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LES AMOURS INTERDITES DE MME COHEN, par Bob Ore Abitbol

LES AMOURS INTERDITES
DE MME COHEN

 

Quelques jours avant les fêtes de Pâques juives, un couple, Mr et Mme Cohen emménagèrent en face de notre appartement, dans le petit immeuble où nous vivions alors, rue Lusitania, à Casablanca, au Maroc. Je venais d’avoir 13 ans.

Le mari, l’air très sérieux, tête de banquier à l’allure sévère, lunettes de professeur sur un nez aquilin, portait toujours des costumes croisés impeccables. Il devait avoir une quarantaine d’années, à mes yeux alors, un vieillard ! Elle, beaucoup plus jeune que lui, visage d’un ovale très pur, yeux brillants passionnés, cheveux châtains, qui tombaient bouclés en cascade sur un grand front lumineux, d’une grande beauté. Elle possédait ce charme indéfinissable des jeunes filles pauvres mais dignes, subissant la tyrannie de leur mari prétendument riche tout en conservant, malgré cela, une certaine grandeur. Elle semblait un peu triste, avec un  lointain regard de Madone blessée ou se lisait peut-être, je le sus plus tard, la désolation de ne pouvoir avoir d’enfants bien qu'ils aient été mariés depuis plus de dix ans.Après quelques mois dans le quartier, ils devinrent amis avec mes parents. Elle m’avait remarqué et demandait souvent à ma mère que je les accompagne soit á la grande foire de Casablanca qui avait lieu régulièrement chaque année, soit aux nombreuses kermesses, parfois même aux fêtes que donnait sa famille disséminée un peu partout en ville.

Un soir, elle insista pour que j’aille dormir dans leur appartement. Ma mère, dépassée parfois par ses six enfants dissipés, accepta de bon gré. Je trouvais belle notre voisine, aussi j’étais ravi qu’elle s’intéressât autant à moi.Leur logement aussi grand que le notre paraissait immense, il y manquait cinq garçons dissipés et une fille délurée comme c'était le cas chez nous pour occuper l’espace. Elle vint elle-même me border et m’embrassa délicatement sur le front en me souhaitant bonne nuit. Habitué à lire avant de m’endormir, je cherchais fébrilement dans la commode et trouvais, non sans excitation, une revue de femmes nues dans le style de nos actuels Playboy et Penthouse. Je réintégrais rapidement mon lit, et à la lumière pâle et rose de la veilleuse décorée de fines dentelles, je feuilletais fiévreusement le magazine interdit. Presque immédiatement, j’eus une érection. Depuis deux ans déjà, je me masturbais régulièrement malgré l’exiguïté de notre appartement et la promiscuité dans laquelle nous vivions mes frères et moi. Longtemps je crus être l’inventeur de cette méthode ingénieuse d’autosatisfaction. Je voulais la breveter.Il fallait attendre l’heure où tout le monde dormait pour que finalement, doucement, doucement, je puisse satisfaire le désir impérieux qui m’envahissait. Le lit se tortillait dans tous les sens, les ressorts du matelas grinçant, je ralentissais, mais il me fallait poursuivre. La sève me montait à la tête, le vertige me prenait. Avec de la salive, je lubrifiais ma main et continuais malgré les risques de me faire prendre en flagrant délit. Nous étions quatre frères à partager la même chambre sur des lits gigognes dont l’un puait régulièrement le pipi, compliment de mon jeune frère qui n’avait pas encore appris la continence. Mitoyenne à la nôtre se trouvait la chambre de mes parents ce qui n’allégeait pas la scène. Après un “va et vient consciencieux” l’explosion arrivait. Je fermais les yeux, je me laissais aller, coulant à pic dans un océan de plaisir, le vertige accentué, la vie s’en allait doucement par tous mes pores  me prenant en même temps. L‘extrait chaud et épais coulait sur ma main d’abord, sur mon ventre, puis sur les draps. Je n’osais plus bouger. Mon cœur battait fort encore dans ma poitrine, mes jambes tremblaient. J’avais toujours les yeux mi-clos. Je recherchais cette impression de vide et de plaisirs simultanés énigmatiques, mais dont la sensation m’était devenue nécessaire.

Ce soir-là, chez Madame Cohen, en compagnie de ces femmes au corps de déesse nue, dans des poses suggestives, je m’en donnais à cœur joie. Seul dans cette chambre, veillé maintenant seulement par une pleine lune qui éclairait la chambre toute entière d’une belle lumière douce, pâle et blanche, les yeux fixés sur les corps de ces femmes lascives, je me masturbais comme je ne l’avais jamais fait auparavant. Libéré enfin des contingences que m’imposait la promiscuité, je rejetais d’un coup sec les draps et la couverture en laine d’agneau «vierge» à carreaux, et là, offert tout entier aux Dieux du plaisir, je me mêlais dans mes rêves à ces nymphes, les embrassais, roulais avec elles sur des plages imaginaires, dans des paysages idylliques.

À cette époque, je n’avais bien sûr jamais encore fait l’amour, ma seule expérience venait de flirts passagers avec des filles de mon âge ou encore des films romantiques ou le héros, strictement réglementé par la censure, ne dépassait jamais le chaste baiser. Quant à des corps nus, à part ceux informes et gras entrevus lors de séances de hammam lorsque j'accompagnais ma mère, ma mémoire heureusement sélective les occulta. Ne me restait que le souvenir précis et chaud de notre bonne Khadîja qui prenait soin en m’attendant, de mon jeune frère Charles âgé d’à peine un an. Je sortais, en effet du lycée à quatre heures de l’après-midi et je venais ponctuellement la remplacer, dans la fonction «baby-sitting». A sept heures du soir, mes parents rentraient fourbus de leur travail.Un jour, j’arrivais comme d’habitude pour «la relève de la garde». Khadija ne répondit pas tout de suite aux coups répétés de la main en bronze sur la porte. Après plusieurs tentatives de plus en plus fortes, car je craignais quelque accident, elle ouvrit. Elle était à moitié nue ! Son cul magnifique éclairé par le soleil, á peine voilé par les rideaux en Tergal transparent grand teint garanti lavable, m’apparut comme la plus belle chose qui soit. Elle avait 18 ans, son visage était celui d’une Madone. Je regardais fasciné ce spectacle pendant qu’elle courrait, réintégrant les toilettes d’où elle était venue répondre à mes coups de poings impatients et répétés sur la porte.La vision de ce derrière splendide accompagnait désormais mes travaux manuels nocturnes. Ce soir-là, cependant, j’avais d’autres compagnes et les yeux fermés, je les voyais virevolter toutes autour de moi, me caressant, m’embrassant, me prenant l’une après l’autre dans une ronde de fantaisie et d’amour. C’est alors, que vaguement mais à la fois précisément, je sentis une présence. Je retirais précipitamment ma main de mon membre en totale érection. J’ouvris les yeux. Je regardais autour de la chambre. Et là, je devinais plus que je ne vis (ce que je crus être) les formes exquises de Madame Cohen. La lune faisait briller un oeil unique comme un cyclope en observation à travers l’interstice de la porte. La silhouette entrevue s’immobilisa. Il me sembla entendre son souffle court, ses soupirs alanguis et par inconscience ou par folie, je repris mon mouvement de va-et-vient avec encore plus de sensualité en soulevant davantage mes reins comme pour les lui donner en offrande. Quelles que soient les conséquences de mon geste, je ressuscitais mon pénis rétréci par la peur d’être découvert, et là, devant ce témoin au visage d’ange, le coeur battant, je repris doucement mais fermement mon exercice devenu, grâce à elle, moins solitaire.

Le lendemain, je ne fis mine de rien, mais le regard de Madame Cohen sur moi avait changé. Il me sembla à ce moment, qu'au moins à ses yeux, j'avais cessé d’être un enfant. Elle me tartina généreusement deux tranches de pain de beurre et de confiture. Quand elle me les tendit, elle me sourit et dans ce sourire entendu et complice, il y avait, je le sus à l’instant, toutes les promesses du monde et dans son regard tendre et soutenu, la certitude qu’elle les respecterait. La duplicité des femmes m’a toujours fasciné. Quelquefois, je ne me rendais compte qu’à posteriori de leur stratagèmes pour arriver à leurs fins, mais là, j’étais trop jeune et malgré la vivacité que les gens m’accordaient à cette époque, je ne me doutais de rien.Quelques semaines plus tard, Madame Cohen vint redemander l’autorisation de me laisser dormir chez elle, son mari étant parti pour Fès, elle avait peur de rester toute seule dans son grand appartement. Je ne disais rien, me contentant de regarder d’un air innocent ma mère qui, heureusement, accepta d’emblée. Mais si elles m’avaient observé avec attention, toutes deux auraient remarqué ma rougeur soudaine, le mouvement accéléré de mon coeur, le léger tremblement à l’idée des perspectives qui s’offraient a moi.Ce soir-là, je me brossai les dents avec plus de force que de coutume, m’aspergeai abondamment d’eau de Cologne «Flor del Campo» dont ma mère raffolait, enfilai le pyjama tout neuf réservé normalement pour les grandes fêtes et partis d’un pied ferme et décidé à l’aventure. Madame Cohen, plus jolie que jamais, remercia ma mère qui m’avait accompagné de l’autre côté du couloir pour me confier à elle puis m’accueillit chaleureusement, m’embrassa tendrement sur chaque joue, signe précurseur de bon augure. Je me sentais comme l’agneau pascal voué au sacrifice. Elles plaisantèrent encore quelques instants sur le pas de la porte, puis celle-ci se referma inexorablement sur ma destinée. J’étais à la merci du grand méchant loup qui allait me dévorer. Je m’en réjouissais d’avance.

- Comment vas-tu mon chéri ? me demanda Madame Cohen avec une lueur de feu dans les yeux.Tentait-elle de me rassurer ? Sentait-elle mon excitation et mon anxiété ? Elle paraissait si légère, si charmante, si primesautière. Elle allait de tous les côtés à la fois, omniprésente et sûre d’elle. De temps en temps, elle échangeait un regard de connivence avec moi. Cherchait-elle à se donner du courage elle-même ? À se donner contenance ? Je baissais les yeux, cachant au mieux mon émotion. Toute la semaine, j’avais rêvé d’elle. À deux ou trois reprises, son visage avait remplacé, (dans l’exercice solitaire pratiqué avec assiduité et constance) le postérieur parfait de ma belle Khadija.- Veux tu prendre un bain ? me demanda-t-elle a brûle-pourpoint. Mon coeur fit un bond dans ma poitrine.- Oui ! si vous voulez, répondis-je d’une voix mal assurée.

C’est elle qui me déshabilla avec des gestes délicats mais comme lorsque l’on déshabille un enfant. Mon pyjama se retrouva rapidement sur le carreau en compagnie de mon slip «Polichinelle”. Son visage était concentré, une légère sueur perlait sur son front, résultat peut-être de l’eau bouillante qui coulait a grands jets dans la baignoire ou de l’émotion qu’elle éprouvait devant ma jeune nudité. Je pénétrais dans l’eau chaude qui me calma provisoirement. Puis, après un moment, elle me fit lever.

- Tourne-toi ! dit-elle et, comme si cela était naturel et normal, elle me savonna entièrement et ne dit rien lorsque j’eus une superbe érection.Toute la semaine qui avait suivi notre «rencontre anonyme» nocturne, j’avais rêvé d’elle. Tout d’abord, je la voyais venir, elle s’approchait de moi, sans un mot, elle me prenait dans ses bras, me caressait longuement, m’embrassait à perdre haleine puis doucement, tendrement me déshabillait. La fièvre me montait à la tête, mes joues s’empourpraient, mes yeux brillaient de passion et de joie contenue. Moi qui n’avais jamais fait «l’amour» auparavant, me voilà roulant avec elle, consumé par cet acte qui m’avalait corps et âme. Si au début je me laissais faire, je prenais rapidement l’initiative ; c’est moi qui la caressais à présent, c’est moi qui l’embrassais à pleine bouche, ce sont mes mains qui prenaient, avec toute la beauté de l’inexpérience, ses seins blancs comme des lys immaculés d’une douceur infinie. C’est son corps aux parfums troublants où je me perds à présent, c’est lui tout entier que le coeur battant je pénètre. C’est à ce moment précis que je me réveillais, brûlant, ayant éjaculé dans mes sous-vêtements, dans un état piteux, misérable et heureux à la fois.Ce soir-là cependant, dans mon émotion, il me semblait que ce bout de chair inerte entre mes jambes tremblantes ne broncherait pas. Mais là, devant le regard brûlant de Madame Cohen, il ne défaillait pas, bien au contraire, il se déployait généreusement comme un paon déploie sa queue pour plaire a son futur. Parfois elle m’effleurait le membre avec le dos ou la paume de sa main comme ça, en passant, sans avoir l’air d’y toucher. Le vertige me prenait. Il me semblait que le plaisir sinon l’eau savonneuse et tiède qui caressait ma peau allait m’engloutir corps et âme. Ses convictions religieuses, si elle en avait, fondaient comme la barre de savon «Palmolive» qu’elle me passait langoureusement, sous mes aisselles, sur mon cou, sur mon dos. Elle m’aida ensuite à sortir tout dégoulinant de la baignoire, m’enveloppa d’une grande serviette blanche et me conduisit directement à mon lit où elle me frotta vigoureusement.À cet instant, je fus perdu. Je me demandais si, ayant des velléités de maternité, elle se conduisait avec moi comme une mère avec un enfant qu’elle aurait tant aimé avoir ou bien comme une future maîtresse soucieuse de ménager les émotions du jeune adolescent en ma personne.

Je ne savais pas. Je ne savais plus.Ses yeux brillaient d’un étrange éclat, ses joues étaient rouges d’excitation ; elle avait noué un beau foulard à fleurs multicolore sur sa tête. Des boucles de cheveux châtains épars s’en dégageaient. Elle sentait bon, mais je ne saurais dire si c’était le parfum rassurant d’une mère ou celui sûrement plus érotique d’une amante. Ses seins lourds et beaux transparaissaient à travers la blouse blanche, mouillée à présent. On y devinait clairement le dessin dentelé et délicat de son soutien gorge. Mes cheveux s’ébouriffaient. Elle les frottait énergiquement puis brusquement m’embrassa la tête, les yeux, mon visage tout entier en un geste un peu fou. Elle riait, me disait que j’étais beau, m’embrassait encore et encore.Elle m’intima ensuite l’ordre de rentrer sous les couvertures, me borda, puis dans un dernier éclat de rire, comme si elle se moquait d’elle-même et de ses intentions perverses avec cet enfant si jeune, si pur dans son adolescence et qui la regardait comme un animal aux abois, elle éteignit la veilleuse. La lumière rose couverte de dentelle me faisait horreur à présent, elle me souhaita une dernière fois bonne nuit et ferma définitivement la porte derrière moi et mes illusions.

 

 Bob Oré Abitbol

boboreint@gmail.com

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