennes ne les comprennent pas. Aucune recommandation particulière n’a été diffusée en Tunisie. A l’ambassade de Tunisie en France, on affirme qu’il y a « des manifestations comme partout, mais rien de plus ». Les touristes ne courraient donc aucun danger actuellement en Tunisie.

Le Maroc sous la menace terroriste

En pleine période estivale, Paris n’a pas manqué de rappeler aux touristes français les attentats de Marrakech en avril 2011, qui ont fait 17 morts et 20 blessés sur la célèbre place Jamâa El-Fna. « Il est vivement recommandé aux Français résidents ou de passage au Maroc, de faire preuve de la plus grande vigilance dans les lieux publics ou de rassemblement », de quoi faire monter d’un coup la pression. Thomas, lui, nous pousse à voyager au Maroc, « un pays dans lequel il n’y aucun soucis ». Et lorsqu’on lui parle des risques d’attentats, Thomas utilise le même processus que les autorités tunisiennes : « Vous savez, aucun pays n’est à l’abri d’un attentat. Demain, il peut y en avoir un dans le métro parisien ». Sa proposition n’est pourtant pas d’aller dans le nord ou à Marrakech, mais dans le sud, direction Agadir, avec une formule premium à 1 813 euros pour deux personnes. Une destination qui affiche, selon Look Voyage, complet pour le mois d’août.

La Tunisie et le Maroc, mais surtout l’Egypte sont en mal de leurs touristes français. Jamais ces pays n’avaient connu une chute libre du tourisme. La France surfe sur le terrorisme et l’instabilité politique pour dissuader ses touristes de se rendre dans ces pays. Un bémol est toutefois à mettre sur leMaroc, où la plus importante mise en garde des autorités françaises et de ne pas consommer ou d’acheter du cannabis. Elles tentent de dissuader ses fumeurs chroniques en les informant qu’ils s’exposent à des peines d’emprisonnement ferme, sans manquer de préciser que les « formalités de transfèrement sont souvent longues et ardues ».

A qui profite la crise ?

La Tunisie a perdu 40% de ses touristes, au Maroc les chiffres sont dans le rouge et en Egypte, les Français ont déserté le pays à l’exception des zones touristiques de la mer Rouge. Les grands gagnants sont la Grèce, l’Espagne et l’Italie où la stabilité politique a attiré les Français cette année. Pour les longues destinations, l’Asie arrive en tête, notamment grâce à la Thaïlande.

Si les Français craignent actuellement l’Afrique du Nord, d’autres n’ont pas froid aux yeux. Les Russes, les Allemands et les Britanniques préfèrent ne pas se focaliser sur ce que racontent les médias et les autorités. Ils sont les nouveaux remplaçants des touristes français.

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