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Liban : c’est l’inquietude qui prédomine (info # 010102/13) [Analyse]

Par Michaël Béhé à Beyrouth © Metula News Agency

 

C’est toujours la confusion et l’inquiétude qui prédominent en cette fin de semaine à Beyrouth. On se pose certes des questions quant aux objectifs réellement visés et détruits par l’Armée de l’air israélienne, mais on se préoccupe surtout de notre sort.

 

Même si cela ne fait pas les titres des journaux, les sunnites, les chrétiens et les Druzes voient d’un très mauvais œil l’importation sur notre sol de moyens de destruction massive livrés au Hezbollah.

 

Ce, parce qu’il n’est pas sorcier de comprendre que si ces armes sont utilisées contre notre voisin méridional par la milice chiite subordonnée aux ordres de Téhéran, la riposte des Hébreux sera naturellement terrible et dévastatrice pour nous. On saisit ici qu’une attaque au gaz contre Israël engendrerait une contre-attaque qui n’aurait rien à voir, par son ampleur, avec les derniers conflits que nous avons connus. Le pire est que, pour l’instant, nous sommes totalement impuissants à contrôler nos frontières.

 

Les formations paramilitaires des formations membres du Courant du 14 mars, tout ce qui n’est pas chiite ou aouniste dans les forces armées, et surtout, le renseignement et la sécurité intérieure n’attendent que l’effondrement de Béchar al Assad pour s’en prendre à bras raccourcis à Nasrallah et à sa bande de voyous, qui nous terrorisent depuis des années.

 

Or il ne faudrait pas qu’un conflit entre le Hezb et Tsahal intervienne avant cette échéance, car la tâche serait infiniment plus ardue et les dégâts bien plus considérables.

 

Ici, on a lu, comme tout le monde, les mises en garde du vice-ministre perse des Affaires Etrangères, Hossein Amir-Abdollahian, vitupérant que "le raid contre la Syrie aurait des retombées significatives pour Israël". On sait aussi que Téhéran a averti de ce que "toute attaque contre le territoire syrien serait considérée comme une agression contre l’Iran lui-même".

 

Si à Jérusalem on ne frissonne vraisemblablement pas face à ces menaces, à Beyrouth on réalise que l’unique possibilité pour les ayatollahs de répliquer militairement passe forcément par notre territoire, et cela nous inquiète évidemment.

 

Damas a également déclaré qu’elle envisageait des représailles contre les dernières opérations menées par les sionistes. Dans les faits, les spécialistes ne voient pas bien ce que la coalition Iran-Syrie-Hezb pourrait faire de significatif contre l’écrasante force de frappe des Hébreux.

 

Déclencher des barrages de Katiouchas contre la Galilée, dans l’état d’isolement dans lequel se trouve la milice chiite, équivaudrait à un véritable suicide. Mais cette alliance, fortement implantée chez nous, n’a pas pour habitude de prendre des coups sans tenter de les rendre. Même si cela devait se faire par des actes plus symboliques que stratégiques, de manière à alimenter sa propagande qu’elle appelle "résistance".

 

Une telle opération pourrait se limiter à quelques tirs de roquettes intentionnellement dirigés vers des zones inhabitées. Ou se réaliser par un acte terroriste hors des limites du Moyen-Orient, à l’image de l’attaque des touristes à Burgas, en Bulgarie. Ou encore, en alimentant en armes des réseaux d’Arabes israéliens, en vue de fomenter des attentats dans le périmètre de l’Etat hébreu.

 

Il ne s’agit nullement d’un scénario-fiction. On s’en persuade quand on fait l’effort de se rappeler, qu’en août dernier, le contre-espionnage israélien avait arrêté quatorze individus qui avaient introduit vingt-quatre bâtons d’un explosif puissant, le C-4, déposés par le Hezbollah dans le village de Ghajar.

 

Précisément là où mes camarades de l’agence aiment à se balader pour saisir l’air du temps. Là aussi où les habitants ont massivement voté pour le Likoud aux dernières élections générales, permettant à Netanyahu et Lieberman d’y recueillir deux fois plus de bulletins qu’à Métula, pour un nombre d’électeurs inscrits équivalent.

 

Quant à la nature précise des raids de cette semaine, c’est aussi, comme dans notre ciel, le brouillard épais qui prédomine. Les Israéliens et les Américains gardent la bouche hermétiquement cousue. Les diplomates en poste au Liban ne parlent que de l’attaque du convoi d’armes à 5km de notre frontière orientale.

 

Il n’y a, en fait, que Damas qui mentionne l’opération qui aurait détruit ce qu’elle nomme pompeusement "un centre de recherche scientifique", situé dans la proche banlieue nord de leur capitale. Par ailleurs, le régime alaouite nie catégoriquement la destruction du convoi d’armes destiné aux porte-flingues libanais de Khamenei.

 

Etrange, parce qu’inhabituelle, cette profusion de détails livrée par les Syriens, eux si peu diserts sur leurs revers militaires à l’accoutumée. Il est vrai qu’al Assad tente ainsi, bien naïvement il est vrai, de convaincre l’opinion que "nous avons désormais la preuve que c’est Jérusalem qui se cache derrière les groupes de l’opposition qui combattent le gouvernement" ; et de se déclarer dans le même souffle : "victime d’un complot sioniste".

 

D’un point de vue stratégique, il s’agit d’une inanité, l’intérêt des Hébreux se situant clairement dans le maintien de la népotie assadienne, largement affaiblie, qu’il est nettement préférable à leurs yeux d’avoir pour voisine que les groupes incontrôlables de combattants djihadistes.

 

A propos de ces derniers, nous notons avec tout de même un léger sourire, qu’ils ne se sont aucunement plaints des raids de Tsahal. Ils tancent, au contraire, l’incapacité du pouvoir de se défendre contre les appareils israéliens, et l’absence de ses propres avions dans son ciel.

 

Vrai : les opposants au régime n’ont de cesse d’appeler à une implication militaire étrangère ; tout aussi vrai : les opérations de Tsahal dans la nuit de mardi à mercredi constituent la première intervention du genre qu’ils souhaitent.

 

Il ne saurait toutefois y avoir d’alliance entre Jérusalem et les rebelles islamistes, même si on garde à l’esprit les appels de Juffa à la diplomatie de son pays afin qu’elle ouvre un axe de discussion avec les insurgés islamistes.

 

C’est peut-être fait, d’autant plus qu’une première rencontre officielle est prévue ce weekend entre un haut-responsable US et l’un des chefs de l’opposition syrienne. Washington a fait savoir qu’il n’y serait pas question d’une aide militaire mais uniquement humanitaire. Nous, nous sommes d’avis qu’on y parlera surtout d’armes de destruction massive et du post-Assad.

 

Quant au "centre de recherche scientifique", que les Syriens annoncent avoir été pris pour cible par les F-16 à l’étoile de David, il s’agissait d’un complexe secret dans lequel le régime développait des armes sophistiquées de destruction massive avec l’aide de savants russes, iraniens et nord-coréens.

 

Pas étonnant dès lors que la nouvelle de l’attaque ait irrité les Russes au plus haut point, même si on peut légitimement se poser des questions au sujet de l’irresponsabilité qui existe à aider al Assad à confectionner de telles armes en pleine guerre civile.

 

Ce qui intéresse au plus haut point les agences occidentales de renseignement, c’est que le "centre de recherche" en question se situe précisément dans la région de Jomrayah, dans la province même de Damas, mais surtout, au centre de la zone dans laquelle le régime a disséminé ses bases principales d’armes spéciales, notamment celles pouvant emporter des poisons chimiques ou bactériologiques.

Pour les spécialistes, le raid, s’il a effectivement eu lieu, prouverait que les pilotes israéliens n’ont rien à craindre des défenses anti-aériennes les plus performantes de la famille Assad. Jérusalem, mais on le pressentait depuis la destruction du réacteur nucléaire, semble avoir trouvé les contre-mesures électroniques permettant à ses appareils de passer inaperçus dans le ciel syrien.

Lors, quand on sait que ce sont les mêmes systèmes russes de missiles anti-aériens qui défendent les sites nucléaires iraniens, cela donne à réfléchir. A la clé, beaucoup de conclusions pertinentes pour d’éventuelles interventions dans la région par d’autres forces aériennes.

Cela invite également à disqualifier les rumeurs selon lesquelles le convoi de camions neutralisé dans les montagnes syriennes transportait autre chose que des missiles contre-avions SAM-17. Car ces armes sont largement moins sophistiquées que celles qui sont censées défendre les installations autour de Jomrayah.

A moins que Netanyahu et son état-major aient simplement voulu faire un exemple, afin d’indiquer à Hassan Nasrallah qu’ils n’admettraient pas de missiles anti-aériens au Liban. Ce dont nous ne pourrions que nous féliciter.

Mais, dans cette affaire, il existe tant de spéculations et d’intox, qu’il est difficile d’identifier un message clair. Ce que l’on peut toutefois dire avec assurance, est que si la situation ne dégénère pas cette fois-ci – et cela coïncide avec les prévisions de la maison-mère à Métula –, ce n’est que partie remise. La région, le pays des cèdres, l’Iran et Israël se dirigent vers une période de confrontations, et aucun signe d’apaisement n’est perceptible nulle part sur l’horizon.

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